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Dernières Infos - Conflit Israélo-Palestinien

Expulsés par Israël, d'ex-détenus palestiniens se retrouvent coincés dans un hôtel du Caire

« Aucun pays arabe ne veut nous accueillir » déplore un ex-prisonnier, qui ne peut retrouver sa famille en Cisjordanie occupée.

Kamil Abou Hanish, prisonnier palestinien libéré et exilé, condamné à neuf peines de prison à vie — notamment pour avoir fondé les Brigades Abou Ali Moustafa, la branche armée du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) — accorde un entretien à l’AFP au Caire, le 20 octobre 2025. Photo Khaled Desouki/ AFP

Après leur libération par Israël, des Palestiniens condamnés à la perpétuité en lien avec des attaques ou attentats meurtriers il y a plus de vingt ans ont cru pouvoir goûter la liberté. Mais ils se retrouvent expulsés en Egypte, confinés dans un hôtel du Caire sous étroite surveillance.

Mourad Abou al-Roub, incarcéré pendant près de 20 ans, est logé dans cet hôtel cinq étoiles sans autorisation de sortir, ni document officiel ou information sur son avenir.

Il y est reclus avec quelque 150 détenus relâchés et expulsés vers l'Egypte par Israël à la mi-octobre dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu à Gaza entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas. 

Selon le Club des prisonniers palestiniens, une ONG de défense de leurs droits, une centaine d'autres ex-détenus, expulsés par Israël en janvier 2025 lors d'une précédente trêve à Gaza, attendent dans le même hôtel -aux frais du Qatar- de connaître leur sort. 

Dans les couloirs de l'établissement, où une équipe de l'AFP a pu accéder, les exilés passent des heures au téléphone avec leurs proches restés en territoire palestinien.

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« Nous avons été séparés de nos familles pendant vingt ans », et « aujourd'hui, rien n'a changé. Je ne peux toujours pas voir ma mère ni mes frères et soeurs », a déclaré à l'AFP M. Abou al-Roub, 45 ans, originaire de Jénice en Cisjordanie occupée. « Aucun pays arabe ne veut nous accueillir », déplore-t-il aussi. 

Membre d’un groupe armé lié au Fatah, le mouvement fondé par le dirigeant historique palestinien Yasser Arafat, il avait été condamné à 400 ans de prison. Les organisations de défense des droits humains critiquent depuis des décennies le recours par Israël aux tribunaux militaires pour juger les Palestiniens accusés d'infractions dites « liées à la sécurité », dénonçant l'absence de garanties de procès équitables.

« Passer du bus de la prison au bus égyptien c'était comme franchir un seuil entre deux mondes. Du monde de la mort au monde de la vie », affirme Kamil Abou Haniche, 50 ans.

« Supplice »

Condamné pour meurtre et affiliation au Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), classé « terroriste » par Washington et l'UE, il décrit les heures précédant son passage vers l’Egypte comme les plus brutales de ses 22 ans de réclusion. 

« On nous a transférés dans des conditions humiliantes. Ligotés, les yeux bandés, contraints de marcher courbés. Dans la cour de la prison, on est restés agenouillés pendant des heures, puis allongés sur le ventre, les mains liées dans le dos », relate-t-il. En approchant du bus égyptien « j'avais l’impression de renaître ».

Israël a relâché la semaine dernière près de 2.000 prisonniers palestiniens, dont plusieurs dizaines condamnés pour des attaques ou attentats anti-israéliens commis pendant la Seconde Intifada (le soulèvement palestinien de 2000-2005), en échange de la libération des 20 derniers otages vivants détenus par le Hamas depuis son attaque sur le sol israélien le 7 octobre 2023.

Depuis cette attaque, les conditions des prisonniers palestiniens se sont brutalement dégradées selon eux.

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« Nous n’avions plus aucun droit, même les plus élémentaires. Plus de papier, plus de stylos, plus de télévision ni journaux », affirme M. Abou al-Roub, fréquemment transféré dans huit prisons différentes. « On nous a retiré tous nos vêtements et couvertures. On dormait sur du métal pendant des jours », dit-il. « L’hiver était un supplice (...) Et la nourriture qu’on nous servait n'aurait pas suffi à nourrir un enfant ». 

Le sort des détenus palestiniens s'est dégradé dès janvier 2023, après l’arrivée d’Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, au ministère de la Sécurité nationale israélien, qui s’est vanté publiquement d’avoir imposé des changements radicaux en la matière. 

La situation a encore empiré après le 7-Octobre, selon des ONG palestiniennes, israéliennes et internationales, Israël rejetant pour sa part les accusations de mauvais traitements. 

« Mille fois meilleure »

Mahmoud al-Ardah, 49 ans, affilié au Jihad islamique et condamné à la perpétuité pour meurtre, affirme avoir « subi plus de violences » durant cette période « que durant trente ans ».

Placé à l'isolement en 2021 après une tentative d’évasion, il dit être resté isolé « jusqu'à la dernière minute ».

Avant la guerre à Gaza, les détenus avaient accès à des livres, au sport ou à des cours à distance, des droits obtenus selon M. Abou al-Roub à l'issue de mobilisations et longues tractations avec les autorités israéliennes.  « On jouait au volley, au ping-pong », se souvient-il, « chaque jour, on organisait des séances éducatives et culturelles. On apprenait des langues, on poursuivait nos études ». 

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M. Abou Haniche dit avoir publié une dizaine d'ouvrages et obtenu un master en sciences politiques. L'exil est une blessure supplémentaire. « Nous sommes contre toute forme d’expulsion, pas seulement pour nous, mais pour tout être humain arraché à sa terre », dit M. Abou al-Roub. 

« Depuis mon arrivée en Égypte, je ne dors plus. Je ne veux pas entrer dans ma chambre. Je préfère rester dehors et regarder le ciel sans barreaux. »

Selon les dernières données de l’Autorité palestinienne et du Club des prisonniers, environ 11.000 Palestiniens restent détenus par Israël en lien avec le conflit israélo-palestinien. « Nous vivons dans l’incertitude », dit M. Abou Haniche. « Mais quelle que soit la prochaine étape, elle sera toujours mille fois meilleure que la prison. »

Après leur libération par Israël, des Palestiniens condamnés à la perpétuité en lien avec des attaques ou attentats meurtriers il y a plus de vingt ans ont cru pouvoir goûter la liberté. Mais ils se retrouvent expulsés en Egypte, confinés dans un hôtel du Caire sous étroite surveillance.Mourad Abou al-Roub, incarcéré pendant près de 20 ans, est logé dans cet hôtel cinq étoiles sans autorisation de sortir, ni document officiel ou information sur son avenir.Il y est reclus avec quelque 150 détenus relâchés et expulsés vers l'Egypte par Israël à la mi-octobre dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu à Gaza entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas. Selon le Club des prisonniers palestiniens, une ONG de défense de leurs droits, une centaine d'autres ex-détenus, expulsés par Israël...