Critiques littéraires

Sapho, d’une ombre à l’autre

Sapho, d’une ombre à l’autre

Traverser la nuit de Sapho, Éditions Bruno Doucey, 2026, 144 p.

De quelle nuit s’agit-il et de quelle traversée ?

Ce septième recueil de Sapho finit par « l’adieu aux larmes ».

Je l’imagine attablée à la terrasse d’un café de la rue de l’Arbalète, ou de toute autre rue « qui monte et qui descend », comme Chez Léa, croquant les passantes dans son calepin dont elle « blesse les pages » – bien qu’elle « égare des poèmes dans les limbes électroniques » – ou « le corps des hommes » ! Parce que la poésie de Sapho est sur le vif. La vive. La poésie de Sapho est au jour le jour. Les cafés sont « pleins de signes d’agents secrets », d’émotions et d’événements du quotidien. Comme des chansons de la vie nourries du « je t’aime au présent », du « recensement » de ces « trous de bonheur », et des lectures qu’elle enfile autour du cou, comme des perles de lumière : Rimbaud, Tchékhov, Schopenhauer, Emily Dickinson, et tant d’autres, et de nouveau Arthur, l’interminable !

Trois grands moments composent le dernier-né de cette poétesse franco-marocaine, que le grand public connaît surtout comme chanteuse.

Le premier est celui où elle va à « l’écart de la parole » dans cette maison qui ne « parle que de toi ». Celui où elle fera « la nuit sur le jour / pour t’atteindre, toi qui t’es absenté / pour m’atteindre, moi qui me suis retirée ».

Celui de la nuit intime qu’il lui faudra traverser.

Le deuxième est celui de la « bête immonde ». Celui où « nous voyons dériver nos valeurs sur la rivière de la pensée ». Celui des « fous de Dieu / des deux côtés de la guerre ». Celui de la barbarie. En Ukraine. À Gaza. En Afrique affamée. Celui d’un monde de désespoir qui broie du noir et qui « tourbillonne comme dans une machine à laver ».

Celui de la nuit globale qu’il nous faudra traverser.

Et enfin le troisième moment, celui de « l’or du jour levant », où elle revient au monde, seule, mais dont « la solitude est si peuplée ». Des amis. Des amies. Celui où « avec le manège des mots », « les cris deviendront des baisers ».

Celui de la nuit traversée.


Traverser la nuit de Sapho, Éditions Bruno Doucey, 2026, 144 p.De quelle nuit s’agit-il et de quelle traversée ?Ce septième recueil de Sapho finit par « l’adieu aux larmes ».Je l’imagine attablée à la terrasse d’un café de la rue de l’Arbalète, ou de toute autre rue « qui monte et qui descend », comme Chez Léa, croquant les passantes dans son calepin dont elle « blesse les pages » – bien qu’elle « égare des poèmes dans les limbes électroniques » – ou « le corps des hommes » ! Parce que la poésie de Sapho est sur le vif. La vive. La poésie de Sapho est au jour le jour. Les cafés sont « pleins de signes d’agents secrets », d’émotions et d’événements du quotidien. Comme des chansons de la vie nourries du « je t’aime au présent », du...
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