Chrystèle Khodr et Rodrigue Sleiman lors de l’enregistrement du radiodrame « Imprimatur », adaptation du texte d’Alessandro Paschitto pour Radiokarantina. Photo fournie par Radiokarantina
Après avoir réuni sur scène quatre metteuses en scène libanaises autour de la jeune dramaturgie italienne, l’Institut culturel italien prolonge son cycle « Nouvelle scène italienne dans le monde » avec une adaptation radiophonique signée Chrystèle Khodr.
Sous l’impulsion de son directeur Angelo Gioè, l’Institut culturel italien de Beyrouth poursuit son ambitieux projet de dialogue entre les scènes italienne et libanaise. Après avoir présenté, le 14 octobre dernier au théâtre Gulbenkian, la première dans le monde arabe de la Nouvelle scène italienne dans le monde – un cycle porté par le prix Riccione et le ministère italien des Affaires étrangères –, l’Institut revient cette semaine avec un second volet, tout aussi novateur : la création radiophonique d’Imprimatur d’Alessandro Paschitto, adaptée et mise en ondes par Chrystèle Khodr pour Radiokarantina, du 10 au 17 novembre 2025.
D’Italo Calvino à Chrystèle Khodr : un fil sonore
Né du plus ancien prix de dramaturgie italien, le Premio Riccione per il Teatro – qui, dès 1947, récompensait un certain Italo Calvino pour sa pièce radiophonique La Corona di stelle –, le projet Nouvelle scène italienne dans le monde renoue aujourd’hui avec l’art du son et de la voix. Le choix de Chrystèle Khodr de transformer Imprimatur en radiodrame n’a donc rien d’un hasard : c’est une boucle historique qui se referme, un retour aux origines du théâtre italien contemporain, pensé comme expérience d’écoute et d’imagination.
Dans cette adaptation interprétée par Rodrigue Sleiman et Chrystèle Khodr elle-même, la metteuse en scène explore les frontières du visible et de l’invisible, fidèle à sa recherche d’un théâtre où la mémoire et le réel s’articulent dans le souffle. Radiokarantina, plateforme indépendante née pendant le confinement, devient ici le prolongement idéal de ce geste artistique : un espace de résistance poétique où la voix traverse les murs.
Le projet, présenté dans le cadre de la XXVe Semaine de la langue italienne dans le monde, placée sous le patronage du président de la République italienne, célèbre cette année le thème « Italophonie : une langue au-delà des frontières ». Et c’est bien ce que l’Institut italien parvient à réaliser à Beyrouth : un théâtre d’échanges et de métamorphoses, où les mots italiens trouvent écho en arabe libanais grâce à la sensibilité de six metteuses en scène : Hanane Hajj Ali, Aliya Khalidi, Michelle Zalloua, Dana Mikhail, Lama al-Amine et Chrystèle Khodr.
Lors de la soirée inaugurale au theâtre Gulbenkian, ces artistes avaient déjà donné chair à quatre pièces brèves – Philomèle de Fulvia Cipollari, Tappeto rosso de Giulia Trivero, Gateway d’Eliana Rotella et Il tempo è slogato de Jacopo Giacomoni. Autant de variations sur la mémoire, la filiation, la fragilité des liens humains, portées par une même énergie féminine, capable de traverser les langues et les mythes.


