Critiques littéraires

Ces romans qui sont Histoire


Ces romans qui sont Histoire

Histoires d’engagement. Les temps du désenchantement de Nassim Daher, L’Orient des Livres / Oser Dire, 2025, 300 p.

Nassim Daher prend d’une main un long bâton de pèlerin, pour arpenter sa vie au long cours et saisit, de l’autre main, sa longue plume d’écrivain francophone qu’il trempe dans l’encre noire de sa mémoire, pour raconter l’histoire de sa génération.

Le double titre de Daher illustre fidèlement la dynamique de tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont gravé leur vie dans le mouvement de leur société des années soixante, en accompagnant la montée du nationalisme arabe, du nassérisme, du communisme, de la cause palestinienne et de la soif de justice, puis, dans sa courbe descendante et malencontreuse, le désenchantement et la désillusion.

Le récit commence à Amioun. Il s’achève une trentaine d’années plus tard, par une débandade sordide et sanglante, dans ce gros bourg d’El-Koura. « Les loups étaient lâchés et mordaient à pleines dents dans la chair des victimes. »

Mais avant de se refermer avec amertume, cette boucle conduit Karim autour du monde, de Tripoli à la maison du Liban à Paris où trône Victoria, en passant par Beyrouth où « tout ce qui criait, dansait, manifestait contre l’impérialisme y trouvait écho » ; des pays de l’Est socialistes jusqu’à Cuba ; du militantisme à l’École des lettres jusqu’aux marécages des camps d’entraînement en Syrie. Des histoires par dizaines (où les relations d’amour ne sont pas les moins aventureuses). En voici deux, bien étonnantes : lorsque le patron de l’hôtel Phœnicia célèbre son mariage princier, le petit peuple massé par milliers se rue pour ramasser « les pièces d’or jetées par-dessus le dos de la mariée » ! À la Havane, après l’un de ses meetings fleuves durant lesquels l’impérialisme est fustigé, Fidel lance : « Y a-t-il un Libanais parmi vous ? » Puis, caressant les cheveux de notre héros, il ajoute : « Je crois avoir du sang de ce vieux Liban, dans mes veines et dont je ne suis pas peu fier ! »

L’auteur, on le voit, aurait pu emprunter à Neruda le titre de son livre : J’avoue que j’ai vécu.

Nassim Daher au festival

Rencontre avec Marwan Chahine, Dima de Clerck et Nassim Daher, dimanche 26 octobre à 16h, ESA (Agora).

Histoires d’engagement. Les temps du désenchantement de Nassim Daher, L’Orient des Livres / Oser Dire, 2025, 300 p.Nassim Daher prend d’une main un long bâton de pèlerin, pour arpenter sa vie au long cours et saisit, de l’autre main, sa longue plume d’écrivain francophone qu’il trempe dans l’encre noire de sa mémoire, pour raconter l’histoire de sa génération.Le double titre de Daher illustre fidèlement la dynamique de tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont gravé leur vie dans le mouvement de leur société des années soixante, en accompagnant la montée du nationalisme arabe, du nassérisme, du communisme, de la cause palestinienne et de la soif de justice, puis, dans sa courbe descendante et malencontreuse, le désenchantement et la désillusion.Le récit commence à Amioun. Il s’achève une trentaine...
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