Dossiers La vie du livre

Le Festival du Livre de Paris : lire quand même

Revenu pour la deuxième année sous les verrières prestigieuses du Grand Palais, le Festival du Livre de Paris s’est déroulé cette année dans des circonstances particulières, et dans une ambiance inhabituelle. Comme si deux univers parallèles se côtoyaient, sans se rencontrer.

Il y avait d’abord le grand public, plus de 120 000 visiteurs, avec beaucoup de jeunes, venus simplement déambuler dans les allées, ou rencontrer ses auteurs favoris, notamment de bande dessinée et de « romance », au sens large, deux des secteurs du livre qui marchent le mieux actuellement. On se pressait à la mezzanine, où étaient regroupés les auteurs du genre, et sur le côté gauche de la nef, au rez-de-chaussée, dédié aux auteurs de bande dessinée, avec un focus sur ce genre populaire. Comme pour faire oublier que, cette année 2026, le célèbre Salon international de la BD d’Angoulême n’a pas pu se tenir, annulé pour de sombres histoires de management douteux, de rivalités de personnes, voire de harcèlement. Ressuscitera-t-il l’an prochain ? La ville y tient, bien sûr, le Salon irriguant tout son écosystème depuis des décennies.

Et puis, il y avait les festivaliers, auteurs, éditeurs, journalistes, agents, officiels, qui ne parlaient que d’un sujet : le véritable tsunami provoqué, mardi 15 avril, deux jours avant l’inauguration du FLP, par l’éviction du célèbre éditeur Olivier Nora, unanimement respecté dans la profession, de son poste de P-DG des Éditions Grasset, par le milliardaire breton de droite dure Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Hachette dont Grasset est l’un des fleurons, avec Fayard – maison qui, depuis l’arrivée à sa tête de Lise Boëll, nommée par le patron, publie les plus importants auteurs de la « droitosphère » française, Philippe de Villiers, Éric Zemmour, Nicolas Sarkozy, Nicolas Diat, ou encore Jordan Bardella –, Stock, Calmann-Lévy, JC Lattès, Le Livre de Poche et bien d’autres. Hachette représente à lui seul les deux tiers de l’édition française.

À la cérémonie d’ouverture du FLP, plusieurs officiels, dont Vincent Montagne, P-DG du groupe Média-Participations (Le Seuil, Points, Dupuis, Dargaud etc.) et président du Syndicat national de l’édition, propriétaire et organisateur du FLP, et Catherine Pégard, nouvelle ministre de la Culture, ont rendu un hommage à Olivier Nora, « un grand éditeur dans un milieu fragile ». L’adjoint à la culture du nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a estimé que « lire c’est résister ».

Compliqué, dans un écosystème du livre en crise au sein d’un pays en crise au sein d’un monde en crise. Le président de la République Emmanuel Macron, lors de sa longue visite officielle de vendredi 17 au matin, a eu beau réaffirmer son attachement farouche « à la liberté d’expression et à la pluralité des idées », le vrai problème est : comment a-t-on pu laisser faire ? Comment un seul homme, un grand capitaliste, a-t-il pu, en quelques années, se construire un empire médiatique (au sens large), dont la finalité affichée est de peser dans le débat public, à droite toute, en vue des toutes proches élections présidentielles de mai 2027 ? Bolloré, c’est, outre le groupe Hachette, Canal+, CNews, Europe 1, Le Journal du Dimanche, l’agence Havas, Universal Music, les boutiques de gares et d’aéroports Relay, la librairie L’Écume des Pages, etc. Il aurait fallu que l’État instaure dans l’édition et dans la presse des clauses de préservation des équilibres, comme il en existe dans l’audiovisuel. Trop tard. On attend les prochaines initiatives du tycoon breton.

Ce contexte anxiogène mis à part, le FLP s’est déroulé dans une ambiance festive malgré tout, à condition de se recentrer autour des livres et des 1 800 auteurs présents, représentant quatorze pays. On y remarquait notamment la présence de la Géorgie, invitée d’honneur, du Maroc (Rabat a été proclamée par l’UNESCO « Capitale du livre 2026 »), de l’émirat d’Abu Dhabi, avec le stand de la Mohamed bin Zayed University for Humanities, ou encore du Kurdistan « en toutes lettres ». À l’issue du salon, il a été annoncé que le pays d’honneur invité pour 2028 serait le Japon (mangas garantis). Pour l’année prochaine, on ne sait pas encore, la Corée du Sud ayant fait défection. On espère qu’un jour, le Liban, ayant recouvré la paix et l’intégrité de son sol, pourra l’être à son tour.

Revenu pour la deuxième année sous les verrières prestigieuses du Grand Palais, le Festival du Livre de Paris s’est déroulé cette année dans des circonstances particulières, et dans une ambiance inhabituelle. Comme si deux univers parallèles se côtoyaient, sans se rencontrer.Il y avait d’abord le grand public, plus de 120 000 visiteurs, avec beaucoup de jeunes, venus simplement déambuler dans les allées, ou rencontrer ses auteurs favoris, notamment de bande dessinée et de « romance », au sens large, deux des secteurs du livre qui marchent le mieux actuellement. On se pressait à la mezzanine, où étaient regroupés les auteurs du genre, et sur le côté gauche de la nef, au rez-de-chaussée, dédié aux auteurs de bande dessinée, avec un focus sur ce genre populaire. Comme pour faire oublier que, cette année...
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