Le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, au palais de Baabda, le 17 avril 2025. Photo présidence libanaise.
Le peuple libanais est aujourd’hui plus enthousiaste à l’égard de ses dirigeants qu’à aucun moment depuis le lancement du Gallup World Poll, il y a vingt ans. Selon une enquête réalisée entre le 5 mai et le 5 juin 2025, 62 % des adultes libanais, contre seulement 16 % en 2024, « approuvent la direction de leur pays lorsqu’on leur pose la question de manière générale », souligne Gallup.
« Cette variation de 46 points de pourcentage est non seulement la plus importante jamais enregistrée au Liban, mais aussi l'une des plus fortes hausses d'une année sur l'autre jamais relevées dans le cadre du World Poll », ajoute l’institut.
Le Gallup World Poll est une enquête mondiale exhaustive sur le leadership stratégique. Ses résultats sur la popularité des dirigeants libanais ont été publiés le 25 septembre 2025.
L’enquête a été menée quelques mois après la conclusion d’un cessez-le-feu entre Israël et le Liban à l’automne 2024 et après la formation d’un nouveau gouvernement en février 2025. Elle exclut toutefois environ 10 % de la population, notamment les zones sous le contrôle strict du Hezbollah dans le sud, la vallée de la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth.
Gallup rappelle que « l’approbation des adultes libanais envers leurs dirigeants a historiquement été parmi les plus faibles au monde, reflétant l’impasse politique persistante du pays ». Pourtant, « le nouveau gouvernement a peut-être suscité un espoir rare chez de nombreux Libanais ».
Une popularité inédite pour les dirigeants
Le sondage souligne que « la popularité des dirigeants libanais marque un changement majeur par rapport à la période 2019-2024, durant laquelle la plupart des Libanais (entre 70 % et 81 %) désapprouvaient leurs dirigeants ». Cette période difficile, marquée par l’effondrement économique et la guerre avec Israël, avait également été marquée par la double explosion au port de Beyrouth en 2020.
Concernant le président Joseph Aoun, sa cote d’approbation atteint 81 %, « le taux le plus élevé jamais enregistré par Gallup pour un dirigeant libanais ». Le Premier ministre Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, bénéficie lui aussi d’un soutien majoritaire (56 % d’approbation contre 36 % de désapprobation), « de nombreux Libanais le percevant comme un réformateur », précise l'institut.
Confiance en hausse dans les élections, mais pas dans le système financier
Près de la moitié des Libanais (48 %) déclarent aujourd’hui avoir confiance dans le gouvernement, un chiffre qui n’avait jamais dépassé 12 % depuis 2020. La confiance envers d’autres institutions s’est également améliorée, notamment dans le système éducatif (67 %, contre 49 % en 2024) et le système judiciaire (28 %, contre 21 % en 2024). La confiance dans « l’honnêteté des élections libanaises » a bondi à 45 %, contre 17 % l’année dernière.
Malgré ces signes positifs, le système financier reste largement critiqué. « Seuls 4 % des Libanais disent avoir confiance dans les institutions financières du pays », note Gallup, faisant du Liban le pays le moins bien classé au monde sur ce critère. Environ 1,3 million de dépôts bancaires libanais restent gelés ou soumis à des restrictions, tandis que des partenaires internationaux, tels que le Fonds monétaire international, continuent de suspendre l’aide financière nécessaire à la reconstruction du pays jusqu’à la mise en œuvre de réformes essentielles.
La perception de la corruption, bien que toujours élevée, recule légèrement. Selon Gallup, « le pourcentage de Libanais estimant que la corruption est généralisée au sein du gouvernement est tombé à 82 %, contre 92 % l’an dernier ». « Les perceptions de corruption tant au sein du gouvernement libanais que dans le secteur privé ont également atteint leur niveau le plus bas depuis 20 ans ».
Une fenêtre d’opportunité fragile
Les auteurs de l’enquête soulignent que « la position affaiblie du Hezbollah après le cessez-le-feu avec Israël a offert au pays une opportunité unique de changement. Pour la première fois depuis des décennies, le pays dispose à la fois d’un président et d’un gouvernement capables et désireux de mener des réformes attendues depuis longtemps ».
Avec des élections législatives prévues en mai 2026, cette fenêtre d’opportunité pourrait toutefois être courte et fragile. Selon Gallup, « les acteurs internationaux ont l’occasion de s’engager auprès d’un gouvernement jouissant d’une légitimité intérieure sans précédent, faisant de ce moment un moment crucial pour investir dans des partenariats, des projets humanitaires et des efforts de réforme institutionnelle ».



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Record de confiance ???
17 h 30, le 01 octobre 2025