Reza Pahlavi, fils de l'ancien Chah d'Iran, lors d'une conférence de presse à Paris, le 23 juin 2025. Photo Joel Saget / AFP
Une enquête conjointe des médias Haaretz et TheMarker, appuyée par les recherches de Citizen Lab, un centre de recherche de l’Université de Toronto, a révélé l’existence d’une vaste campagne numérique soutenue et financée par Israël visant à promouvoir l'idée d'une restauration de la monarchie en Iran et d'une arrivée au pouvoir de Reza Pahlavi, fils du dernier Chah d’Iran, renversé en 1979 lors de la révolution islamique ayant donné naissance à la République islamique d'Iran.
Une cinquantaine de comptes
Selon l'enquête, cette opération d'influence, menée grâce à l'aide de locuteurs persans natifs recrutés pour l'occasion, a utilisé tout un réseau de faux comptes et d'avatars pour diffuser des contenus pro-Pahlavi, en concomitance avec le lancement de la campagne militaire israélienne de 12 jours contre l'Iran en juin dernier. Celle-ci pointe ainsi « une cinquantaine de comptes considérés avec un haut degré de certitude comme inauthentiques », souvent identifiés par « la détection de photos de profil générées par intelligence artificielle (IA) ».
Ces internautes iraniens fictifs auraient été confectionnés par un prestataire privé indépendant de l’État israélien, précise l'article, tout en mettant en lumière le fait que l'entité en question bénéficiait d'un soutien de Tel Aviv. « Tous les comptes répertoriés par Citizen Lab ont été ouverts en 2023, mais sont restés inactifs jusqu’à leur activation simultanée début 2025, ce qui indique une coordination planifiée », ajoute l'enquête, précisant que « leur activité s’est intensifiée lors de la guerre contre l’Iran », durant laquelle la menace d'assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, ou de renversement de la République islamique a été maintes fois brandie par les officiels israéliens, ou encore par le président américain Donald Trump.
Ces faux comptes, tous liés à une sorte de plateforme de diffusion appelée « @TelAviv_Tehran », ont par exemple diffusé le hashtag #KingRezaPahlavi, partageant des photos et discours du fils du Chah, et appellent à la restauration de la monarchie. Ceux-ci ont par ailleurs coordonné leurs efforts pour amplifier les publications de Gila Gamliel, membre du Likoud et ancienne ministre israélienne du Renseignement, qui se présente comme la principale alliée de Reza Pahlavi en Israël. Celle-ci a également accueilli celui qu'elle nomme le « prince héritier » iranien début 2023, tout en organisant une rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Vidéo virale de la prison d'Evin
Pour étayer leurs conclusions, le Haaretz et TheMarker détaillent l'opération de désinformation ayant entouré la frappe israélienne contre la prison d'Evin, à Téhéran, connue pour y détenir de nombreux opposants au régime des mollahs. Ces faux comptes ont commencé à publier des messages évoquant des « explosions dans la zone de la prison », avant même que les médias locaux iraniens ne la rapporte, ainsi que des images fabriquées immédiatement après l’attaque. Par exemple, ceux-ci ont été les premiers à diffuser une vidéo censée montrer le bombardement de la porte de la prison, devenue virale à l'échelle mondiale au point d'être relayée sur de nombreuses chaînes de télévision. Vidéo qui sera par la suite authentifiée comme ayant été générée par IA, selon une autre enquête du New York Times.
Les chercheurs de Citizen Lab ont aussi mis au jour un faux reportage et une vidéo truquée d’un chanteur iranien interprétant une chanson de protestation. Un faux article de « BBC Persian » prétendant que de hauts responsables iraniens avaient fui le pays a également circulé. La chaîne BBC Persian a confirmé qu’il s’agissait d’une pure invention.
En outre, la campagne s’est également greffée sur de véritables mouvements de protestation menés par des Iraniens invitant les citoyens à crier depuis leurs balcons à 20h : « Mort à Khamenei » et « Mort au dictateur ». Ces faux comptes israéliens ont ainsi amplifié ces messages, diffusant parfois de fausses vidéos de slogans réels, tout en reprenant les mêmes hashtags que les manifestants. Une initiative ayant pour effet de renforcer le narratif du régime de Téhéran consistant à assimiler tout mouvement de protestation comme étant instrumentalisé par l'étranger, qu'il s'agisse d'Israël ou des États-Unis, où réside Reza Pahlavi.
Autre exemple de la cyberguerre que se sont livrés Tel Aviv et Téhéran, un groupe de hackers israéliens, « Predatory Sparrow » avait par ailleurs revendiqué une attaque contre plusieurs banques iraniennes, entraînant une paralysie temporaire du système de nombreuses institutions bancaires.



C'est de bonne guerre. L'Iran cherche a éradiquer Israël et cette dernière cherche a éradiquer les régimes qui veulent sa disparition. Nous ne sommes qu'au début d'un film d'action de long métrage, qui date certes, avec beaucoup de rebondissements et d'imprévus qui gardent les peuples de la région en halène perpétuelle.
12 h 29, le 09 octobre 2025