Dossiers

Voyage au cœur de Beyrouth Livres 2025


Voyage au cœur de Beyrouth Livres 2025

En cet après-midi du 8 octobre 2023, alors que la deuxième édition de Beyrouth Livres touchait à sa fin sur la terrasse de l’École Supérieure des Affaires (ESA), la guerre se profilait déjà à l’horizon. Nul n’imaginait alors que l’édition 2024, pourtant préparée par l’Ambassade de France au Liban, l’Institut français et leurs partenaires, ne verrait finalement pas le jour.

Un an plus tard, la 3e édition de ce festival revient ranimer la scène culturelle libanaise dans une période charnière où s’esquissent des efforts de redressement des institutions – le ministère de la Culture, qui avait pris ses distances, retrouve aujourd’hui sa place parmi les partenaires.

Du 22 au 26 octobre 2025, plus de 80 auteurs libanais, français et francophones se rassemblent à Beyrouth à l’invitation de l’Institut français qui réaffirme la vitalité et la diversité de la francophonie. D’Algérie, de Belgique, du Cameroun, du Canada, du Maroc, de Palestine, du Royaume-Uni, de Suisse… tous ont répondu avec enthousiasme à l’appel, en dépit de l’actualité précaire de la région.

Le festival embrassera la diversité des genres littéraires et mêlera écrivains confirmés et nouveaux talents émergents. Centré sur le livre mais mettant à l’honneur la pluridisciplinarité, il permettra aux auteurs de dialoguer avec musiciens, comédiens ou illustrateurs dans des formats inédits. L’affiche signée Lamia Ziadé invite à ouvrir les pages d’un grand livre aux horizons multiples, où se déploie un programme dense et ambitieux, voire une expérience littéraire vivante, ouverte et plurielle.

Décollage du festival

Temps fort du festival, le « Quart d’heure de lecture national » – initiative du Centre national du livre français en partenariat avec le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur libanais – inaugurera le festival. L’ensemble du Liban est invité à suspendre ses activités, le mardi 21 octobre à 11h15, pour se plonger dans un livre et savourer le plaisir de la lecture.

Le soir, à 20h, le film Leurs enfants après eux, réalisé par Ludovic et Zoran Boukherma, adapté du roman éponyme de Nicolas Mathieu, lauréat du Prix Goncourt 2019 et invité du festival, sera projeté au Cinéma Montaigne de l’IF de Beyrouth.

Déambulations dans les quartiers de Beyrouth

Cette manifestation culturelle investit plusieurs quartiers emblématiques de Beyrouth.

Le mercredi 22 octobre, à Mathaf, la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’USJ organisera, en partenariat avec l’AUF, le colloque international « Que peuvent les sciences humaines ? » qui explorera la place et la portée des humanités dans le monde contemporain. Le festival se poursuit à 17h à la Bibliothèque orientale de l’USJ, rue Monnot, avec une performance hybride de la chercheuse Diala Lteif et du poète, chanteur et compositeur Fred Nevché, qui, après avoir exploré le quartier de Karantina, mêleront documentaire, poésie, archives historiques, musique et multimédia. La BO inaugurera aussi à 17h30 l’exposition Littératures en lumière, une série de portraits réalisés par Varoujan Sétian qui a saisi écrivains, musiciens et artistes de Beyrouth – dont Saïd Akl, Ounsi el-Hajj et Georges Schéhadé – témoignant de l’effervescence culturelle des Trente Glorieuses. L’expo, présentée sous le commissariat de Charif Majdalani, se poursuivra jusqu’au 14 novembre. Enfin, à 18h, la Galerie Saleh Barakat (Clémenceau) donnera le coup d’envoi de l’exposition Beyrouth, année 1958 du bédéiste Zarbo, une plongée vive et colorée dans la capitale d’autrefois, visible jusqu’au 25 octobre.

Le jeudi 23 octobre, la Bibliothèque de l’Institut des finances Basil Fuleihan ouvrira la journée à 12h avec un débat avec Thomas Porcher et Raphaël Ruffier-Fossoul autour de la BD L’Économie pour les 99%. À 15h, la Salle Montaigne de l’IF de Beyrouth accueillera la conférence « Le Liban à travers ses archives », en présence de Séverine Blenner-Michel et Hervé Magro, initiateur – avec Albert Drandov – de l’exposition Diplomatie & Bande dessinée, la France et le monde depuis 1945, ouverte au public du 15 octobre au 12 novembre à la galerie de l’institut. De 16h30 à 19h, l’Agenda Culturel proposera, pour la troisième année, son Itinéraire littéraire, un parcours de dédicaces à travers le quartier de Mar Mikhael où galeries, cafés et restaurants ouvriront leurs portes aux auteurs du festival (cf. page II). Au programme, un rendez-vous avec Hala Moughanie et Rony Mecattaf au café Internazionale à 17h pour échanger autour de leurs ouvrages, ainsi qu’une soirée poétique, à la même heure, au théâtre Monnot, avec Hikmat Abou Zeid, Antoine Philippe Abou Zeid, Charlyn Khater et Paul Noujeim. La soirée s’annonce exceptionnelle au cinéma Métropolis qui s’animera dès 18h avec la projection du film Horizontes et la présentation d’Alicia, adaptation BD par son autrice et réalisatrice Eileen Hofer. À 20h30, les jardins du cinéma accueilleront un concert dessiné imaginé par Fred Nevché et le dessinateur Alfred autour de la vie et de l’œuvre d’Alexandre Dumas. Et pour clôturer en beauté, un DJ set de Fred Nevché fera vibrer le Métropolis à partir de 21h30.

Vendredi 24 octobre, le festival arrivera à la rue Clémenceau où la Bibliothèque nationale du Liban sera l’hôte à 16h30 du grand atelier jeunesse de Marc Boutavant, l’auteur des séries Ariol, Chien Pourri et Edmond. Le soir, rendez-vous au théâtre Métro al-Madina qui vibrera aux couleurs du festival : à 20h, Camille Ammoun, Charif Majdalani, Hyam Yared et Maylis de Kerangal raconteront Beyrouth, sa géographie, ses failles, ses ambitions… sur fond sonore et visuel conçu par Nasri Sayegh. Puis, à 21h, place à Walaw, un concert dessiné orchestré par le dessinateur et scénariste Charles Berberian.

Escales régionales

Bien que baptisé Beyrouth Livres, le festival rayonne, depuis sa création en 2022, bien au-delà de la capitale, investissant chaque année les régions du Liban. Le jeudi 23 octobre, l’effervescence gagnera les médiathèques du réseau de l’IFL, où auteurs et illustrateurs iront à la rencontre du public. À Deir el-Qamar, Serge Bloch et Rim Battal animeront respectivement un atelier de dessin à 16h et un atelier d’écriture à 17h. L’antenne de Jounieh proposera à 16h un atelier de dessin avec Charles Berberian, puis à 18h30 une rencontre avec Baudoin et Vincent Gelot. À Saïda, un atelier de dessin avec Marc Boutavant est programmé à 16h, suivi d’une rencontre avec Lamia Ziadé à 17h. L’IF de Zahlé ouvrira ses portes à 16h à Emmanuel Villin et Michèle Standjofski pour un atelier de dessin et un échange avec les jeunes. Une rencontre avec Aude Picault est également prévue à Tripoli à 16h, tandis qu’à Baalbeck, Joëlle Achkar sera attendue par les jeunes, à la même heure, pour une rencontre passionnante.

Atterrissage à l’ESA

Le festival posera ses valises les samedi 25 et dimanche 26 octobre sur le campus de l’ESA, un lieu à la fois symbolique – puisqu’il abritait autrefois l’ambassade de France – et enchanteur. Les festivités se répartiront sur quatre scènes parallèles : la Grande Scène, l’amphithéâtre Fattal, l’espace Agora et l’espace Jeunesse (cf. page V). Une librairie temporaire sera également installée sur le campus, proposant les ouvrages des auteurs invités, qui donneront rendez-vous au public, chacun après sa rencontre, pour signer leurs livres.

Parmi les événements du samedi 25 octobre sur la Grande Scène, on retrouve : la présentation et la lecture d’extraits à 11h du recueil issu de la 3e édition du concours « Rêver le Liban » lancé par la Banque BEMO autour du thème « Liban 2050 : lettre à ma famille à l’étranger » ; une lecture musicale animée par Rim Battal à 12h30 ; « Écrire la Palestine », une table ronde avec Pierre Haski, Yara el-Ghadban et Wilson Fache à 14h. À 15h30, une lecture dessinée sur Asmahan et les divas arabes réunira Laure Ibrahim et Dea Liane. À 16h30, Manuel Carcassonne, Sabyl Ghousoub, Charif Majdalani, Georgia Makhlouf, Hyam Yared et Charles Berberian liront des extraits du collectif Le Pays blanc, dont les bénéfices soutiendront les programmes de l’UNICEF sur le terrain.

À l’amphithéâtre Fattal, Maylis de Kerangal fera à 10h30 une lecture de son roman La Valise noire ; à 13h30, Dea Liane et Aude Picault dialogueront autour de l’ « autobiographie du quotidien » ; Kaouther Adimi et Nicolas Mathieu se pencheront à 15h sur les sources et surgissements de l’écriture ; une table ronde sur les Chrétiens d’Orient suivra à 16h30 avec Fadi Georges Comair, Carine Marret et Vincent Gelot, modérée par Alexandre Najjar.

Dans l’espace Agora, aménagé pour échanger avec les auteurs qui font l’actualité de cette rentrée, Kaouther Adimi vous donnera rendez-vous à 12h, Hemley Boum (Lauréate du Prix des Cinq Continents de la Francophonie en 2025) à 13h, Noha Baz à 14h, Percy Kemp et Emmanuel Villin à 15h, Chedly Attalah à 16h et Laurent Gaudé à 17h.

La journée s’achèvera en musique sur la Grande Scène avec le concert du groupe Al-Tase3 à 20h.

Dernier jour du festival, le dimanche 26 s’annonce riche en événements passionnants. Sur la Grande Scène d’abord, la journée commencera à 11h avec une conférence-lecture organisée par « Bibliothèques Sans Frontières », en présence de Pierre Fourniaud et d’Augustin Trapenard, ambassadeur de l’organisation. Aux côtés de Maylis de Kerangal et Nicolas Mathieu, ils interrogeront le rôle de la lecture dans l’éducation des jeunes et présenteront des projets inédits pour encourager la lecture. À 15h30, Serge Bloch et l’humoriste Chaker Bou Abdallah exploreront le pouvoir du rire en temps de guerre, démontrant que « Guerre + Rire = Guérir ». Enfin, à 16h30, les réalités économiques vécues par les jeunes et la citoyenneté seront examinées sous la loupe de Thomas Porcher, Alia Moubayed, Carine Tohmé et Philippe Hage Boutros.

À l’amphithéâtre Fattal, Baudoin, Kamal Hakim, Doan Bui et Delphine Minoui aborderont à 12h leurs manières de dessiner et de raconter la guerre. À 13h30, la table ronde « Mondes méditerranéens : un manifeste à partager », consacrée à l’accueil de l’autre et à l’éthique du vivre-ensemble réunira Véronique Caye, Barbara Polla, Giuseppe Merrone, Badiaa Boulila et Géraldine Prévo. À 15h, Delphine Minoui, Mathieu Cellard, Vincent Gelot et Arthur Sarradin réfléchiront sur les façons de raconter la Syrie. La journée se poursuivra à 16h30 avec un concert littéraire d’Albin de la Simone et Charif Majdalani : Un café à Badaro.

Au cours de la deuxième journée du week-end de clôture, l’espace Agora recevra Pierre Haski à 12h, Georgia Makhlouf à 13h, Lamia Ziadé à 14h, Charif Majdalani à 15h, et Marwan Chahine, Dima de Clerck et Nassim Daher à 16h.

Sans oublier l’exposition itinérante de l’Alliance française de Paris Écrire en français, histoires de langues, voyages de mots, rassemblant une centaine d’auteurs francophones du monde entier – avec la direction artistique de Raphaëlle Macaron et une sélection de textes par Bernard Magnier –, qui sera présentée à l’ESA Business School les 25 et 26 octobre.

Explorations inédites

Beyrouth Livres 2025 se réinvente enfin avec de nombreuses nouveautés, un souffle d’espoir dans l’ombre d’une actualité internationale troublée.

Le prestigieux Prix Albert Londres 2025, considéré comme la plus haute distinction du journalisme francophone d’investigation, fera escale à Beyrouth : il sera remis le samedi 25 octobre à 18h à l’Auditorium Audi de l’ESA. Retransmise en direct sur YouTube, la cérémonie promet un véritable tour du monde de l’actualité internationale à travers portraits, hommages et entretiens de journalistes. Plus tôt dans la journée, l’Amphithéâtre Fattal accueillera à 12h « Paroles d’Albert Londres », une rencontre avec les journalistes Hervé Brusini, Caroline Hayek, Delphine Minoui, Martin Untersinger et Lorraine de Foucher.

Véritable carrefour où se croisent l’arabe, le français et l’anglais, le Liban offre un terrain idéal pour mettre en lumière les enjeux du plurilinguisme. Pour la première fois, Beyrouth recevra la Cité internationale de la langue française. Le dimanche 26 octobre, de 14h à 15h15 sur la Grande Scène, la Cité présentera son histoire, ses missions et son programme à la fois sérieux et festif, en dialogue avec son directeur Paul Rondin, sa responsable de la programmation Agathe Robert, et l’écrivain Laurent Gaudé. Une rencontre qui fera résonner nos langues françaises au cœur de Beyrouth.

* Retrouvez le programme du festival, jour par jour, lieu par lieu, sur les réseaux sociaux et le site internet de l’Institut français.

En cet après-midi du 8 octobre 2023, alors que la deuxième édition de Beyrouth Livres touchait à sa fin sur la terrasse de l’École Supérieure des Affaires (ESA), la guerre se profilait déjà à l’horizon. Nul n’imaginait alors que l’édition 2024, pourtant préparée par l’Ambassade de France au Liban, l’Institut français et leurs partenaires, ne verrait finalement pas le jour.Un an plus tard, la 3e édition de ce festival revient ranimer la scène culturelle libanaise dans une période charnière où s’esquissent des efforts de redressement des institutions – le ministère de la Culture, qui avait pris ses distances, retrouve aujourd’hui sa place parmi les partenaires.Du 22 au 26 octobre 2025, plus de 80 auteurs libanais, français et francophones se rassemblent à Beyrouth à l’invitation de l’Institut...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut