Le journaliste libanais de la chaîne al-Manar Ali Berro. Photo X/@aly_berro
Le journaliste d’al-Manar Ali Berro, qui avait été convoqué par les Forces de sécurité intérieure sur ordre de la justice pour être interrogé vendredi matin, après avoir proféré il y a quelques jours des insultes à l’égard du Premier ministre Nawaf Salam, a de nouveau été appelé à se présenter samedi devant la gendarmerie de Raouché pour être interrogé, rapporte l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).
C’est l’avocat du journaliste qui s’est rendu à sa place à l’interrogatoire vendredi matin. Ce dernier a indiqué que son client devrait être entendu par le Tribunal des imprimés. Le procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, a donc appelé le journaliste à se présenter à nouveau samedi devant la même gendarmerie.
Dans une vidéo publiée dans la nuit de jeudi à vendredi sur un compte X qui se fait appeler « Lebanon », M. Berro affirme avoir été « officiellement convoqué par la gendarmerie de Raouché » à une audience vendredi à 11h. « Nous sommes tous sous le parapluie de la loi », assure le journaliste. « Si seulement le gouvernement, la loi et le pouvoir judiciaire arrêtaient les drones israéliens avant de m’arrêter », a-t-il ajouté, alors qu’Israël continue de violer le cessez-le-feu conclu en novembre dernier. La vidéo en question n’a toutefois pas été publiée sur le compte de M. Berro.
Des propos « à titre personnel »
Jeudi également, dans une autre vidéo où il est interviewé, Ali Berro affirmait encore ne pas avoir été officiellement notifié de sa convocation, et assurait que ses propos à l’égard des responsables politiques ne représentent ni son employeur, al-Manar, si le Hezbollah, et qu’il les a tenus « à titre personnel ».
Vendredi matin vers 11h, heure de son interrogatoire, le journaliste a publié encore une vidéo sur son compte X, dans laquelle il se filme en train d’acheter des friandises dans un commerce.
Le journaliste avait publié, le 25 septembre, depuis le rocher de Raouché à Beyrouth à l’occasion de la commémoration de l’assassinat du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, une vidéo dans laquelle il profère des insultes à l’encontre de Nawaf Salam. Dans cette vidéo, Wafic Safa, responsable de l’unité de liaison et de coordination au sein du parti chiite, apparaît à ses côtés, en train de rire. Ali Berro déclare notamment : « Nawaf, le hajj (Wafic) te passe le bonjour et te dit : On va l’allumer, Nawaf, et on va t’éteindre. »
Le journaliste poursuit en commentant la grotte illuminée : « Et voilà, Nawaf, on l’a illuminée, malgré toi et malgré ton maître Yazid », faisant référence au prince saoudien et émissaire au Liban Yazid ben Farhan. Il y a trois jours, Ali Berro avait également publié une autre vidéo sur ses réseaux sociaux, se filmant devant le Sérail : « Il paraît que tu veux m’arrêter. Je me suis dit : c’est un homme d’un certain âge, je suis venu moi-même (...) Il paraît que tu es fâché… alors ce n’est que partie remise », lance-t-il.
L’Orient-Le Jour a tenté vendredi matin, à trois reprises, de joindre Ali Berro, sans succès.
Les mesures de Hajjar
Alors que certaines informations faisaient état d’une plainte déposée par Nawaf Salam contre le journaliste Ali Berro, le Premier ministre libanais a affirmé vendredi soir devant des journalistes : « Celui qui a cherché à semer la discorde à Raouché est celui qui n’a pas respecté la loi et s’y est opposé. Je n’ai porté plainte contre personne, et ne le ferai pas ».
L’incident de Raouché remonte au 25 septembre dernier, lorsque des milliers de manifestants du Hezbollah avaient défié une décision du Premier ministre et du gouverneur de Beyrouth, en bloquant la route sur la corniche de la ville et en projetant sur le rocher les photos des deux anciens secrétaires généraux du parti, Hassan Nasrallah et Hachem Safieddine. Cette manifestation avait été interprétée par les détracteurs du parti chiite pro-iranien comme une volonté de défier l’autorité de l’État, alors que le sort des armes du Hezbollah fait l’objet d’une décision gouvernementale.
Le procureur général Jamal Hajjar a émis mercredi des avis de recherche et d’enquête contre deux individus pour avoir projeté, la semaine dernière, les images de Hassan Nasrallah et de son successeur Hachem Safieddine, sur la Grotte aux pigeons de Raouché. Jeudi, il a interrogé deux individus dans le cadre de l’enquête et a convoqué trois autres personnes pour être interrogées vendredi.
Le ministre de l’Intérieur Ahmad Hajjar a dans ce cadre annoncé vendredi avoir demandé la dissolution de « l’Association libanaise pour les arts – Rissalat », organisatrice de l'événement. L’association n’avait reçu qu’une autorisation limitée à la tenue d’un rassemblement commémoratif, sans projection d’images. Dans un communiqué cité par les médias locaux, M. Hajjar a annoncé le retrait de la licence de l’association, l’accusant d’avoir violé la décision du mohafez de Beyrouth datée du 24 septembre, ainsi que les engagements pris au moment de sa demande d’autorisation. Le ministère lui reproche aussi d’avoir « porté atteinte aux biens publics et de les avoir utilisés à des fins contraires à l’ordre public ». La demande de dissolution figure à l’ordre du jour du Conseil des ministres prévu lundi au palais présidentiel de Baabda, selon le communiqué.



Quelle histoire ridicule ! Le rassemblement est permis mais pas la projection (qui comprenait des figures autres que chiites). C'est vraiment de l'autoritarisme absurde. Qu'on m'explique où sont les morts et les blessés ! Je n'en vois qu'à la suite des méfaits israéliens.
13 h 47, le 05 octobre 2025