Le Premier ministre Nawaf Salam lors d'une réunion au Grand Sérail avec une délégation de résidents de Beyrouth comprenant des juristes, journalistes et universitaires le 1er octobre 2025. Photo tirée du compte X du Grand sérail
Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré au quotidien an-Nahar mercredi soir, en marge d'une réunion au Grand Sérail avec une délégation de résidents de Beyrouth comprenant des juristes, journalistes et universitaires, que le Liban devait s’adapter à la nouvelle réalité créée par les bouleversements régionaux survenus ces dernières années, malgré les inquiétudes légitimes qu’ils suscitent pour l’avenir du pays.
« De grands changements ont lieu dans la région, notamment la chute du régime syrien, le recul de l’influence iranienne, les frappes israéliennes au Yémen, ainsi que ce qui se passe à Gaza. Nous sommes donc dans une nouvelle région aujourd’hui, et il y a des inquiétudes concernant ces événements, qui auront inévitablement un impact sur le Liban », a précisé l’ancien juge de la Cour internationale de justice, qui a formé son gouvernement en février. Il a ensuite appelé à tirer parti de ces changements et à s’adapter à cette nouvelle réalité, rapporte encore an-Nahar.
Le Premier ministre s'exprimait au lendemain de sa réunion mardi avec le chef de l’État, Joseph Aoun, lors de laquelle les deux hommes ont passé en revue la situation intérieure et les retours du récent déplacement du président à New York pour participer à l’Assemblée générale de l’ONU. L’entretien s’est déroulé sur fond de tensions palpables depuis le fameux incident de Raouché – où le Hezbollah a défié l’autorité de l’État en illuminant la Grotte aux pigeons lors des commémorations du premier anniversaire de l'assassinat de son ancien chef Hassan Nasrallah et de son successeur Hachem Safieddine, lors de la dernière offensive israélienne, qui a marqué un tournant dans les affrontements déclenchés le 8 octobre 2023 entre l’État hébreu et le parti chiite.
Consensus sur les réformes et le désarmement
Selon les propos rapportés par an-Nahar, le chef du gouvernement a affirmé que la relation entre le président de la République et le gouvernement doit être fondée sur le « consensus » afin de réussir l’application des réformes que le pays doit lancer pour assainir son système financier et relancer son économie de manière durable, ainsi que pour affirmer la souveraineté, insistant sur la nécessité de rétablir le monopole de l’État sur les armes.
Si un cessez-le-feu est normalement en vigueur depuis le 27 novembre 2024, l’État hébreu occupe encore plusieurs positions au Liban-Sud et continue d’y mener des attaques quotidiennes, ainsi que dans la Békaa. Le gouvernement a pris début août la décision d’enclencher le processus de désarmement des milices opérant au Liban, dont le Hezbollah et les camps palestiniens. Le parti chiite a rejeté de manière catégorique la décision de l’exécutif, et le Hamas fait la sourde oreille.
Mais sur le terrain, l’armée libanaise et la Force intérimaire des Nations unies ont tout de même réalisé des progrès au sud du Litani, tandis que le Fatah a remis plusieurs cargaisons d’armes aux autorités libanaises, à la suite d'une décision prise en mai lors de la première visite à Beyrouth du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas depuis 2017, au cours de laquelle un accord avait été conclu avec le président libanais Joseph Aoun pour la remise aux autorités de toutes les armes présentes dans les camps palestiniens.
« Certains ont douté de cette mesure. Au final, nous avons pu retirer une partie des armes des camps, alors que cela était auparavant considéré comme interdit », a affirmé Nawaf Salam, ajoutant que « le gouvernement actuel a réussi, en sept mois, ce que les gouvernements précédents n’avaient pas pu accomplir durant les cinq années précédentes ».
Lors de la réception mercredi, le Premier ministre a également affirmé que l’affaire de Raouché n’était pas terminée, notamment parce que le procureur général adjoint saisi du dossier, le juge Jamal Hajjar, avait émis deux avis de recherche concernant deux personnes convoquées à l’enquête qui ont refusé de se présenter. « Une certaine partie a demandé une autorisation pour organiser un cortège et cette partie a violé cette autorisation. Par conséquent, elle a manqué à ses engagements et à sa crédibilité. Celui qui ne respecte pas la loi en subira les conséquences », a déclaré le chef du gouvernement à an-Nahar.
Nawaf Salam a aussi précisé que la circulaire émise le 22 septembre, avant l’incident, « vise à prévenir les tensions et à protéger la paix civile dans un contexte de fortes divisions dans le pays », rappelant que d’autres incidents plus graves que l’illumination du Rocher avaient eu lieu ces derniers mois.
Cette circulaire inédite appelait à « appliquer la loi concernant l’utilisation des biens publics terrestres et maritimes, ainsi que des sites patrimoniaux et touristiques, des bâtiments publics et des lieux à forte symbolique nationale », sans autorisations préalables.



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Très logique et un pays matyrisé comme le Liban ne peut que s’adapter à la nouvelle donne. Aller à l’encontre de la volonté internationale est suicidaire. Le juge Salam, qui n’a rien du politicien traditionnel, a montré qu’il est bien plus capable que d’autres de juger de la situation réelle. Sa volonté de poursuivre courageusement les fanatiques va-en-guerre joue en sa faveur. On n’est pas juge pour rien !
07 h 44, le 03 octobre 2025