Le président libanais Joseph Aoun recevant une délégation de responsables américains à Baabda, le 9 novembre 2025. Photo X/ @LBPresidency
Le président libanais Joseph Aoun a reçu dimanche soir une délégation américaine composée de responsables des sanctions et de la lutte contre le terrorisme, à qui il a affirmé que Beyrouth œuvrait « strictement » à empêcher le blanchiment d'argent, la contrebande et le financement du terrorisme. Un des responsables reçus par le chef de l’État avait affirmé dans un entretien à l'agence Reuters que le temps était venu de renforcer les mesures pour étouffer financièrement le Hezbollah, en limitant les versements en provenance d'Iran.
Au cours de la réunion avec la délégation, constituée notamment du vice-assistant du président des États-Unis pour les affaires de lutte contre le terrorisme, Sebastian Gorka, de son collègue Rudolph Atallah et de John Hurley, le président Aoun a affirmé que le Liban « applique strictement les procédures en vigueur pour prévenir le blanchiment d’argent, sa contrebande ou son utilisation dans le financement du terrorisme ». Beyrouth « sanctionne sévèrement toutes les infractions financières, quelle qu’en soit la nature », a-t-il ajouté, rappelant que pour y parvenir, le Parlement avait adopté la loi modifiant le secret bancaire et celle relative à la restructuration du secteur bancaire. Il a en outre affirmé que le gouvernement est sur le point de finaliser la loi sur le déficit financier, « qui devrait contribuer à rétablir l’équilibre du système financier national. » Parallèlement, l’armée et les services de sécurité « poursuivent les cellules terroristes » et empêchent toute tentative de déstabiliser la sécurité « dans toutes les régions du Liban », a affirmé M. Aoun.
Les discussions avec la délégation américaine ont également porté sur les pourparlers en cours avec le Fonds monétaire international et les moyens d’aboutir à un accord, ainsi que sur les mesures de relance du secteur bancaire.
« La guerre n'a jamais eu de résultat »
Concernant la situation au Liban-Sud, où l'armée libanaise a entamé le démantèlement des infrastructures du Hezbollah, le président Aoun a appelé, comme il le fait devant tous ses visiteurs internationaux, à « faire pression sur Israël pour qu’il cesse ses agressions continues contre le Liban » et l'obliger à respecter l'accord de trêve. « Cela devrait permettre à l'armée libanaise de se déployer jusqu'à la frontière et de mettre en œuvre le plan visant à restaurer le monopole de l’État sur les armes », a-t-il affirmé. Si le Hezbollah, fort de son influence politique au Liban, n'a pas entravé la saisie de ses caches d’armes par l’armée libanaise au sud du Litani, il rejette jusque-là tout désarmement complet.
Le président a en outre insisté sur l'idée que des négociations avec Israël, qu'il réclame depuis près d'un mois, « reposent sur la conviction que la guerre n’a jamais conduit à aucun résultat », tout en soulignant qu'il faut pour cela des « conditions favorables », comme le calme dans le Sud et la fin des attaques israéliennes. Israël, allié des États-Unis, considère que le Hezbollah tente de reconstruire ses capacités et continue de frapper le Liban presque quotidiennement. Au cours du week-end écoulé, l'armée israélienne a tué cinq personnes dans des raids ciblés.
De son côté, la délégation américaine a souligné sa volonté d'aider le Liban pour parvenir à la stabilité dans le Sud, soutenir l'armée libanaise dans ses missions visant notamment à mettre fin aux « phénomènes armés », en allusion aux milices et particulièrement au Hezbollah. Après la réunion, M. Hurley a écrit sur son compte X avoir examiné avec le président Aoun les « moyens de coopérer pour mettre un terme aux flux d'argent de l'Iran au Hezbollah et de créer un Liban plus sûr et prospère ».
Le Liban dans une « période décisive »
La tournée de John Hurley dans la région vise, comme il l'avait annoncé peu avant son départ, à mettre un terme à l'influence de l'Iran sur ses mandataires. Le responsable US a dans ce cadre affirmé dans un entretien à l'agence Reuters que les États-Unis cherchent à tirer parti du « moment propice » au Liban pour réduire le financement iranien du Hezbollah et faire pression sur le groupe afin qu'il remette ses armes. Selon lui, l'Iran a réussi à verser environ 1 milliard de dollars au parti chiite cette année, malgré une série de sanctions occidentales qui ont mis à mal son économie. À la fin de la semaine dernière, Washington avait sanctionné deux personnes accusées d'avoir utilisé des bureaux de change pour aider à financer le Hezbollah, considéré comme un groupe terroriste par plusieurs gouvernements occidentaux et des États du Golfe.
« Le Liban vit actuellement une période décisive. Si nous parvenions à désarmer le Hezbollah, le peuple libanais pourrait récupérer son pays », a déclaré M. Hurley.
« La clé pour y parvenir est d'éliminer l'influence et le contrôle iraniens, qui commencent par les sommes d'argent qu'ils injectent au Hezbollah », a-t-il affirmé depuis Istanbul, dans le cadre d'une tournée en Turquie, au Liban, aux Émirats arabes unis et en Israël.
Au cours de son premier voyage au Moyen-Orient depuis son entrée en fonction sous l'administration du président Donald Trump, John Hurley a réitéré les arguments américains contre l'Iran devant des responsables gouvernementaux, banquiers et dirigeants du secteur privé. « Avec tout ce que l'Iran a enduré, même si son économie n'est pas en très bon état, ce pays continue d’injecter beaucoup d'argent à ses mandataires terroristes », a-t-il conclu.



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22 h 11, le 10 novembre 2025