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Culture - Musique Classique

Dominique Salloum a du Chopin dans les doigts

Entre commentaires pédagogiques et envolées lyriques, le compositeur et pianiste libanais a inauguré les « Jeudis musicaux » de l’église Saint-Maron à Gemmayzé par un récital aussi didactique qu’émouvant.

Dominique Salloum a du Chopin dans les doigts

Le compositeur et pianiste Dominique Salloum à l'église Saint Maron de Gemmayzé dans un programme entièrement consacré à Chopin. Photo avec l'aimable autorisation de l'artiste

Singulier récital de piano que celui de Dominique Salloum, entièrement consacré à Chopin. Normal, puisque le thème choisi était Chopin et l’exil. S’il me fallait choisir parmi les œuvres de ce récital, celles susceptibles de résumer au mieux le sens de cet exil et celui d’une carrière aussi prestigieuse que celle de ce pianiste, je choisirais sans doute les mazurkas.

La simplicité, la tendresse, la douceur avec lesquelles ses doigts, capables de dominer les plus terribles difficultés, se font les serviteurs de ces chefs-d’œuvre d’intime poésie ! Dominique Salloum est un pianiste exceptionnel. Son jeu est d’une grande maturité, non pas une maturité affectée ou artificielle, encore moins une forme de préciosité. Jouer Chopin n’est pas donné à tout le monde. Tout le monde joue Chopin, mais il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Dominique fait partie de ces élus, il est un élu de Chopin.

Il n’a aucun des défauts du « chopiniste » : ni mièvrerie, ni sentimentalisme, ni mauvais goût, ni passion de pacotille, ni tremblotement maladif. Il joue Chopin en homme d’un toucher vigoureux, d’une vélocité de fer, dans l’esprit combatif qui fut celui du compositeur, même malade. Dans son jeu, il y a de la passion bien sûr, mais aussi de la douleur, de l’espoir et de la désespérance, tous transfigurés par et dans la musique. Il fallait l’entendre dans les trois ballades, chefs-d’œuvre pianistiques où s’affirme le Chopin des audaces harmoniques, celui qui annonce à la fois le grand Franz Liszt et le plus prophétique Richard Wagner. C’est par ces audaces que Chopin exprime avant tout son âme, et c’est en les mettant puissamment en relief que Salloum lui permet de se manifester.

« C’est mâle et c’est profond », disait Alfred de Musset à propos de la gaieté de Molière. Ici, c’est la passion, la gravité de l’esprit dont la profondeur se révèle à travers le chant mâle de Dominique Salloum.

La Polonaise n° 2 qui terminait la première partie se distinguait par son raffinement et sa simplicité : raffinement du toucher, de la sensibilité, de la sonorité, et surtout par l’art des transitions entre les différentes sections aux caractères opposés. Simplicité aussi dans sa respiration, qui conserve toujours un rythme naturel et avance, en somme, sur une route claire. Et c’est avec deux Nocturnes – d’une tendresse, d’une simplicité et d’une douceur infinies – que le récital s’est achevé, ponctué de commentaires avant chaque pièce. En guise d’encore, Dominique Salloum a offert l’une de ses compositions : un trio pour chant, violon et piano, sur un texte de Khalil Gibran, al-Chouhrour, interprété avec Marianne Saïd (soprano) et Ramzy Kandalaft (violon).

Robert Schumann écrivait à propos des mazurkas de Chopin qu’elles étaient « des canons cachés sous des fleurs ». Cette phrase aurait pu s’appliquer à merveille au jeu de Dominique Salloum.

Singulier récital de piano que celui de Dominique Salloum, entièrement consacré à Chopin. Normal, puisque le thème choisi était Chopin et l’exil. S’il me fallait choisir parmi les œuvres de ce récital, celles susceptibles de résumer au mieux le sens de cet exil et celui d’une carrière aussi prestigieuse que celle de ce pianiste, je choisirais sans doute les mazurkas.La simplicité, la tendresse, la douceur avec lesquelles ses doigts, capables de dominer les plus terribles difficultés, se font les serviteurs de ces chefs-d’œuvre d’intime poésie ! Dominique Salloum est un pianiste exceptionnel. Son jeu est d’une grande maturité, non pas une maturité affectée ou artificielle, encore moins une forme de préciosité. Jouer Chopin n’est pas donné à tout le monde. Tout le monde joue Chopin, mais il y a beaucoup...
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