Une photo de Shirine Abu Akleh lors d'un sit-in devant l'ambassade israélienne à Athènes, le 16 mai 2022. Photo d'archives Louisa Gouliamaki/AFP
Les conclusions d'un rapport « édulcoré » de l'administration de Joe Biden sur les tirs de l'armée israélienne ayant tué la journaliste palestino-américaine Shireen Abu Akleh, avaient divisé les responsables de l'époque, l'un d'entre eux affirmant au New York Times avoir été alors « stupéfait » par le texte finalement publié qui visait, selon lui, à « ménager le gouvernement israélien ».
Après la fusillade, au cours de laquelle la journaliste vedette de la chaîne al-Jazeera avait été tuée d'un tir la visant directement, Washington avait déploré « le résultat de circonstances tragiques » et estimé qu'il n'y avait « aucune raison de croire qu'il s'agissait d'un acte intentionnel ». Une déclaration qui avait indigné les Palestiniens et les associations de défense des droits humains, qui y avaient vu le dernier exemple en date de l'armée israélienne échappant à ses responsabilités dans la mort de Palestiniens. Les États-Unis ne s'étaient plus jamais exprimés publiquement sur le meurtre de Mme Abu Akleh.
Le colonel à la retraite Steve Gabavics, qui faisait partie de l'équipe en charge de l'examen des tirs puis de la rédaction du rapport, s'était opposé aux conclusions officiellement tirées et annoncées. Ce policier militaire de carrière a fait part publiquement au NYT de ses « inquiétudes selon lesquelles le gouvernement américain aurait édulcoré les conclusions du bureau afin de ménager le gouvernement israélien ». S'il s'était déjà exprimé, sous couvert de l'anonymat, dans un documentaire sur le meurtre de Shireen Abu Akleh diffusé en mai dernier par le média américain indépendant Zeteo, c'est la première fois qu'il prenait la parole à visage découvert sur cette affaire. Il a affirmé s'être opposé, avec un de ses collègues au rapport officiel américain, notamment sur la question de savoir si les tirs israéliens étaient intentionnels ou non. Selon lui, les soldats israéliens savaient qu'il y avait des journalistes dans le secteur le jour du drame. Et la précision des tirs serait également un indice sur le fait que la fusillade était intentionnelle.
Dans ce contexte, le colonel Gabavics a dit avoir été « stupéfait », comme certains de ses collègues, sur le choix des formulations utilisées dans le rapport américain. « Le favoritisme va toujours aux Israéliens. Très peu de choses vont aux Palestiniens », a-t-il ajouté, concernant son expérience générale au sein du Bureau du coordinateur de la sécurité des États-Unis, chargé de la coopération avec les services de sécurité israéliens et palestiniens, et qui était chargé de l'enquête.
Après s'être opposé à son supérieur sur ce dossier, le colonel Gabavics avait été mis à l'écart de l'enquête, selon plusieurs responsables américains contactés par le média américain.
Shireen Abu Akleh était une journaliste palestino-américaine qui travaillait pour al-Jazeera depuis 1997. Elle a été tuée en mai 2022 lors d'un reportage à Jénine, en Cisjordanie occupée. Après avoir initialement accusé des combattants palestiniens d'avoir été à l'origine des tirs, l'armée israélienne avait reconnu une « forte probabilité » que ses forces aient « accidentellement » tué la journaliste. La mort de la journaliste avait suscité une vague de colère dans le monde arabe.
Dans le documentaire publié en mai dernier par Zeteo, le soldat israélien qui aurait tiré sur la correspondante d’al-Jazeera avait été identifié comme le tireur d'élite Alan Scagio, de l'unité Dudevan de l'armée israélienne, qui a été tué en juin 2024 par une bombe artisanale posée en bordure de route à Jénine.



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Quelle est la valeur réelle de ces rapports ? Surtout lorsque ceux-ci doivent faire l'objet d'une mention "officiel". On retrouve ce piètre constat dans les rapports rédigés à l'époque où l'administration Reagan édulcorait les exactions commises par ses "alliés" au Nicaragua et au San Salvador.
08 h 20, le 30 octobre 2025