L’accord de coproduction entre le Liban et la Belgique est un signal important de confiance et d’intérêt. Avec l’aimable autorisation de l'ambassade de Belgique
L’accord de coproduction cinématographique entre le gouvernement de la Communauté francophone de Belgique et le Liban a été annoncé à la résidence de l’ambassadeur de Belgique Arnout Pauwels, en présence du ministre de la Culture Ghassan Salamé et de la présidente de la Fondation Liban Cinéma Maya de Freige.

Il aura fallu près d’une décennie de discussions, d’allers-retours diplomatiques et d’écueils politiques dans les deux pays pour que le projet voie enfin le jour. La Fédération Wallonie-Bruxelles et le Liban ont officialisé en juin dernier la signature d’un accord de coproduction cinématographique – un texte qui promet d’ouvrir de nouveaux horizons aux créateurs des deux pays, mais surtout du nôtre, sachant que les caisses de nos institutions sont vides. Le ministre de la Culture a d’ailleurs souligné son importance pour les réalisateurs et acteurs libanais, en assurant, avec une note d’humour, qu’il ne se posait pas la question de la nécessité de dépenser de l’argent public pour la culture, car son ministère n’en a pas, tout simplement.
Second accord de ce type après celui conclu avec la France, il intervient alors que l’autorité de l’État au Liban « s’est réduite comme une peau de chagrin », selon Ghassan Salamé. Selon lui, les finances publiques ne devraient pas se rétablir avant cinq ou sept ans au moins, ce qui rend ce genre d’initiative encore plus cruciale. En attendant, le ministre a expliqué qu’il œuvrait à convaincre les investisseurs de la rentabilité des industries culturelles, elles aussi leviers de la renaissance économique.

« Établir des accords de coproduction avec d’autres pays vise à faciliter la production et à donner de la visibilité, et s’inscrit dans les objectifs que s’est fixés la Fondation Liban Cinéma : développer la production au Liban et surtout aider les films à se faire », a expliqué Maya de Freige. « Et cela s’ajoute à toutes nos actions de formation et d’accompagnement des porteurs de projet de film dans le processus de production (écriture de scenario, recherche de partenaires à l’international, etc.). C’est l’une des solutions au problème de financement et de visibilité que connaissent les films libanais », a-t-elle précisé, pointant l’urgence de penser à un fonds de soutien comme celui mis en place auparavant.
« Il faut tenter de pérenniser des outils financiers et des aides nationales pour permettre à nos cinéastes d’aller à la recherche de producteurs mieux armés, avec une voix plus indépendante, pour pouvoir intéresser des partenaires. Avoir une aide nationale est une façon de dire : nous aussi sommes forts et arrivons avec notre talent et nos aides publiques nationales », a poursuivi Maya de Freige.
Elle rappelle que « la Fondation Liban Cinéma a, par ailleurs, créé le Lebanese Film Fund grâce à l’Union européenne, qui avait financé une petite enveloppe ayant permis la naissance de neuf films. Nous comptons, comme toujours, sur nos mécènes et la diaspora, et réfléchissons à plusieurs canaux de financement, qui sont peut-être un fonds de soutien, voire d’investissement ».
Une idée née sur la Croisette
Tout a commencé à Cannes, en 2016. Au détour d’une conversation entre représentants du Centre du cinéma de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Fondation Liban Cinéma, l’idée d’un partenariat s’esquisse. Le Liban, avec son cinéma profondément ancré dans les échanges internationaux, attire alors l’attention. Ses réalisateurs, formés aux quatre coins du monde, et sa présence régulière sur les scènes festivalières en font un interlocuteur naturel pour la Belgique francophone, déjà ouverte à la coopération audiovisuelle avec le Moyen-Orient.

De cette rencontre naît un dialogue soutenu. En 2018, un premier projet de texte est transmis par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il faudra encore sept années de validations successives avant d’aboutir à la version finale, approuvée à Beyrouth en mars 2024, puis signée par le ministre de la Culture libanais en mai 2025. Un mois plus tard, c’est au tour d’Élisabeth Degryse, ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, d’y apposer sa signature.
Un cadre commun pour créer ensemble
Concrètement, l’accord place sur un pied d’égalité les films coproduits entre les deux pays, quel que soit leur format. Une œuvre née d’une collaboration belgo-libanaise sera considérée comme « nationale » dans chacun des deux territoires, bénéficiant ainsi des mêmes avantages financiers et institutionnels que les productions locales.
Pour l’ambassadeur Arnout Pauwels, cet accord comporte « un aspect économique important pour attirer la coproduction ». La Belgique dispose d’un système fiscal de « tax shelter » qui permet des financements et des constructions fiscales encourageant le cinéma belge à sortir de son cocon. Les frères Dardenne ou des actrices françaises comme Marion Cotillard, qui joue dans leur film belge Deux jours, une nuit, y contribuent.
« Je suis heureux qu’en dépit de la pression sur les finances en Europe, dont la Belgique, la Communauté ait trouvé l’énergie et les moyens financiers pour conclure cet accord avec le Liban. C’est un signal important de confiance et d’intérêt. La Belgique, petit pays francophone, doit se tenir aux côtés du Liban, autre petit pays francophone : toute la charge ne doit pas peser sur les épaules de la France », a ajouté l’ambassadeur. Les règles du jeu sont claires : chaque producteur doit investir entre 10 et 90 % du budget, avec une contribution artistique et technique réelle – autrement dit, les coproductions purement financières sont exclues. Cette exigence garantit une véritable synergie de création, où le savoir-faire des équipes belge et libanaise s’entremêle au service d’un même film.
Autre engagement : les deux pays s’obligent à soutenir la diffusion et la promotion des œuvres issues de cet accord sur leur propre territoire. Une commission mixte sera d’ailleurs chargée d’en suivre l’application, d’en évaluer les retombées et d’envisager d’éventuelles adaptations futures.
Le ministre de la Culture a conclu en affirmant que la signature de cet accord « n’entrave en rien la volonté du ministère de dresser un état des lieux pour dessiner un accord avec les acteurs des différents secteurs culturels afin d’énoncer une stratégie de politique culturelle pour les années à venir », ce qui, espère-t-il, « devrait avoir lieu en janvier prochain ».
Les détails de l’accord sont disponibles sur le site de la Fondation Liban Cinéma : www.fondationlibancinema.org



Enfin du positif
08 h 40, le 10 octobre 2025