Le prince Andrew quitte l'abbaye de Westminster, dans le centre de Londres, après avoir assisté au couronnement du roi Charles III et de la reine consort Camilla, le 6 mai 2023. AFP/YUI MOK
Il aura fallu quatorze ans de scandales et la mort d’Elizabeth II pour que le couperet tombe enfin. Le roi Charles III a pris jeudi soir la décision la plus brutale de son règne en privant son frère Andrew de son titre de prince et en l’exilant loin de Windsor, à Sandringham, dans le Norfolk. Une sanction historique – la première d’un tel ordre depuis 1919 – que la presse britannique salue comme un acte de salubrité monarchique. « Enfin ! » titrait vendredi le Daily Mirror, pendant que le Sun ironisait sur « Andrew, précédemment connu sous le nom de prince ».
L’annonce faite dans la soirée du 30 octobre par Buckingham Palace met officiellement fin à des années d’agonie publique pour celui qu’on appelait jadis « le fils préféré » de la reine, disparue en septembre 2022. Le roi, soutenu par son successeur et fils William, a ordonné le retrait de tous ses titres – duc d’York, comte d’Inverness, baron Killyleagh, et même chevalier de l’ordre de la Jarretière – tout en l’enjoignant à quitter Royal Lodge, son manoir de trente pièces près de Windsor. Un exil doré, financé par Charles, mais loin des regards, à 180 kilomètres de Londres.
Derrière cette décision, un objectif limpide. Celui de sauver la monarchie d’un frère devenu paria. L’ombre du pédocriminel Jeffrey Epstein plane sur Andrew depuis 2011. Accusé par Virginia Giuffre – morte en avril dernier – de l’avoir exploitée sexuellement à trois reprises alors qu’elle était mineure, le duc déchu a toujours nié les faits. Mais ses dénégations n’ont jamais convaincu, encore moins après la diffusion d’une photo embarrassante d’Epstein, Ghislaine Maxwell et Harvey Weinstein, prise dans les jardins de Royal Lodge lors des 18 ans de sa fille Beatrice.
Le suicide de Giuffre et la publication posthume de ses mémoires, le 21 octobre, ont rallumé l’incendie. L’opinion, lassée, a basculé dans le rejet absolu : selon un sondage YouGov, 91 % des Britanniques avaient une image négative du prince au moment de l’annonce royale. Dans un pays épris de symboles, l’applaudissement spontané du public d’un talk-show de la BBC jeudi soir a sonné comme un exorcisme collectif.
« C’est un pas courageux et juste du roi », a salué la secrétaire d’État à la Culture, Lisa Nandy. Même tonalité du côté des tabloïds : « Sa Majesté et le prince William ne pouvaient plus tolérer que la Couronne subisse davantage de dommages », écrivait le Sun. Mais certains observateurs, comme l’historien John Dimbleby, proche du souverain, soulignent que cette décision « a demandé du temps et une expertise constitutionnelle ». En clair : Charles voulait agir proprement, sans briser l’équilibre institutionnel d’une monarchie qui se veut exemplaire.
Reste qu’à 65 ans, Andrew, ancien héros de la guerre des Malouines, s’enfonce dans un isolement définitif. Ses années de faste – ses fonctions diplomatiques, ses 250 000 livres de dotation annuelle, son réseau Pitch@Palace – ne sont plus qu’un souvenir. La presse britannique parle désormais d’un « désastre ambulant », un paria que même ses anciens soutiens évitent.
« Je félicite le roi, mais il faut aller plus loin : Andrew doit être en prison », a martelé sur la BBC Sky Roberts, frère de Virginia Giuffre. La police de Londres enquête d’ailleurs sur des informations selon lesquelles Andrew aurait demandé à un garde du corps de chercher des éléments compromettants sur sa victime présumée. Le mouvement antimonarchiste « Republic » a de son côté mandaté des avocats pour envisager des poursuites privées.
La pression ne vient plus seulement de la rue ou des médias. À Westminster, la députée travailliste Rachael Maskell milite pour qu’une loi permette au roi ou au Parlement de retirer leurs titres à tout détenteur indigne. « Le monde a changé, la monarchie doit rendre des comptes », dit-elle. Derrière la froideur institutionnelle de cette déchéance, il y a aussi la rupture d’un lien familial. Charles, 76 ans, et Andrew, de douze ans son cadet, n’ont jamais été proches. Longtemps protégé par l’affection maternelle d’Elizabeth II, Andrew a perdu avec elle son dernier rempart. William, lui, a tranché sans pitié. Son oncle n’assistera pas à son futur couronnement.
À Buckingham, on assure que le roi « éprouve du soulagement » après avoir suivi « le processus approprié ». Mais pour beaucoup, cette mise au ban n’efface pas les zones d’ombre : Que savait exactement la reine ? Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Et jusqu’où ira la justice ?
Une chose est sûre, en renonçant à son frère, Charles espère redorer une monarchie fragilisée par les scandales et l’indifférence d’un grand public lassé. Mais à l’heure où les tabloïds célèbrent la chute d’Andrew comme une victoire morale, le Royaume-Uni découvre, derrière les dorures, la face la plus faillible de sa Couronne.



"… L’ombre du pédocriminel Jeffrey Epstein plane sur Andrew depuis 2011 …" - Elle plane aussi sur Trump et beaucoup d’autres…
09 h 09, le 01 novembre 2025