Fort bienvenu est certes le plan de paix de Donald Trump pour Gaza, ne serait-ce que parce qu’il donne un coup d’arrêt à l’atroce entreprise génocidaire menée tambour battant, deux années durant, contre cet infortuné territoire. À un jet de pierre de distance de là, c’est un cauchemar d’un autre type qui va prendre fin également pour les familles d’otages aux mains du Hamas et qui vont retrouver leurs siens, morts ou vivants. Ce n’est là toutefois que la première étape d’une course d’obstacles qui en comporte encore 19, et non des moindres.
Déjà promoteur des accords d’Abraham, c’est en quelque sorte un jugement à la Salomon qu’a affecté de rendre cette fois le président des États-Unis en se décidant, de guerre lasse, à siffler la fin d’une partie qui traînait beaucoup trop en longueur. Il a dû pour cela forcer la main à un Netanyahu qui s’était voué à une interminable fuite en avant ; et il a réussi à rallier les poids lourds du monde arabo-islamique au processus de mise au ban du Hamas. Davantage cependant que toutes les raisons d’ordre géopolitique qui ont pu motiver un tel coup d’éclat diplomatique, le facteur psychologique semble avoir été décisif chez l’homme le plus puissant de la Terre, qu’habite en effet un ego de dimension tout aussi planétaire. C’est ce que nous invite d’ailleurs à constater l’une de ces espiègles ironies et narquoiseries que peuvent réserver les hasards et coïncidences de l’actualité : à considérer l’accord sur Gaza sous le prisme de cet évènement presque concomitant qu’aura été l’attribution du Prix Nobel de la paix devenu pour l’Américain une véritable obsession.
Malgré son sprint final sur le stade de Gaza, Trump n’a pas seulement raté son imaginaire rendez-vous avec cette suprême récompense mondiale, laquelle a été décernée mardi à l’opposante vénézuélienne Mariana Corina Machado pour son extraordinaire courage civique. Son incommensurable orgueil interdisait au président d’admettre qu’en réalité les jeux étaient déjà faits depuis la semaine dernière : de réaliser que sa candidature – avancée par lui-même comme par nombre de flagorneurs, dont l’Israélien Netanyahu et l’Égyptien Sissi – était au départ irrecevable aux yeux du jury norvégien, compte tenu de ses éloquents états de service. Autoritaire jusqu’à la tyrannie chez lui, réfractaire à la liberté d’expression, s’obstinant à vouloir donner l’armée contre les immigrants tout en chapitrant ses généraux et à embastiller maires et gouverneurs contestataires, l’extravagant personnage se targue abusivement d’avoir résolu plus d’une demi-douzaine de conflits de par le monde. Il oublie surtout qu’il a soutenu à fond le massacre de Gaza. Qu’il a ambitionné d’en faire la Riviera du Moyen-Orient, une fois purgée de sa misérable population. Que s’il lui est arrivé dans le passé de rabrouer Netanyahu, ce n’était pas parce que ce dernier tuait en masse, mais parce qu’il ne tuait pas assez vite pour que soit achevé le macabre job. Même pour le plus complaisant des jurés d’Oslo, le président américain n’avait pas la moindre chance de passer pour un homme de paix.
Et Obama donc, vous rétorquerait-il furibard, ce fieffé resquilleur d’Obama qui raflait le gros lot huit mois seulement après son entrée en fonctions sans avoir encore rien accompli, Obama qui n’avait pour seul crédit que de beaux discours sur la coopération entre peuples et le dialogue des civilisations ? Une autre et cinglante ironie voudrait pourtant que Donald Trump prenne exemple sur son lointain et détesté prédécesseur. Yes We Can (oui, nous pouvons) était le génial slogan électoral de ce dernier qui prônait le changement. Et s’il aspire avec une telle âpreté à entrer dans l’histoire par la grande porte, le chef de la Maison-Blanche devrait s’apercevoir en ce moment qu’il peut lui aussi, s’il le veut. Qu’un tel Yes I Can peut être utilement brandi sur un plan tout autre que ses propres lubies, caprices et extravagances. Que l’Amérique de sa coterie MAGA, celle de sa devise America First n’est véritablement grande que si elle est respectée, admirée et non seulement crainte du reste de l’humanité. Qu’à cette fin, grandeur doit nécessairement aller de pair avec justice.
On reconnaîtra volontiers à Trump le rare mérite d’avoir bridé les délires d’un Netanyahu qui se vantait de manipuler comme marionnettes les dirigeants américains ; d’avoir bravé aussi l’aile dure du lobby pro-israélien de Washington, et même peut-être d’avoir défié le chantage lié à l’affaire Epstein dont il serait l’objet. Qu’il vienne à honorer sa promesse de rechercher sérieusement une voie crédible vers l’autonomie ou même l’État des Palestiniens, et il serait alors en droit de revendiquer un jour sa place parmi les immortels du Nobel.
Comme de juste, c’est au Moyen-Orient qu’il serait le plus frénétiquement applaudi.
Issa GORAIEB


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