Le président Joseph Aoun recevant le Premier ministre Nawaf Salam à Baabda, le 30 septembre 2025. Photo fournie par la présidence de la République
C’est un entretien placé sous le signe du rabibochage. Le président de la République Joseph Aoun a reçu mardi le Premier ministre Nawaf Salam – qui a quitté le palais de Baabda sans faire de déclaration –, sur fond de tensions palpables depuis le fameux incident de Raouché. Jeudi dernier, le Hezbollah avait en effet violé la directive du Premier ministre en organisant une projection des images de ses anciens chefs sur la Grotte aux pigeons, sans que les forces de l’ordre n’interviennent pour les en empêcher. Au cours de leur entretien, les deux têtes de l’exécutif ont examiné « la situation générale dans le pays, ainsi que les réunions et contacts à New York entrepris par le chef de l’État », qui s’y trouvait pour participer à l’Assemblée générale de l’ONU.
Ils ont également évoqué, selon le compte X de la présidence, « la situation intérieure et la façon de résoudre ce qui s’est passé à Raouché ». Selon nos informations, le président Aoun a estimé qu’il ne fallait pas s’en prendre à l’armée, qui fait déjà face à un défi important, celui du désarmement du Hezbollah. De son côté, le Premier ministre s’est montré compréhensif, soulignant toutefois l’importance que les décisions de l’exécutif soient appliquées. « Les deux présidents ont eu une discussion en toute franchise et ont partagé leurs points de vue, et ils se sont mis d’accord pour poursuivre leur coopération », affirme une source au courant de la teneur de l’entretien.
La veille, le président Aoun avait reçu le président du Parlement et « grand frère du Hezbollah », Nabih Berry, amplifiant le sentiment d’isolation de Nawaf Salam. La commémoration de l’assassinat de Hassan Nasrallah et de Hachem Safieddine à Raouché avait eu lieu en infraction à une décision administrative du mohafez de Beyrouth, Marwan Abboud, qui avait limité le nombre de participants et interdit toute illumination de la Grotte aux pigeons à l’effigie des anciens responsables du parti chiite. Après la violation par le Hezbollah de cette décision, M. Salam avait annoncé que des poursuites seraient lancées à l’encontre des contrevenants et dénoncé l’inaction de l’armée et des forces de l’ordre pour empêcher ces débordements. Il a aussi semblé menacer de suspendre son travail, annulant plusieurs rendez-vous pour se « concentrer » sur la résolution de ce dossier. De son côté, le président Aoun a affirmé lundi – à son retour de New York – que la « paix civile » était « au-dessus de toute autre considération », rejetant les critiques à l’encontre de l’armée. C’est la seconde fois que la cohésion entre MM. Aoun et Salam vacille – du moins publiquement–, après un premier épisode de divergences autour de la nomination de Karim Souhaid à la tête de la Banque du Liban, en mars dernier.
À Baalbeck, Haykal salue l’engagement des militaires
Sur un autre plan, le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, a inspecté mardi la caserne Mohammad Makki à Baalbeck, affirmant aux militaires que « tous les Libanais apprécient leurs sacrifices pour la sécurité du pays et l’avenir de leurs enfants ». Pendant sa visite, il a salué « la performance des soldats dans leur poursuite des fugitifs et des perturbateurs de l’ordre public, ainsi que dans leur lutte contre les bandes criminelles, notamment celles impliquées dans le trafic et la distribution de drogue ». Le général a souligné que le succès de l’armée repose sur sa sagesse, son professionnalisme, sa loyauté envers le Liban et la confiance que lui accordent les citoyens. « La sécurité de la patrie est une responsabilité qui nous incombe, et le commandement de l’armée est attaché au caractère sacré de sa mission, soucieux de l’intérêt national et de la sécurité de tous les Libanais, a-t-il déclaré. L’armée continue d’assumer ses responsabilités dans le contexte exceptionnel actuel, notamment face aux attaques continues de l’ennemi israélien et aux défis sécuritaires importants. »
Le président Aoun avait décerné lundi la médaille nationale du Cèdre, au grade de grand cordon, au général Haykal, « en reconnaissance de la mission qu’il assume à la tête de l’armée et de ses sacrifices » au service du pays.



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Espérons que M. Salam a dit clairement à M. Aoun qu’il fait fausse route et qu’il serait temps qu’il se ressaisisse. Les pays aidants nous ont donné plusieurs occasions pour nous sauver et vu l’évolution de la situation régionale, elle serait la dernière. On ne peut pas sauver un condamné malgré lui. Alors soit on se montre à la hauteur de la tâche, soit on nous donnera des mouchoirs pour pleurer nos chances ratées et notre incapacité à défendre notre pays en misant toujours sur les autres pour le faire à notre place. Rien n’est acquis, tout se mérite, et surtout la dignité et l’indépendance
11 h 53, le 01 octobre 2025