Le jeune Libanais Elio Abou Hanna, tué par une patrouille palestinienne dans le camp de Chatila, le 26 octobre 2025 à l'aube dans le sud de Beyrouth. Photo circulant sur les réseaux sociaux
Un fait divers tragique, dans lequel un jeune homme chrétien a trouvé la mort dans la nuit de samedi à dimanche par des tirs de miliciens palestiniens dans le camp de réfugiés de Chatila, dans le sud de Beyrouth, a enflammé les réseaux sociaux, réveillant les vieux démons de la guerre de 1975-1990 et posant de manière plus dramatique que jamais la question de la persistance de la prolifération des armes aux mains de milices libanaises et non-libanaises.
L'incident s'est déroulé vers 1h du matin. Elio Abou Hanna, un Libanais de 24 ans au volant de sa voiture, a été tué dans le quartier est du camp par des tirs d’éléments armés palestiniens. Dans des images d'une vidéo provenant d’une caméra de surveillance et qui font le tour des réseaux sociaux depuis dimanche, on voit la voiture du jeune homme foncer à toute vitesse et finir sa course dans un bâtiment. Selon plusieurs sources concordantes, notamment le moukhtar de Dbayé (Metn-Nord), Rabah Karaké, qui connaissait bien la victime, le jeune homme rentrait d’une soirée dans le quartier de Badaro et se dirigeait vers son domicile dans le Metn-Nord, au nord de la capitale. Il semble s’être perdu en chemin avant de se retrouver à Chatila et de tomber nez à nez avec une patrouille palestinienne par hasard. Sa voiture est alors criblée de balles. Grièvement blessé, Elio Abou Hanna est transporté par une ambulance de la Rissala islamiya, affiliée au mouvement Amal, vers l’hôpital Bahman, dans la banlieue sud de Beyrouth, avant de décéder. Ses obsèques auront lieu ce mardi à Naccache.
L'incident a provoqué une vive émotion dans le pays et sur les réseaux sociaux. D'autant qu'il intervient alors que les autorités libanaises ont lancé début août le désarmement des camps palestiniens à travers le pays, parallèlement à celui du Hezbollah, suite au dernier conflit avec Israël. Un processus qui n'a toujours pas été finalisé.
L'Orient-Le Jour a tenté, sans succès, de contacter l’armée libanaise, qui surveille les entrées des camps palestiniens mais sans y pénétrer. Abed Assadi, directeur des relations publiques et des médias au sein du Comité de sécurité palestinien au Liban, évoque pour sa part à notre rédaction une « erreur tragique » et assure qu’une enquête est en cours de la part des factions palestiniennes « sous la supervision de l’armée libanaise ».
« Tout a commencé il y a quelques semaines, quand l’armée a lancé ses opérations sécuritaires à l’intérieur du camp et particulièrement dans ce quartier est, exigeant que la sécurité y soit assurée (par les forces de sécurité palestiniennes, NDLR) jour et nuit », explique M. Assadi à L’OLJ. Il fait référence aux récentes descentes de l’armée dans le cadre d'opérations antidrogue et pour confisquer des armes illégales. Selon lui, c’est pour cette raison qu’une patrouille palestinienne armée se trouvait à cet endroit cette nuit-là. « Le jeune homme a, selon toute vraisemblance, été surpris par la présence d'agents armés. Ceux-ci lui ont demandé de manière ostentatoire de s’arrêter, mais il a au contraire accéléré. C'est alors qu'ils ont tiré sur la voiture », poursuit-il.
« Nous reconnaissons qu’il y a eu une erreur tragique et ne cherchons en aucun cas à nous dérober à nos responsabilités. Nous menons une enquête transparente sous la supervision de l’armée libanaise avec laquelle nous sommes en contact permanent », commente Abed Assadi. Les coupables seront-ils livrés ? « Sans aucun doute », assure le responsable palestinien.
« L’État libanais n’a pas tenu sa promesse »
Cet incident impliquant un jeune Libanais chrétien et des miliciens palestiniens a ravivé des traumatismes liés à la guerre civile de 1975-1990 déclenchée par des incidents armés entre factions palestiniennes et combattants libanais chrétiens. Les camps palestiniens de Sabra et Chatila sont notamment restés dans les mémoires, notamment en raison des massacres en septembre 1982 qui ont coûté la vie à des centaines de civils, deux jours après l'assassinat du président-élu Bachir Gemayel, en pleine invasion israélienne du Liban.
Depuis dimanche, le meurtre du jeune Elio a enflammé les réseaux sociaux. De nombreux internautes ont ainsi pointé du doigt « des barrages palestiniens » qui ne devraient plus exister sur le territoire libanais. Certains ont blâmé les autorités libanaises pour leur incapacité à désarmer les factions palestiniennes. « L’État libanais n’a pas tenu sa promesse de désarmer les camps palestiniens et assume une grande part de responsabilité », accuse l'un d'eux. « Un individu armé étranger dans votre pays dresse un barrage et tue un jeune Libanais, fils unique… Il faut sanctionner les coupables et désarmer les camps », plaide une autre.
Le moukhtar Rabah Karaké, un ami de la famille de la victime, et qui recevait Elio lorsque celui-ci venait accomplir des formalités, se souvient d'un « jeune homme doux, sérieux et studieux ». Il explique que la victime, récemment diplômée en biochimie de l’Université du Saint-Esprit de Kaslik, travaillait dans une usine de médicaments, en attendant de suivre un doctorat en Espagne.
« Nous sommes encore tous sous le choc et dans la confusion la plus totale. Nous savons juste qu’il avait passé la soirée à Badaro avec des amis, et que l’application GPS Google Maps l’a vraisemblablement pris dans la mauvaise direction depuis le rond-point de Tayyouné. Il a de toute évidence été surpris par le barrage palestinien », explique M. Karaké.
Une version confirmée par le père de la victime, Walid Abou Hanna, dans un entretien à la chaîne MTV. « Comment se fait-il que l'armée ne garde pas toutes les entrées du camp ? Mon fils y est entré par erreur, le payant de sa vie. Combien d'autres subiront le même sort ? Pourquoi y a-t-il des endroits dans ce pays qui sont interdits d'accès aux Libanais ? » a-t-il lancé.
« Les armes restent aux mains des factions »
De son côté, le Comité de dialogue libano-palestinien, relevant de la présidence du Conseil des ministres, a publié un communiqué dans lequel il « condamne le crime douloureux qui a mené à la mort du jeune Elio Ernesto Abou Hanna ». Il dit « suivre de près l’enquête en cours pour pénaliser les coupables. La principale conclusion que l’on peut tirer de ce crime, c’est que les armes restent aux mains de factions et groupes armés à l’intérieur des camps, ce qui ne sert aucunement la cause palestinienne, tout en constituant un danger pour le Liban.
Le crime a également fait réagir divers partis politiques, à l'instar du Courant patriotique libre qui estime que la mort du jeune homme « est la preuve que le désarmement des camps palestiniens n’est qu’une tragi-comédie ridicule ». « Les autorités libanaises sont priées de prendre des mesures fermes pour traduire en justice les responsables de ce crime (...) et d’adopter des solutions sérieuses pour confier les armes palestiniennes et libanaises à l'État (...) » plaide le parti chrétien. Le député Kataëb Nadim Gemayel a lui aussi condamné le meurtre. « Nous nous demandons avec inquiétude pourquoi il y a toujours des barrages relevant des factions palestiniennes en plein milieu de Beyrouth, malgré tout ce qui a eté dit sur le désarmement des camps palestiniens », écrit-il sur Facebook.




Trump juge « totalement inacceptable » la réponse de l'Iran pour mettre fin à la guerre
C'est absolument inadmissible. Le president doit envoyer illico presto l'armée IMMEDIATEMENT desarmer les Palestiniens PARTOUT. Sinon que Joseph Aoun demissione.
23 h 00, le 28 octobre 2025