Une photo du chef du Hezbollah, Naïm Kassem, lors d'une commemoration dans la banlieue sud de Beyrouth, le 27 septembre 2025. Photo AFP /MAHMOUD ZAYYAT
Le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem a affirmé samedi dans un discours que Washington cherche à « attiser un conflit » entre le parti pro-iranien et l’armée libanaise, estimant néanmoins que la troupe agit avec « sagesse ». L'armée doit désarmer le Hezbollah et les autres milices au Liban conformément à un plan avalisé par le gouvernement, rappelle-t-on. L'armée s'est également retrouvée la semaine dernière au cœur d'une polémique au sujet de l'illumination illégale par le Hezbollah de la grotte aux pigeons à Beyrouth, contrairement à une décision administrative. L'armée avait justifié ne pas être intervenue pour empêcher cette projection par la nécessité de préserver la paix civile.
S’exprimant à l’occasion du premier anniversaire de la mort de Souheil Husseini, ancien commandant du QG du Hezbollah, et de Nabil Kaouk, ex-membre du Conseil exécutif du parti, tous deux tués par Israël, Naïm Kassem a déclaré que les Américains « voulaient provoquer une discorde avec l’armée libanaise, c’est-à-dire amener cette dernière à combattre la résistance et son peuple sous le thème de l’exclusivité des armes. Mais l’armée a agi avec sagesse ».
Depuis la décision prise lors du Conseil des ministres du 5 août de consacrer le monopole d’État sur les armes, ce qui implique un désarmement du Hezbollah, celui-ci refuse de remettre son arsenal. Ses détracteurs au Liban et les États-Unis poussent pour son désarmement rapide. Le cabinet devrait se réunir lundi pour écouter le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, censé fournir un premier bilan de l’action de l’institution militaire en matière de monopole des armes.
« Ils ont voulu, à travers l’ingérence américaine, construire l’État libanais sur la base d’un Hezbollah affaibli, pouvant ainsi être écarté. Ils ont été surpris de constater que nous avons joué un rôle actif au sein de l’État, que nous faisons désormais partie intégrante de sa structure et que nous contribuons à sa construction et à sa renaissance », a poursuivi le chef du Hezbollah. Après 13 mois d’une guerre meurtrière au Liban contre Israël, la formation chiite en est sortie fortement affaiblie sur le plan militaire, nombre de ses cadres supérieurs ayant été éliminés.
La « patience » face aux violations israéliennes
Malgré la trêve conclue en novembre dernier, l'armée israélienne occupe encore plusieurs position au Liban-Sud et mène presque quotidiennement des frappes, essentiellement sur cette partie du pays. Le Hezbollah n'a jamais riposté à l'exception d'une seule fois. Une tactique volontaire qui, selon ses termes, « aurait empêché Israël de se déchaîner davantage et de poursuivre ses bombardements en prétendant que nous étions responsables », a-t-il ajouté. « Nous avons cependant décidé que c’est à l’État d’assumer cette responsabilité et qu’il nous revenait de patienter. De cette manière, nous avons fait échouer cette tentative israélienne », a-t-il poursuivi.
Le numéro un du Hezbollah a indiqué que « le gouvernement doit s’atteler aux questions centrales, au premier rang desquelles la restauration de sa souveraineté. » Il a fait assumer au gouvernement de Nawaf Salam, avec qui les relations sont au plus bas, « la responsabilité de placer la reconstruction au sommet de ses priorités, d’élaborer des programmes concrets et d’inscrire dans le budget un chapitre lié à la reconstruction ».
Abordant la question des législatives, Naïm Kassem a affirmé qu’« il existe déjà une loi électorale, mais ils (le camp hostile au Hezbollah) veulent choisir un texte taillé sur mesure, qui leur permettrait de remporter la victoire. »
Ces propos interviennent alors que le débat sur la loi électorale divise toujours la classe politique. Les détracteurs du Hezbollah plaident pour un amendement de la loi de 2017 pour permettre aux expatriés de voter pour l’ensemble des 128 députés de la métropole. De son côté, le parti chiite souhaite maintenir en l’état l’article 112 du texte, qui limite la représentation de la diaspora à six députés seulement. « Il existe une loi électorale qui stipule que six députés sont réservés aux expatriés, et cette disposition est bien établie. Nous sommes favorables à une représentation équitable, mais si d’autres exigent une représentation dictée par les pressions de la tutelle, elle ne pourra aboutir, car elle contrevient au principe d’une citoyenneté juste », a-t-il déclaré.
Le plan Trump, un projet israélien sous couvert américain
Naïm Kassem a enfin jugé le plan de paix pour Gaza proposé par Donald Trump, qui comprend entre autres un cessez-le-feu, la libération des otages, le retrait par étapes de l'armée israélienne de l'enclave palestinienne, le désarmement du Hamas et l'exil de ses combattants, de « plan israélien sous couvert américain ou présenté comme américain ». Ce plan est « plein de dangers » et il s'agit du « projet d'Israël, qu'il cherche à atteindre par la voie politique après avoir échoué par la voie militaire, l'agression, le génocide et la famine », a-t-il ajouté, estimant que l'Etat hébreu comptait se servir du plan comme prétexte pour prendre le contrôle des territoires palestiniens. Sans commenter la réponse faite la veille au soir par le Hamas, qui s'est dit prêt à libérer tous les otages mais a réclamé des négociations sur les autres pans de la proposition, Naïm Kassem a assuré que le Hezbollah ne « s'immiscerait pas dans la discussion des détails » du plan : « en fin de compte, c'est à la résistance palestinienne, au Hamas et toutes les factions qui discutent de décider ». Mais « nous devons nous opposer au projet de Grand Israël », a-t-il ajouté.
L'expression « Le Grand Israël » fait allusion à des frontières bibliques du temps du roi Salomon qui engloberaient la Cisjordanie mais aussi une partie des territoires situés dans les pays voisins (Jordanie, Liban et Syrie), que des Israéliens ultra-nationalistes rêvent d'occuper.



Le ver est dans le fruit.
10 h 32, le 06 octobre 2025