Chère lectrice, cher lecteur,
Le Proche-Orient, décidément, ne tient pas en place. À Beyrouth, Petra Serhal soigne le monde à coups d’herbes sauvages dans Sihr : une performance qui sent le thym et la résistance. Au théâtre, Lina Abyad relie Gaza au Sud-Liban dans une odyssée féminine où la guerre a la voix d’une femme, enfin.
Au Caire, Sissi coupe le ruban du Grand Egyptian Museum (GEM) avec la solennité d’un pharaon en costard : Ramsès II a trouvé son nouveau temple, climatisé et calibré pour les selfies. À Homs, on ressort les tréteaux : la vie culturelle renaît, et sans Bachar s’il vous plaît, comme un pied de nez à la politique qui croit tout verrouiller.
Pendant ce temps, Rachid Benzine fustige le silence des écrivains sur Gaza, ce silence bien propre, bien littéraire, qu’on appelle parfois « retenue ». Delphine Minoui, elle, écrit pour ne pas hurler ; Mauvignier, lui, reçoit le Goncourt pour avoir si bien su se taire. Le contraste est saisissant : ici on crie sans voix, là-bas on se tait avec élégance.
Et au milieu de tout ça, le Libanais cultive sa spécialité : la nostalgie, ce patrimoine immatériel en partage, plus solide que le patriotisme et bien plus fédérateur. On peut s’écharper sur tout - les frontières, les martyrs, la grotte de Jeita, même la météo - mais dès qu’on évoque « le bon vieux temps », tout le monde se tient par la main.
Le monde s’écroule, mais le programme culturel reste complet.
Bonne lecture !
Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel
OLJ /
le 06 novembre 2025 à 13h15