Photo tirée de la page X du dignitaire sunnite, Hassan Merheb.
Le cheikh Hassan Merheb, réputé pour ses sorties provocatrices sur les réseaux sociaux, a accusé mercredi des partisans du Hezbollah d’avoir tenté de l’assassiner dans la nuit de mardi, dans la région de Saïda, au Liban-Sud. Selon le dignitaire sunnite, sa voiture aurait été visée par un tir. Les sources locales de notre correspondant, Mountasser Abdallah, et le témoignage d'un journaliste présent lors des faits font toutefois état de tensions, mais pas de tirs ni de tentative d'assassinat.
« J'ai été victime cette nuit (mardi) d’une tentative d’assassinat de la part des voyous du Hezbollah à laquelle j’ai réchappé. Mon chauffeur a été blessé au doigt. Cet enregistrement est entre les mains de l’État, des forces de l’ordre, de la justice, de ceux qui prétendent être la résistance et des sunnites au Liban », a-t-il ainsi déclaré dans une vidéo sur X.
Ancien soutien du parti chiite avant d’en devenir un virulent détracteur, Hassan Merheb a déclaré aux autorités son intention de saisir la justice. Selon une source sécuritaire, ces dernières « attendent que le dossier leur parvienne ». Les renseignements de l’armée ont eux précisé à L'Orient-Le Jour que l’enquête relevait des Forces de sécurité intérieure.
Une source au sein du Hezbollah a, elle, souligné que le parti ne veut pas « commenter l'affaire », les accusations portées par le cheikh n'étant pas fondées. Elle a encore dit s'en remettre aux forces de l'ordre « qui vont sûrement faire la lumière » sur l'incident.
100 à 150 jeunes opposés à un tournage à Haret Saïda
L'incident a eu lieu après que des jeunes ont empêché le dignitaire d'enregistrer un podcast sur le thème de la discorde à Haret Saïda avec le journaliste d'al-Jadeed, Tammam Bleik. Ce tournage devait être réalisé dans un café à l’entrée de ce quartier populaire, rapporte notre correspondant. Des jeunes sont arrivés, se sont d’abord assurés de son identité avant de lui demander de quitter les lieux où il n’était pas le bienvenu, parce qu’il était hostile au Hezbollah, à la résistance et au tandem chiite Amal-Hezbollah, ajoute-t-il.
Dans une seconde vidéo, Hassan Merheb montre aussi la balle qui lui aurait été destinée et la trace laissée dans son véhicule. Il raconte qu'à son arrivée au café, des jeunes partisans du Hezbollah l'ont aussitôt pris à partie et menacé. « Nous venions à peine de commencer l'enregistrement de l'épisode, je montais les marches du café pendant qu'on me filmait, lorsque des jeunes ont surgi, m'intimant l'ordre de quitter la région sous deux minutes, m'interdisant d'enregistrer mon programme ou même de rester sur les lieux », détaille-t-il, faisant état de « 100 à 150 » jeunes l'ayant pris à partie. « Alors que la voiture allait prendre la direction de Beyrouth, après avoir fait demi-tour plus loin, on nous a tiré dessus juste devant le restaurant, là où étaient rassemblés les jeunes », assure le cheikh, faisant assumer cette « tentative d'assassinat » au secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem.
Aucun tir confirmé
Face à ces accusations, des pro-Hezbollah n’ont pas tardé à monter au créneau. « Saïda est à toutes les personnes honorables, mais pas à des êtres comme vous qui appellent à la fitna (discorde) et portent atteinte à la paix civile », a déclaré le dignitaire sunnite Khodor Kebech, proche de la formation iranienne, dans une vidéo. « Les jeunes gens de Saïda vous ont parlé avec politesse et respect, comme l’a confirmé Tammam Bleik », a-t-il ajouté, accusant le cheikh sunnite de calomnie et de mensonge. Le journaliste d'al-Jadeed a en effet estimé, également dans une vidéo, que les jeunes ont « demandé au cheikh Merheb de s'en aller », sans plus. Et d'ajouter : « Nous n’avions pas pris en considération que cette région était partisane du Hezbollah. » Après ces propos, Hassan Merheb a dénoncé la « couardise » du journaliste.
Cette affaire intervient deux jours après une critique acerbe lancée par Hassan Merheb contre le Hezbollah sur le site d’information el-Haweyah : « Je suis avec le Liban, son État, son armée. Je ne suis pas avec une milice et un gang qui nous ont vendu des slogans creux pendant des années et qui n’étaient qu’un outil de l’Iran et de ses plans destructeurs pour la région, de la Syrie à l’Irak, et au Yémen comme au Liban. » Fin septembre, le dignitaire avait fait ouvertement part de son soutien au Premier ministre Nawaf Salam contre l’illumination par le Hezbollah de la Grotte aux pigeons, en guise de commémoration de l’assassinat de l'ancien chef du Hezbollah Hassan Nasrallah assassiné l'an dernier par Israël, et son appel à sanctionner les coupables.
Jadis grand défenseur du haririsme politique, Hassan Merheb s’était pourtant rapproché du camp du Hezbollah en octobre 2023, après le début de la guerre au Liban-Sud. Plusieurs sorties du cheikh ont toutefois à nouveau tendu ses relations avec le parti chiite.




Il n’est pas surprenant qu’un assassinat commis au Zimbabwe soit un jour attribué au parti chiite.
19 h 49, le 08 octobre 2025