Un jeune homme observe une structure détruite par des frappes israéliennes à Houla au Liban-Sud, en juin 2025. Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a réagi lundi aux menaces israéliennes lancées dimanche à l'encontre d'un ingénieur et activiste originaire du Liban-Sud, Tarek Mazraani, qui a fondé en août dernier le « Rassemblement des habitants des localités frontalières du Sud » et qui appelle à la reconstruction des régions frontalières dévastées par la guerre de treize mois qui a opposé Israël au parti chiite. « Ce qu'a subi l'ingénieur Tarek Mazraani, à savoir des menaces directes proférées à travers des haut-parleurs depuis un drone israélien, est condamnable au plus haut point. Dans ce contexte, je ne peux que réaffirmer l'engagement total du gouvernement en faveur de la reconstruction et du droit de tous les habitants du Sud, en particulier ceux des villages frontaliers, à un retour sûr et durable dans leurs villes et villages », a écrit M. Salam sur X.
ما تعرّض له المهندس طارق مزرعاني، منسّق تجمّع أبناء القرى الجنوبية الحدودية، من تهديد مباشر عبر مكبّرات صوت من مسيّرة إسرائيلية، مدانٌ بأشدّ العبارات.
— Nawaf Salam نواف سلام (@nawafsalam) October 13, 2025
ولا يسعني في هذا السياق إلا ان اجدد التزام الحكومة الكامل بإعادة الإعمار وبحقّ جميع أبناء الجنوب، ولا سيّما سكان القرى الحدودية،…
Depuis le cessez-le-feu, le Hezbollah n'a de cesse d'en appeler à l'État libanais pour financer la reconstruction des zones détruites, tandis que les sources d'approvisionnement du parti chiite se sont largement taries, notamment à la suite de la chute du régime Assad en Syrie en décembre 2024, renversé par une coalition islamiste hostile au Hezbollah, coupant les voies d'approvisionnement terrestres depuis l'Iran, et à la reprise en main progressive du port et de l'aéroport de Beyrouth par l'État libanais. Par ailleurs, l'Etat hébreu mène des frappes quasi-quotidiennes au Liban-Sud et continue d'occuper plusieurs points stratégiques près de la frontière.
Non-affilié au Hezbollah et militant pour la reconstruction
Tarek Mazraani, qui est originaire de la localité de Houla (Marjeyoun), a été menacé dimanche dans un message audio diffusé par un drone israélien au-dessus de plusieurs localités de la région, selon des informations de notre correspondant Mountasser Abdallah. Il est le fondateur du « Rassemblement des habitants des localités frontalières du Sud », un collectif indépendant qui serait non affilié au Hezbollah, et qui appelle à la reconstruction du Liban-Sud et notamment des localités frontalières, précise notre correspondant. Un article publié dimanche par le site d'informations al-Modon présente Tarek Mazraani comme étant un activiste qui s'intéresse à la poésie et à l'art, loin de toute affiliation au parti chiite.
« Le mensonge a envahi le Hezbollah »
Dans plusieurs vidéos et enregistrements diffusés sur les réseaux sociaux dimanche, on peut entendre une voix masculine provenant d'un drone qui s'exprime en arabe et qui dénonce les actions de M. Mazraani. « Le mensonge a envahi le Hezbollah. Aujourd'hui, l'ingénieur Tarek Mazraani poursuit leur conspiration. Chassez-les pour reprendre vos terres et pour que la reconstruction soit lancée », indique cette voix. Contacté dimanche par Mountasser Abdallah, l'activiste s'est dit « surpris » par ces menaces. Il a ajouté que le rassemblement n’a aucun objectif politique, précisant que son but principal est d’aider les personnes déplacées sur le plan financier, d’autant plus que la plupart d’entre elles sont au chômage et ont perdu leurs avoirs.
Interrogé en août dernier par notre correspondant, lors du lancement de son Rassemblement, M. Mazraani avait insisté sur l'aspect « social et humanitaire (de son action), loin des revendications politiques ». « Nous appelons les autorités ainsi que les ONG locales et internationales à écouter nos familles du Sud qui souffrent depuis deux ans, sans eau et sans électricité », avait déclaré l'activiste, promettant des visites auprès du président, du Premier ministre et du chef du Parlement. La municipalité de Houla n'était pas joignable lundi pour un commentaire.
L'Ordre des ingénieurs condamne
De son côté, l’Ordre des ingénieurs de Beyrouth a condamné « avec la plus grande fermeté » les attaques israéliennes visant les ingénieurs dans le Sud, rappelant « la mort de trois collègues la semaine dernière et la menace directe visant l’ingénieur Tarek Mazraani », qualifiant cette escalade de « grave et inacceptable ». Le 2 octobre, une frappe de drone avait visé une voiture près de Kfar Remmane (caza de Nabatiyé) dans laquelle se trouvaient deux ingénieurs travaillant pour Jihad el-Bina', l'organisme civil chargé de la reconstruction au sein du Hezbollah.
Dans son communiqué, l’Ordre appelle « l’État, dans toutes ses composantes, à assumer sa responsabilité pour la sécurité du personnel d’ingénierie, en assurant une protection immédiate et directe dans les zones à risque, et en ayant recours à la protection internationale, la Finul (Force intérimaire des Nations unies), si nécessaire ». Il souligne que « cibler les ingénieurs constitue une attaque directe contre les piliers de la reconstruction et de la stabilité » et avertit : « Nous ne resterons pas silencieux face à ce mépris pour la vie des compétences nationales ».
Le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, a lui dénoncé lors d’une visite à Zghorta (Liban-Nord) « la persistance des attaques israéliennes contre les citoyens ainsi que la destruction de biens et d’infrastructures civiles, la dernière en date ayant eu lieu dans la région de Msayleh, au Sud ». Selon lui, « ces attaques provoquent la mort de personnes et d’importants dégâts matériels, constituent une menace permanente pour le Liban et représentent une violation flagrante du droit international et des accords de cessez-le-feu ».
L'armée israélienne, qui accuse le Hezbollah de vouloir reconstruire ses capacités, dans un Liban-Sud dévasté par les bombardements et les destructions systématiques de quartiers entiers, vise dernièrement les engins de chantier de manière régulière. La reconstruction au Liban-Sud est conditionnée par la communauté internationale au désarmement du Hezbollah. Le parti chiite, lui, insiste pour que la reconstruction des villages frontaliers ne soit pas reliée à son arsenal.
Des frappes massives israéliennes menées dans la nuit de vendredi à samedi, à Msayleh, sur la route reliant Zahrani à Nabatiyé, ont visé un site abritant des engins de chantier, à quelques centaines de mètres de la résidence du président du Parlement, Nabih Berry. Dans un entretien lundi au journal panarabe Ashark al-Awsat, le président de la Chambre et chef du mouvement chiite Amal a souligné que les raids de samedi — les plus violents après près d’un an de trêve — avaient eu lieu moins de 24 heures après son appel lancé au gouvernement d’inclure dans le projet de budget 2026 des crédits dédiés à la reconstruction des localités détruites par Israël, et l’avoir apostrophé pour avoir « exclu » ce chantier du texte adopté par le gouvernement il y a quelques semaines.



Bien sûr que l’on condamne ces menaces. Mais elles nous rappellent les “pressions” que la milice pratique depuis quarante ans, pas par des drônes , mais par des menaces de mort. A chacun son style !
06 h 40, le 14 octobre 2025