Le Hezbollah est un véritable casse-tête pour les milieux diplomatiques étrangers. C’est d’autant plus un mystère qu’aussi bien les dirigeants que les proches du parti disent une chose et son contraire. Où en est cette formation, quelles sont ses prévisions pour les prochains mois et comment voit-elle son avenir et celui du pays ? Autant de questions auxquelles les réponses restent floues et contradictoires.
Certains diplomates ont ainsi recensé quelques-unes des principales contradictions, récemment apparues dans les déclarations des figures du Hezbollah, en commençant par son secrétaire général Naïm Kassem.
Cela commence par l’acceptation par le Hezbollah du cessez-le feu entré en vigueur le 27 novembre 2024, alors que dans la plupart des déclarations qui l’ont suivie, il se dit prêt à se lancer dans une nouvelle confrontation, allant même jusqu’à affirmer qu’il est en mesure de surprendre les Israéliens par ses moyens et son savoir- faire. Le Hezbollah affirme aussi avoir démantelé la plupart de ses positions dans la région au sud du Litani, tout en laissant entendre qu’il n’hésitera pas à se lancer dans une nouvelle guerre contre Israël, sans toutefois préciser où devrait se dérouler cette guerre puisqu’il n’y a plus de proximité directe entre ses combattants et les Israéliens... Toujours autour de ce même sujet, le Hezbollah a déclaré à plusieurs reprises se tenir derrière l’État, qui est désormais responsable de gérer les attaques israéliennes et d’y répondre selon les moyens de son choix, mais en même temps, il affirme rester prêt à toutes les éventualités, allant même jusqu’à dire par la voie de cheikh Kassem que « sa patience est en train de s’épuiser ».
Toujours dans ce même contexte, le Hezbollah, par la voie de ses principales figures, rend fréquemment hommage à l’armée et aux institutions militaires et sécuritaires, mais, en même temps, il ne cesse d’assurer son refus de remettre ses armes, préférant parler de la nécessité d’un dialogue pour adopter une stratégie de défense nationale, sachant que les armes auxquelles il affirme tenir n’ont pas vraiment fait la différence dans la guerre de 66 jours qui l’a opposé aux Israéliens à l’automne dernier.
D’ailleurs le slogan qu’il a adopté pour la première commémoration de l’attaque des bipeurs se résumait à l’expression suivante : « Nous sommes guéris. » En principe, la guérison faisait référence aux blessures physiques et morales causées par l’explosion de ces instruments de communication, mais le Hezbollah a clairement voulu englober la reconstitution de ses capacités militaires et de ses unités combattantes dans cette expression, qui est en quelque sorte devenue l’indice du fait qu’il a retrouvé sa force et pas seulement la santé.
Sur un plan politique, le Hezbollah ne cesse de rappeler qu’il a largement contribué à la reconstitution des institutions étatiques à travers son vote en faveur du président de la République Joseph Aoun ainsi que sa participation au gouvernement présidé par Nawaf Salam. Mais en même temps, il ne ménage pas ses critiques à l’égard du pouvoir et en particulier envers le président du Conseil lui-même. Toutefois, ces critiques de plus en plus violentes ne le poussent pas à vouloir démissionner du cabinet, ni même à chercher à boycotter les séances gouvernementales. Comment expliquer cette contradiction ? Certains disent qu’en réalité, le Hezbollah craint un scénario qui ressemblerait à ce qui s’est passé au sein du gouvernement présidé par Fouad Siniora en 2008, lorsque les ministres chiites ont démissionné, croyant pouvoir ainsi paralyser le cabinet et entraîner sa chute, alors que le Premier ministre de l’époque a nommé d’autres ministres chiites pour les remplacer. Le Hezbollah fait donc monter les enchères contre le gouvernement sans prendre aucune mesure pour le faire chuter. Interrogé sur ce sujet, un proche du parti a précisé qu’avoir un gouvernement démissionnaire serait très mal vu par l’étranger au moment où le Liban a plus que jamais besoin d’aide externe.
Dans ce même contexte, le Hezbollah, par la voix de son secrétaire général, se déclare prêt au dialogue avec toutes les parties « même celles qui se considèrent comme ses adversaires », mais il ne fait qu’adopter des positions extrêmes et à accuser ceux qui le critiquent de vouloir semer la discorde ou attiser le feu de la division interne. Enfin, dans ses discours, Kassem ne cesse de répéter que le Hezbollah se considère libanais et estime que le Liban est une patrie définitive pour tous ses fils, mais il laisse les responsables iraniens assurer qu’il est fort et déterminé et qu’il a retrouvé toutes ses forces.
Face à toutes ces contradictions, que faut-il croire et quelle est la version à retenir ? Si personne n’est en mesure d’avoir des certitudes claires au sujet de la situation actuelle du Hezbollah et de ses positions, il semble en tout cas que ce dernier ne semble pas pressé de donner des précisions. Il maintient les contradictions, ou en tout cas ne fait rien pour les éviter, allant jusqu’à donner l’impression de vouloir entretenir le flou au sujet de sa situation réelle et de ses moyens véritables, notamment pour semer la confusion et le doute chez les Israéliens.
Les observateurs ne partagent toutefois pas tous cette évaluation. Certains d’entre eux préfèrent attribuer les contradictions à l’existence de tiraillements internes au sein du Hezbollah, entre deux grands courants, le premier estimant que la tendance générale dans la région a changé et qu’il est temps pour le Hezbollah de se transformer en une force politique en tournant la page militaire. Et le second est au contraire convaincu que la bataille décisive avec les Israéliens est encore à venir, qu’il faut se tenir prêt à toutes les éventualités. Ce dernier courant estime qu’il faut suivre de près les développements avec l’Iran et si vraiment une nouvelle guerre éclate, le Hezbollah, ainsi que les autres alliés de l’Iran devraient forcément être impliqués d’une manière ou d’une autre. C’est dans ce sens qu’il faudrait donc interpréter les déclarations ces derniers jours de responsables iraniens qui affirment que le Hezbollah est encore très fort. Enfin, il existe une autre interprétation selon laquelle le Hezbollah utilise sciemment ce double langage, celui de la force pour remonter le moral de ses partisans et celui de la conciliation pour calmer la situation interne. Mais, en réalité, il n’a pas encore tranché ses choix ni défini son avenir, en raison de la confusion actuelle de la situation non seulement au Liban mais aussi dans l’ensemble de la région. Rester prêt à tous les scénarios serait donc sa ligne de conduite actuelle.


Analyse approfondie. ?
08 h 02, le 05 octobre 2025