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Le Nobel, de plus belle !


Si tu veux la paix prépare la guerre, recommande le célèbre adage latin. De fait, ce conseil est largement suivi à travers la planète, même si dans beaucoup trop de cas, ce n’est pas exactement une paix honorable et juste que l’on a en vue. Le dérèglement du monde en cours, l’érosion de l’ordre international, la multiplication des foyers de tension, les crises institutionnelles que connaissent les grandes démocraties, tout cela était déjà fort préoccupant. Mais qu’en est-il alors quand la récompense suprême qu’est le Nobel se voit reprocher de tolérer cette improbable cohabitation entre guerre et paix ?

Ce n’est guère la première fois que l’attribution de ce prix prestigieux prête à controverse, les plus illustres des récipiendaires contestés étant Kissinger, Arafat et la paire Rabin-Peres. Couronnée la semaine dernière pour son extraordinaire courage civil et sa lutte pour une transition pacifique du pouvoir, la Vénézuélienne Maria Corina Machado n’a pas, elle, de sang sur les mains. Qu’elle ait dédié sa consécration à son peuple – mais aussi à Donald Trump – peut passer à la rigueur pour un signe d’élégante courtoisie envers le candidat frustré. L’affaire se corse toutefois quand sitôt élue, la lauréate exhorte publiquement le président des États-Unis à l’aider à déboulonner le tyran Nicolas Maduro. Le chef de la Maison-Blanche n’avait d’ailleurs pas attendu une telle invitation pour cibler celui qui est désormais son Saddam Hussein à lui : un despote gouvernant d’une main de fer un pays regorgeant de pétrole, de gaz et de métaux rares, mais qui condamne son propre peuple à la misère ; qui a partie liée avec le narco-terrorisme ; qui, à l’en croire, inonde l’Amérique de drogue, et dont la tête est mise à prix.


Non content de faire couler des embarcations suspectes dans les eaux des Caraïbes, Trump vient de donner carte blanche à la CIA pour entreprendre des opérations clandestines au Venezuela, et il n’exclut plus une action militaire au sol. Le recalé au concours volant à la rescousse de la première de la classe qui le prie de ne pas s’arrêter en si bon chemin : est-ce vraiment là l’esprit du Nobel de la paix dont la vocation est la recherche de solutions pacifiques, même pour mettre fin à des oppressions ? Est-ce la manière idéale de se prévaloir de ce trophée, d’en user, de l’instrumentaliser une fois qu’on l’a décroché ? Qui donc par ailleurs est en droit de définir la frontière entre résistance pacifique et légitimité de la contrainte contre un pouvoir voyou ? Comment concilier enfin souveraineté nationale et anxieuse attente d’un salut importé ?

On se gardera bien cependant d’en juger trop vite. La fin et les moyens, voilà bien en effet un débat tout à la fois politique, militaire et moral vieux comme le monde, et qui n’est pas près d’être tranché. Il l’est encore moins chez nous où l’épisode Machado, avec son faisceau de paradoxes, trouve un écho particulier en dépit de contextes absolument différents. Le Liban a longtemps été occupé par la Syrie des Assad, et périodiquement par Israël qui d’ailleurs campe sur notre territoire et poursuit ses agressions. Sa souveraineté, le Liban en avait perdu jusqu’à l’habitude, jusqu’au souvenir même, gangrené qu’il était par un système politique verrouillé, une insolente corruption et un fouillis d’influences étrangères. Titanesque est le chantier interne et géopolitique auquel s’est attaqué un pouvoir nouveau, fruit lui aussi d’une conjonction astrale régionale mais jouissant cette fois, pour changer, du soutien massif des Libanais. Pour récupérer son monopole sur les armes comme pour obtenir le départ de l’occupant, la seule confiance des citoyens ne saurait toutefois suffire. Pour y parvenir en évitant une guerre civile ou alors quelque expédition d’envergure que lancerait un ennemi surpuissant, l’État n’est pas seulement en droit de requérir toute assistance disponible auprès des puissances occidentales et arabes amies, ou se disant telles : il est tenu de s’y consacrer jour et nuit car il y va de sa vie et de celle du pays.

Les dirigeants libanais ne peuvent, bien sûr, jouer les Machado en appelant les GI au secours. Bien plus réellement gratifiante qu’un Nobel au rabais serait en revanche, pour Donald Trump, une paix équitable et durable en Orient. Il est grand temps de redonner ses plumes à la symbolique et malheureuse colombe blanche malmenée de tous côtés.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com 

Si tu veux la paix prépare la guerre, recommande le célèbre adage latin. De fait, ce conseil est largement suivi à travers la planète, même si dans beaucoup trop de cas, ce n’est pas exactement une paix honorable et juste que l’on a en vue. Le dérèglement du monde en cours, l’érosion de l’ordre international, la multiplication des foyers de tension, les crises institutionnelles que connaissent les grandes démocraties, tout cela était déjà fort préoccupant. Mais qu’en est-il alors quand la récompense suprême qu’est le Nobel se voit reprocher de tolérer cette improbable cohabitation entre guerre et paix ? Ce n’est guère la première fois que l’attribution de ce prix prestigieux prête à controverse, les plus illustres des récipiendaires contestés étant Kissinger, Arafat et la paire Rabin-Peres....