Le quatuor Yerevan en clôture du festival Les Musicales de Baabdate. Photo Léon Markarian
Trois facteurs entrent en jeu lorsqu’on décide d’aller à un concert : pour les compositeurs qu’on y joue, pour les interprètes… ou, dans le meilleur des cas, pour les deux.
Or, pour la soirée de clôture des Musicales de Baabdate, le samedi 8 novembre – organisée en partenariat avec la Fondation Boghossian et collaboration avec la cathédrale de St-Grégoire des arméniens catholiques – c’était surtout pour le Quatuor Rosamunde de Schubert et le Quatuor slave de Dvořák – et aussi pour découvrir la jeune formation du Quatuor Yerevan.
La formation d’un quatuor à cordes est l’une des entreprises les plus ardues. Il faut parfois cinq à dix ans pour qu’un ensemble trouve son identité musicale : des années de répétitions, de concerts, et l’effort constant de forger une couleur propre.
Il faut apprendre les gestes communs, les attaques, les respirations, les phrasés, les coups d’archet ; il faut aussi découvrir la voix de chacun.
Changement de programme, cela arrive même dans les meilleurs festivals. Au lieu du Quatuor slave de Dvořák, le public a eu droit au plus célèbre d’entre eux, le Quatuor américain. Quel dommage toutefois pour le Quatuor Rosamunde, le n° 13 en la mineur, D.804, op.29, de Schubert, remplacé pour des raisons obscures par celui d’Édouard Mirzoyan.
Le Douzième Quatuor en fa majeur, op.96, dit Américain, s’inspire des chants afro-américains que Dvořák avait entendus à Prague en 1879, lors d’une tournée de chanteurs et danseurs venus des États-Unis.
Écrit à Prague après son retour du Nouveau Monde, il révèle un compositeur sensible aux accents étrangers, mais ici, dans ce répertoire slave, le Quatuor Yerevan ne semblait pas tout à fait à son aise.
Les musiciens, attentifs et sincères, ont parfois paru hésitants, avec quelques attaques imprécises.
Leur jeu n’en restait pas moins empreint de profondeur, surtout dans l’Adagio ma non troppo, l’une des plus belles pages de la musique de chambre de Dvořák.
Cet op.106 – difficile à maîtriser – exige un équilibre délicat entre les voix : un peu trop de vibrato, des couleurs parfois lourdes, un premier violon trop dominant. Le Quatuor Yerevan devra encore travailler l’unification des attaques, des articulations et des timbres.
Ils furent en revanche beaucoup plus convaincants dans le quatuor d’Édouard Mirzoyan, l’une des grandes voix de la musique arménienne du XXᵉ siècle. Leur interprétation, d’une sobriété lumineuse, donnait à chaque note un poids juste, une profondeur douce, presque méditative, une empreinte d’Arménie jamais folklorique, mais intérieure.



