Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Documentaire

L’humoriste Joze Piranian : Le bégaiement comme tremplin vers la liberté

Le parcours de ce jeune homme, autrefois freiné par un bégaiement tenace, renaît à l’écran dans le documentaire « Words Left Unspoken », présenté au Beirut Art Film Festival.

L’humoriste Joze Piranian : Le bégaiement comme tremplin vers la liberté

L'humoriste libanais sur scène. Photo DR

La première chose qui frappe chez Joze Piranian, ce n’est pas son bégaiement – pourtant au cœur de son histoire – mais cette chaleur tranquille qui émane de lui. Une douceur désarmante, presque contagieuse, qui met immédiatement à l’aise. À travers un appel Zoom entre Beyrouth et Toronto, malgré une connexion Wi-Fi capricieuse, son humour et son sourire se glissent entre les silences, transformant la conversation en véritable leçon d’humanité.

Il parle lentement, avec une précision chorégraphiée, comme s’il dansait avec ses mots. En quelques minutes, ce qui fut sa faiblesse devient sa signature, et son témoignage, une boussole. Le 6 novembre, son parcours sera dévoilé au public libanais dans Words Left Unspoken, un documentaire de 53 minutes signé Josiane Blanc, retraçant l’incroyable chemin de ce jeune homme autrefois incapable de prendre la parole en public, devenu aujourd’hui conférencier international et humoriste en solo sur scène.

Présenté en avant-première à Toronto, puis projeté à New York et Los Angeles, le film fera escale à Beyrouth dans le cadre du Beirut Art Film Festival, avant une séance de questions-réponses en direct avec Joze Piranian, connecté depuis le Canada, où il réside. « Je suis né et j’ai grandi au Liban. Longtemps, j’ai préféré le silence à la peur d’être jugé — parce que je parlais autrement, parce que je bégayais », confie-t-il d’entrée de jeu. « Et puis, il y a huit ans, ma vie a pris un tournant inattendu : j’ai donné cinq conférences TEDx, fait du stand-up dans quatre langues et pris la parole au sein d’entreprises comme Google, Netflix, Meta ou TikTok. »

Trouver sa voix

L’histoire de Joze Piranian débute à Achrafieh, où il voit le jour. Après des études à l’International College, il s’installe au Canada à 18 ans et rejoint l’université McGill. « J’étais enthousiaste à l’idée de recommencer à zéro, se souvient-il. Je pensais qu’un nouveau pays m’aiderait à dépasser ma peur de parler… mais mes angoisses m’ont suivi. »

À Toronto, il intègre le Toastmasters, où il découvre les techniques de communication et de prise de parole, qu’il poursuit ensuite à l’AUB Speakers and Leaders puis au Pro Toast Club à Beyrouth. C’est là qu’il rencontre Josiane Blanc, la réalisatrice, rapidement fascinée par sa ténacité. « Au départ, c’était censé être court, raconte-t-il souriant. Je lui ai dit en plaisantant : ‘‘J’ai un bégaiement intérieur, ça ne sera probablement pas bref’’. Et j’avais raison. » Tourné entre Toronto et Beyrouth, le film, soutenu par CBC et al-Jazeera, dépasse le simple portrait d’un homme apprivoisant ses mots, sa respiration et ses silences. Pour la réalisatrice, c’est une histoire de vulnérabilité, d’humour et de libération.

Une appréhension persistante

Dans le film, Joze Piranian, à la demande de la réalisatrice, retourne dans la maison de son enfance et affronte des discussions longtemps évitées avec sa famille. « Au départ, j’étais complètement réticent, confie-t-il. Ce sont des sujets très sensibles. Mais quand elle m’a expliqué que le film ne pouvait pas se limiter à moi sur scène, qu’il fallait qu’il se passe quelque chose, j’ai fini par accepter. »

Ainsi, Words Left Unspoken parle moins de paroles que de silences, de courage et d’action malgré la peur. « La peur et l’action ne s’excluent pas, ajoute-t-il. Beaucoup attendent que la peur disparaisse avant de bouger. Mais en vérité, elles peuvent coexister. »

Le jeune homme assume enfin ce qu'il pensait être un handicap majeur. Photo DR
Le jeune homme assume enfin ce qu'il pensait être un handicap majeur. Photo DR


Maîtriser les silences

L’humour de Joze, notamment sur la scène de l’Awkward Comedy Club à Beyrouth, est devenu son arme la plus efficace contre l’enfermement. « J’ai compris que si je doutais de moi-même dans une situation sociale et que j’utilisais l’humour, je pouvais aborder mon problème avec légèreté », explique-t-il.

« Je disais aux gens : ‘‘Bonjour, je m’appelle Joze. Au fait, je bégaie. Je ne suis pas complètement ivre’’. C’est drôle, et ça détend tout le monde. » En 2018, il partage la scène avec Nataly Awkar, et chaque été depuis, il renouvelle cette expérience presque thérapeutique. « Parler de quelque chose qui me rendait profondément mal à l’aise à travers le prisme de l’humour, c’était exaltant », confie-t-il. Ce qui devait être sa première et dernière expérience de stand-up est devenu une passion qu’il poursuit encore aujourd’hui.

Lire aussi

Mohammad Chaar, dernier fabricant de tarbouches à Tripoli

À 36 ans, Joze Piranian ne se limite plus à raconter son histoire sur scène ou à travers un documentaire. En janvier, paraîtra son premier livre, Stop Holding Back : An Honest Guide to Turning Fear into Action (Cessez de vous retenir : un guide honnête pour transformer la peur en action), publié par HarperCollins. « Il s’agit d’accepter qu’il est normal d’être différent, confie-t-il. Il faut assumer ce qui nous rend uniques. »


Words Left Unspoken sera projeté le 6 novembre à 18h dans le cadre du Beirut Art Film Festival (BAFF), au théâtre Beryte de l’USJ, suivi d’une séance de questions-réponses en direct avec Joze Piranian.

Instagram : @yeswayjoze

Billets disponibles sur Antoine Ticketing

La première chose qui frappe chez Joze Piranian, ce n’est pas son bégaiement – pourtant au cœur de son histoire – mais cette chaleur tranquille qui émane de lui. Une douceur désarmante, presque contagieuse, qui met immédiatement à l’aise. À travers un appel Zoom entre Beyrouth et Toronto, malgré une connexion Wi-Fi capricieuse, son humour et son sourire se glissent entre les silences, transformant la conversation en véritable leçon d’humanité.Il parle lentement, avec une précision chorégraphiée, comme s’il dansait avec ses mots. En quelques minutes, ce qui fut sa faiblesse devient sa signature, et son témoignage, une boussole. Le 6 novembre, son parcours sera dévoilé au public libanais dans Words Left Unspoken, un documentaire de 53 minutes signé Josiane Blanc, retraçant l’incroyable chemin de ce jeune...
commentaires (2)

Très bel article et surtout tellement necessaire ! Merci Jose et à toute ta superbe famille ! Hâte de voir le film .

Rana Raouda TORIEL

07 h 30, le 03 novembre 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Très bel article et surtout tellement necessaire ! Merci Jose et à toute ta superbe famille ! Hâte de voir le film .

    Rana Raouda TORIEL

    07 h 30, le 03 novembre 2025

  • Personne combattante chapeau bas Ce qui prouve qu’il n’y pas d’handicap il y a tout simplement des gens handicapés

    William SEMAAN

    18 h 04, le 02 novembre 2025

Retour en haut