Critiques littéraires

Le monde à hauteur d’enfant

Le monde à hauteur d’enfant

Le Trousseau des clés de Georgia Makhlouf et Inbar Heller Algazi (avec des traductions de Najla Jraissaty Khoury), Le Port a jauni, 2026, 32 p.

Depuis bientôt vingt ans, la maison d’édition Le Port a Jauni construit un catalogue porté avec passion par sa créatrice, Mathilde Chèvre. Une maison qui fait dialoguer les cultures en publiant des livres bilingues français-arabe et qui se lisent parfois dans les deux sens, de gauche à droite ou de droite à gauche. Et ce n’est jamais gratuit : ce principe devient une manière de penser la lecture et l’écriture.

Avec Le Trousseau de clés, la nouvelle publication de la maison, Georgia Makhlouf (qui en signe le texte) trouve dans ce dispositif un terrain de jeu idéal, porté également par la traduction arabe, fluide et sensible, de Najla Jraissaty Khoury. Son texte ne suit pas une ligne droite. Il avance par fragments, par souvenirs, par petites scènes du quotidien qui s’appellent les unes les autres.

Chaque texte ouvre une nouvelle fenêtre dans l’ensemble : une anecdote familiale mène à une réflexion sur la poésie, une chanson débouche sur un souvenir, un objet ouvre sur l’absence ou sur la guerre. On sent que cette narration fragmentaire correspond à l’écriture de Georgia Makhlouf, à sa manière de placer chaque scène en écho à l’autre plutôt que de dérouler un récit huilé.

Dans Le Trousseau de clés, Georgia Makhlouf suit un jeune garçon qui tente de comprendre le monde qui l’entoure à travers des fragments du quotidien. Au fil des textes, le motif de la clé revient comme un fil conducteur. La clé comme objet d’abord, celle que la Téta porte autour du cou comme un mystère familial. Mais aussi la clé de sol, la clé de voûte, la clé du bonheur, la clé des champs. Peu à peu, Le Trousseau de clés ressemble à une boîte à outils donnée au personnage pour apprendre à vivre malgré les blessures et les absences.

Georgia Makhlouf prend d’ailleurs soin de parler de sujets difficiles sans s’appesantir. La guerre est là, l’absence de la mère aussi, mais discrètement. Le texte ne cherche jamais à tourner le couteau dans la plaie. Il préfère faire remonter les émotions par petites touches, laissant au lecteur le soin d’en mesurer l’ampleur.

Cette confiance accordée au lecteur traverse tout le livre, notamment dans le dialogue entre le texte et les dessins d’Inbar Heller Algazi. Les illustrations ne viennent jamais répéter ce que racontent les mots. Elles suivent leur propre chemin, avec leurs motifs et ce trait au crayon dont le mouvement reste visible, assumé et vivant. Le lecteur est libre de créer lui-même les correspondances entre les images et le texte, de les faire se rejoindre ou non. L’enfant lecteur est ainsi l’interprète de cette double partition.

Cette confiance passe également par la langue. Georgia Makhlouf n’hésite pas à employer des mots qui ne sont pas forcément familiers aux plus jeunes. Elle défend ainsi une idée simple : lorsqu’un enfant rencontre un mot inconnu, c’est l’occasion rêvée pour qu’il en cherche la signification. Après cette lecture, chacun pourra par exemple ajouter le verbe « lambiner » à son vocabulaire (je vous laisse chercher).

Le Trousseau des clés de Georgia Makhlouf et Inbar Heller Algazi (avec des traductions de Najla Jraissaty Khoury), Le Port a jauni, 2026, 32 p.Depuis bientôt vingt ans, la maison d’édition Le Port a Jauni construit un catalogue porté avec passion par sa créatrice, Mathilde Chèvre. Une maison qui fait dialoguer les cultures en publiant des livres bilingues français-arabe et qui se lisent parfois dans les deux sens, de gauche à droite ou de droite à gauche. Et ce n’est jamais gratuit : ce principe devient une manière de penser la lecture et l’écriture.Avec Le Trousseau de clés, la nouvelle publication de la maison, Georgia Makhlouf (qui en signe le texte) trouve dans ce dispositif un terrain de jeu idéal, porté également par la traduction arabe, fluide et sensible, de Najla Jraissaty Khoury. Son texte ne suit...
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