Chère lectrice, cher lecteur,
Cinq jours d’effervescence.
Cinq jours où We Design Beirut a fait battre la ville au rythme des expositions pleines à craquer, des files d’attente patientes, des dîners dansants et des extravagances soigneusement marketées, instagrammables à souhait.
Entre deux verres de vin blanc, quelqu’un m’a soufflé : « Alors, c’est ça, la vie culturelle à Beyrouth ? Vous leur en demandez beaucoup, à vos artistes… toujours en train de créer pour combler le vide. » J’ai ri, d’abord. Puis la phrase est restée. Parce qu’elle dit tout : ici, on crée pour survivre aux guerres, à la peur, à la fatigue, à l’attente, au manque de tout.
Beyrouth n’attend pas la lumière au bout du tunnel ; elle l’invente — sur scène, dans une vitrine, sur un trottoir. Elle transforme la crise en concept, le bruit des drones en atmosphère, l’imprévu en matière première.
De We Design Beirut à Beyrouth Livres, du BAFF aux récitals des Musicales de Baabdath, les événements s’enchaînent, et la ville semble s’écrire sans point final.
Ce n’est pas une scène culturelle, c’est un instinct de survie.
Qu’on soit en talons et tee-shirt griffé, ou en jupe bohémienne et chemise froissée, on a tous l’art de tenir la pose au bord du gouffre, sourire compris.
Alors oui, peut-être qu’on en demande trop à nos artistes.
Mais sans eux, que deviendrait cette ville ? Sans ceux qui transforment la lassitude en rythme, la contradiction en beauté, la débâcle en mouvement ?
On dit souvent que la culture ne sauve pas le monde.
Peut-être.
Mais à Beyrouth, elle lui redonne des couleurs.
Et, l’air de rien, elle nous fait encore rêver.
Bonne lecture !
Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel
OLJ /
le 29 octobre 2025 à 16h29