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Notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani. L'Orient-Le Jour

Direct Q&A

Un an après, le Hezbollah touché ou coulé ? Notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani a répondu à vos questions

Ce qu’il faut retenir

Demain marquera le premier anniversaire de l'assassinat de l'ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

La guerre qui s'en est suivie, la chute du régime Assad ainsi que le retour de l'État libanais ont considérablement changé les choses pour le parti chiite.

Posez vos questions en commentaire de cet article (si vous êtes abonnés) ou par mail à cette adresse livechatolj@lorientlejour.com

17:28 heure de Beyrouth

Et voilà, c'est déjà la fin de notre session Questions/Réponses avec Anthony Samrani.

Merci d'avoir été aussi nombreux à nous solliciter et à nous lire.

À bientôt !

17:04 heure de Beyrouth

Nous prenons une dernière question, posée par C.

Le risque qu'encourt le gouvernement avec une approche coercitive vis à vis du Hezbollah risque de mener au chaos interne d'autant que les pressions de la communauté internationale semblent contre productives et faisant fi de toutes les conséquences, notamment les États-Unis qui menacent de couper les 150 millions de dollars annuels d'aide à l'armée libanaise si rien n'avance. La France qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, l'Arabie Saoudite qui ne s'investira pas dans cette situation... Que faire ?

Bonjour C, merci d’être avec nous.

Comment désarmer le Hezbollah sans risquer de provoquer une guerre civile et sans donner le sentiment de répondre à un agenda étranger ? Voilà tout l’enjeu. Je crois, mais c’est facile à dire, que le gouvernement a intérêt à être créatif et à se réapproprier complètement le dossier. 

Le désarmement doit toujours être présenté comme une demande libanaise. Sur ce dossier, je pense que le gouvernement ne doit pas céder, sans pour autant aller à la confrontation avec le Hezbollah. Une politique d’endiguement musclée me semble être un bon compromis. Autrement dit, étouffer le parti, rendre l’utilisation des armes illégales, couper les routes stratégiques, contrôler les ports, l'aéroport et les frontières et s’attaquer aux principaux dépôts. Le Hezbollah ne se laissera pas faire et la tension sera forte, mais je pense que nous n’avons pas le choix. L’inaction serait la pire des options. 

Par ailleurs, tout ne doit pas tourner autour des armes du Hezbollah. Trois autres dossiers importants doivent permettre de s'adresser à sa base : celui de la reconstruction du Sud, de la révision du modèle politique libanais qui ne reflète plus les équilibres du pays, et de notre stratégie de défense vis-à-vis d’Israël. Tant que le Hezbollah est dans l’équation, il est malheureusement impossible d’ouvrir l’un de ces dossiers.

17:04 heure de Beyrouth

Netanyahu vient d’annoncer que la paix était possible entre Israël et le Liban, qu’en pensez-vous ?

Je crois que les conditions ne sont pas réunies pour le moment. La paix pose deux questions pour le Liban : l’effet qu’elle aura en interne avec un risque de tensions très fortes sur un sujet où il n’y a pas du tout de consensus ; l’abandon du plan de paix arabe qui conditionne la paix la création d’Israël. Le Liban ne prendra pas ce chemin sans une dynamique arabe (saoudienne) en ce sens. Et cela n’est pas à l’ordre du jour.

16:58 heure de Beyrouth

Nous poursuivons avec Anne-Sophie :

Bonjour Anthony, encore merci pour votre travail.  

Voici ma question : le gouvernement israélien, pour rester au pouvoir, n'a-t-il pas intérêt à ce que le Liban soit divisé ? Entre d'autres termes, n'est-ce pas un avantage pour Netanyahu que le Hezbollah ne soit pas complètement décapité ?

Bonjour Anne-Sophie, merci beaucoup pour votre commentaire et pour votre question, 

Le gouvernement israélien semble imaginer deux options pour le Liban : soit un accord de paix qui soit très largement à son avantage, soit un État faible à qui il peut imposer en permanence ses conditions. Je crois qu’il souhaite réellement « décapiter » le Hezbollah puisque toute sa logique a changé depuis le 7-Octobre. Mais cela ne veut pas dire qu'il n’a pas intérêt à ce que le Liban soit divisé.

16:43 heure de Beyrouth

La prochaine question nous vient de Ali :

Dans le contexte actuel, marqué par un gouvernement israélien extrémiste bénéficiant du soutien des États-Unis et agissant en violation du droit international, le désarmement unilatéral du Hezbollah, sans contrepartie ni stratégie de protection alternative, ne risquerait-il pas de déséquilibrer encore davantage le rapport de force et de donner à Netanyahu la possibilité d’envahir le Sud-Liban à sa convenance ?

Je crois qu’il n’est plus possible aujourd’hui de dire qu’Israël n’est pas une menace, en tant que tel, pour le Liban. Il a prouvé ces deux dernières années qu’il n’avait aucune limite et qu’il pourrait avoir intérêt à occuper une partie du Liban-Sud soit pour des raisons sécuritaires soit, plutôt à moyen terme si les ultra-religieux continuent de gagner du terrain, dans l’objectif de mettre en œuvre le Grand Israël. Autrement dit, dans tous les cas, il faut trouver un moyen de dissuader l’Etat hébreu d’en arriver là. Cela peut passer par un accord de paix, ce qui semble très improbable aujourd’hui, par un accord de défense avec un pays tiers (là aussi c’est improbable), par un renforcement de l’armée (mais dans tous les cas l’armée ne pourra pas faire le poids face à Israël) ou par un activisme diplomatique renforcée sur le modèle du Qatar. 

On ne peut plus ignorer la question. 

Mais le Hezbollah n’est pas une réponse à ce problème. Et bien au contraire, il le renforce. Le Hezbollah donne un prétexte à Israël pour envahir le Liban, il isole Beyrouth sur la scène internationale et la dernière guerre a démontré à ceux qui pouvaient encore en douter à quel point le parti chiite ne fait lui aussi pas le poids face Israël. Les armes du Hezbollah sont une menace pour le Liban et pour les Libanais, plus pour Israël.

Autrement dit, la réponse ne peut-être uniquement militaire car sur ce plan là, Israël aura toujours l’avantage. Elle doit nécessairement être politique et diplomatique.

16:37 heure de Beyrouth

Dani nous demande :

Pensez-vous qu’Israël optera pour une invasion du sud du Liban si le Hezbollah ne rend pas les armes d'ici l'année prochaine ?

Bonjour Dani, merci d’être avec nous, vous êtes très nombreux aujourd’hui et on ne pourra malheureusement pas répondre à toutes vos questions, 

Je ne suis pas voyant, et me suis trompé suffisamment de fois par le passé pour rester très prudent. Là aussi, il y a deux écoles. La première, à laquelle j'appartiens, estime qu’Israël a tout intérêt à maintenir le statu quo : il peut bombarder où il veut et quand il veut, et même grignoter du terrain, sans que le Hezbollah ne réponde et sans que « la communauté internationale » n’y trouve rien à dire. Autrement dit, l’intensité et la localisation de ses frappes peuvent varier, Benjamin Netanyahu n’a aucune ligne rouge, mais il peut estimer qu’il règlera le problème sur le temps long. 

La deuxième école considère que les Israéliens ont une occasion unique d’en finir avec le Hezbollah et qu’ils ne la laisseront pas passer. Qu’ils vont ainsi relancer une offensive de grande ampleur au Liban. Peuvent-ils le faire en pleine opération militaire à Gaza-Ville ? On peut en douter. Et pour quel objectif, sachant que deux ans après leur offensive contre le Hamas, ils n’ont toujours pas réussi à en finir avec le mouvement. 

Je pense que les Israéliens ne vont pas rester les bras croisés et vont faire peser une pression constante sur Beyrouth comme ils l’avaient fait en Syrie pendant des années. Le scénario d’une offensive de grande ampleur me semble moins probable. Mais demeure là aussi une inconnue : si la guerre israélo-iranienne reprend, ce qui est loin d’être exclu, le Liban pourra-t-il rester une nouvelle fois à l’écart ?

16:27 heure de Beyrouth

Voici la question de Tony :

Voit-on réellement une différence sur le terrain et dans les directives entre Amal et le Hezbollah ? Y a-t-il un schisme possible au sein même du Hezbollah entre les partisans de sa libanité et ceux de sa fidélité à l’Iran ?

Bonjour Tony, merci pour votre question, 

Les tensions sont assez fortes entre les partisans d’Amal et du Hezbollah sur le terrain mais la direction des deux partis essayent de le limiter. Sur le fond, le fossé entre Nabih Berry et le Hezbollah se creuse toutefois de plus en plus. Le premier aimerait que le Hezbollah négocie son désarmement contre des changements institutionnels en faveur de la communauté chiite et des garanties politiques. Le second voit les choses à partir d’une perspective iranienne, même s’il dit prendre en compte les colères au sein de sa base. 

Pour la deuxième partie de la question, à savoir est-ce qu’il y a deux Hezbollah, un plus libanais et l’autre plus iranien, l’on entend un peu tout et son contraire. C’est un parti assez perdu aujourd’hui composé de mouvements qui ont effectivement des sensibilités et des stratégies différentes. Mais à quel point cela pèse, in fine, si ce sont de toute façon les Iraniens qui ont le dernier mot ?

16:23 heure de Beyrouth

Nous vous proposons donc de lire le commentaire de Rita Sassine dont vous parle Anthony Samrani. Du Hezbollah ou de l'État, qui est vraiment tombé à Raouché ?

16:22 heure de Beyrouth

Nous poursuivons avec la question de Laurent :

Certains qualifient la mobilisation à Raouché de « passage en force ». Comment expliquer que, malgré l’activisme de Nawaf Salam, la projection ait tout de même eu lieu ? Est-ce avant tout lié à la capacité de mobilisation du Hezbollah, à une faille gouvernementale, ou bien aux deux à la fois ?

Bonjour Laurent, merci pour votre question, 

L'événement a en effet été comparé par plusieurs commentateurs, dont notre rédactrice en chef adjointe, Rita Sassine, à un « 7 mai » politique. C’est un revers pour l’État et plus particulièrement pour le Premier ministre Nawaf Salam. Comment en est-on arrivés là ? Plusieurs inconnues demeurent. Pourquoi l’armée n’est-elle pas intervenue pour empêcher la projection du visage de Hassan Nasrallah, alors que celle-ci avait été interdite par le Mohafez de Beyrouth ? Joseph Aoun a-t-il donné des consignes en ce sens ? Autre inconnue : Nabih Berry, avec qui Nawaf Salam semblait être parvenu à un compromis sur le déroulé de la cérémonie, a-t-il joué un double jeu ou a-t-il été lui-même dépassé par le Hezbollah ? Nous devons attendre d’en savoir plus pour tirer toutes les conclusions. Ce qui est certain, c’est que Nawaf Salam sort affaibli de la séquence.

16:18 heure de Beyrouth

La deuxième question nous vient de Giorgio :

Aujourd'hui, et après les événements de ces derniers mois qui ont redessiné les équilibres politiques dans la région, le Hezbollah a-t-il la possibilité de reprendre sa place d'acteur influent dans l'échiquier politique régional et local ?

Bonjour Giorgio, merci pour votre question (on me signale dans l’oreillette que je dois y répondre plus brièvement qu’à la précédente compte tenu du temps qui passe) 

Je crois qu’à moyen terme, peut-être une décennie, il n’y a quasiment aucune chance que le Hezbollah redevienne ce qu'il était. Il ne peut plus dominer politiquement le Liban et l’environnement régional lui est beaucoup trop défavorable. Mais qui sait ? Si Ahmad el-Chareh chute, si Benjamin Netanyahu perd les élections au profit d’une figure plus modérée, si un accord irano-américain voit le jour. Il peut miser sur le temps. C’est, avec la rue, la seule carte qui lui reste réellement.

16:12 heure de Beyrouth

Nous lançons cette session avec la question d'Amalia :

À votre avis, le Hezbollah va-t-il déposer toutes ses armes d’ici la fin de l’année ?

Bonjour Amalia, merci beaucoup pour votre question  

Il n’est pas facile d’y répondre. Je crois que tous les gens qui s’y intéressent sont d’accord sur le fait que le Hezbollah est très affaibli, qu’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il était, qu’il est isolé sur la scène intérieure, sous pression des bombes israéliennes et de l’arrivée au pouvoir en syrie d’un régime qui le déteste, et que la décision ou non de se désarmer est entre les mains de Téhéran. 

Une fois que l’on a dit cela, et que l’on a rappelé qu’il y a un consensus libanais, régional et international pour désarmer le Hezbollah, est-ce que celui-ci sera effectif pour autant ? 

Il y a deux écoles. La première considère qu’in fine, le Hezbollah, plutôt son parrain iranien, n’aura pas d’autres choix que de négocier et que tout est une question de timing et de contrepartie. 

L’autre, dont je fais plutôt partie, considère que le Hezbollah ne renoncera jamais à ses armes, qu’il peut faire des concessions tactiques mais qu’il pense pouvoir améliorer sa position avec le temps. 

Un troisième point de vue, qui sort un peu des clous, estime que la question n’est pas de désarmer le Hezbollah mais de l’empêcher de s’armer à nouveau. Autrement dit, qu’une politique d’endiguement rendra tôt ou tard l’armement actuel caduque si le parti n’a pas les moyens de reconstruire ses stocks. Tant Joseph Aoun que Nawaf Salam semblent plutôt séduits par cette approche. 

Elle comporte toutefois deux limites. D’une part : le couple israélo-américain veut que le processus aille vite et il n’est pas impossible qu’ils durcissent le ton et qu’Israël interviennent militairement encore davantage en cas d'absence de résultats à court terme. 

D’autre part, le parti semble, malgré sa situation, continuer de recevoir de l’argent (60 millions par mois selon l’envoyé spécial américain Tom Barrack) et l’on peut considérer que le temps pourrait lui être favorable. 

En résumé : je ne vois pas le Hezbollah accepter de se désarmer d’ici la fin de l’année. Je pense que l’exécutif va devoir durcir le ton et que les Israéliens vont s’inviter un peu plus dans la partie. 

16:03 heure de Beyrouth

Bonjour à tous !

Nous débutons notre session de questions/réponses avec notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani.



17:28 heure de Beyrouth

Et voilà, c'est déjà la fin de notre session Questions/Réponses avec Anthony Samrani.

Merci d'avoir été aussi nombreux à nous solliciter et à nous lire.

À bientôt !

17:04 heure de Beyrouth

Nous prenons une dernière question, posée par C.

Le risque qu'encourt le gouvernement avec une approche coercitive vis à vis du Hezbollah risque de mener au chaos interne d'autant que les pressions de la communauté internationale semblent contre productives et faisant fi de toutes les conséquences, notamment les États-Unis qui menacent de couper les 150 millions de dollars annuels d'aide à l'armée libanaise si rien n'avance. La France qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, l'Arabie Saoudite qui ne s'investira pas dans cette situation... Que faire ?

Bonjour C, merci d’être avec nous.

Comment désarmer le Hezbollah sans risquer de provoquer une guerre civile et sans donner le sentiment de répondre à un agenda étranger ? Voilà tout l’enjeu. Je crois, mais c’est facile à dire, que le gouvernement a intérêt à être créatif et à se réapproprier complètement le dossier. 

Le désarmement doit toujours être présenté comme une demande libanaise. Sur ce dossier, je pense que le gouvernement ne doit pas céder, sans pour autant aller à la confrontation avec le Hezbollah. Une politique d’endiguement musclée me semble être un bon compromis. Autrement dit, étouffer le parti, rendre l’utilisation des armes illégales, couper les routes stratégiques, contrôler les ports, l'aéroport et les frontières et s’attaquer aux principaux dépôts. Le Hezbollah ne se laissera pas faire et la tension sera forte, mais je pense que nous n’avons pas le choix. L’inaction serait la pire des options. 

Par ailleurs, tout ne doit pas tourner autour des armes du Hezbollah. Trois autres dossiers importants doivent permettre de s'adresser à sa base : celui de la reconstruction du Sud, de la révision du modèle politique libanais qui ne reflète plus les équilibres du pays, et de notre stratégie de défense vis-à-vis d’Israël. Tant que le Hezbollah est dans l’équation, il est malheureusement impossible d’ouvrir l’un de ces dossiers.

17:04 heure de Beyrouth

Netanyahu vient d’annoncer que la paix était possible entre Israël et le Liban, qu’en pensez-vous ?

Je crois que les conditions ne sont pas réunies pour le moment. La paix pose deux questions pour le Liban : l’effet qu’elle aura en interne avec un risque de tensions très fortes sur un sujet où il n’y a pas du tout de consensus ; l’abandon du plan de paix arabe qui conditionne la paix la création d’Israël. Le Liban ne prendra pas ce chemin sans une dynamique arabe (saoudienne) en ce sens. Et cela n’est pas à l’ordre du jour.

16:58 heure de Beyrouth

Nous poursuivons avec Anne-Sophie :

Bonjour Anthony, encore merci pour votre travail.  

Voici ma question : le gouvernement israélien, pour rester au pouvoir, n'a-t-il pas intérêt à ce que le Liban soit divisé ? Entre d'autres termes, n'est-ce pas un avantage pour Netanyahu que le Hezbollah ne soit pas complètement décapité ?

Bonjour Anne-Sophie, merci beaucoup pour votre commentaire et pour votre question, 

Le gouvernement israélien semble imaginer deux options pour le Liban : soit un accord de paix qui soit très largement à son avantage, soit un État faible à qui il peut imposer en permanence ses conditions. Je crois qu’il souhaite réellement « décapiter » le Hezbollah puisque toute sa logique a changé depuis le 7-Octobre. Mais cela ne veut pas dire qu'il n’a pas intérêt à ce que le Liban soit divisé.

16:43 heure de Beyrouth

La prochaine question nous vient de Ali :

Dans le contexte actuel, marqué par un gouvernement israélien extrémiste bénéficiant du soutien des États-Unis et agissant en violation du droit international, le désarmement unilatéral du Hezbollah, sans contrepartie ni stratégie de protection alternative, ne risquerait-il pas de déséquilibrer encore davantage le rapport de force et de donner à Netanyahu la possibilité d’envahir le Sud-Liban à sa convenance ?

Je crois qu’il n’est plus possible aujourd’hui de dire qu’Israël n’est pas une menace, en tant que tel, pour le Liban. Il a prouvé ces deux dernières années qu’il n’avait aucune limite et qu’il pourrait avoir intérêt à occuper une partie du Liban-Sud soit pour des raisons sécuritaires soit, plutôt à moyen terme si les ultra-religieux continuent de gagner du terrain, dans l’objectif de mettre en œuvre le Grand Israël. Autrement dit, dans tous les cas, il faut trouver un moyen de dissuader l’Etat hébreu d’en arriver là. Cela peut passer par un accord de paix, ce qui semble très improbable aujourd’hui, par un accord de défense avec un pays tiers (là aussi c’est improbable), par un renforcement de l’armée (mais dans tous les cas l’armée ne pourra pas faire le poids face à Israël) ou par un activisme diplomatique renforcée sur le modèle du Qatar. 

On ne peut plus ignorer la question. 

Mais le Hezbollah n’est pas une réponse à ce problème. Et bien au contraire, il le renforce. Le Hezbollah donne un prétexte à Israël pour envahir le Liban, il isole Beyrouth sur la scène internationale et la dernière guerre a démontré à ceux qui pouvaient encore en douter à quel point le parti chiite ne fait lui aussi pas le poids face Israël. Les armes du Hezbollah sont une menace pour le Liban et pour les Libanais, plus pour Israël.

Autrement dit, la réponse ne peut-être uniquement militaire car sur ce plan là, Israël aura toujours l’avantage. Elle doit nécessairement être politique et diplomatique.

16:37 heure de Beyrouth

Dani nous demande :

Pensez-vous qu’Israël optera pour une invasion du sud du Liban si le Hezbollah ne rend pas les armes d'ici l'année prochaine ?

Bonjour Dani, merci d’être avec nous, vous êtes très nombreux aujourd’hui et on ne pourra malheureusement pas répondre à toutes vos questions, 

Je ne suis pas voyant, et me suis trompé suffisamment de fois par le passé pour rester très prudent. Là aussi, il y a deux écoles. La première, à laquelle j'appartiens, estime qu’Israël a tout intérêt à maintenir le statu quo : il peut bombarder où il veut et quand il veut, et même grignoter du terrain, sans que le Hezbollah ne réponde et sans que « la communauté internationale » n’y trouve rien à dire. Autrement dit, l’intensité et la localisation de ses frappes peuvent varier, Benjamin Netanyahu n’a aucune ligne rouge, mais il peut estimer qu’il règlera le problème sur le temps long. 

La deuxième école considère que les Israéliens ont une occasion unique d’en finir avec le Hezbollah et qu’ils ne la laisseront pas passer. Qu’ils vont ainsi relancer une offensive de grande ampleur au Liban. Peuvent-ils le faire en pleine opération militaire à Gaza-Ville ? On peut en douter. Et pour quel objectif, sachant que deux ans après leur offensive contre le Hamas, ils n’ont toujours pas réussi à en finir avec le mouvement. 

Je pense que les Israéliens ne vont pas rester les bras croisés et vont faire peser une pression constante sur Beyrouth comme ils l’avaient fait en Syrie pendant des années. Le scénario d’une offensive de grande ampleur me semble moins probable. Mais demeure là aussi une inconnue : si la guerre israélo-iranienne reprend, ce qui est loin d’être exclu, le Liban pourra-t-il rester une nouvelle fois à l’écart ?

16:27 heure de Beyrouth

Voici la question de Tony :

Voit-on réellement une différence sur le terrain et dans les directives entre Amal et le Hezbollah ? Y a-t-il un schisme possible au sein même du Hezbollah entre les partisans de sa libanité et ceux de sa fidélité à l’Iran ?

Bonjour Tony, merci pour votre question, 

Les tensions sont assez fortes entre les partisans d’Amal et du Hezbollah sur le terrain mais la direction des deux partis essayent de le limiter. Sur le fond, le fossé entre Nabih Berry et le Hezbollah se creuse toutefois de plus en plus. Le premier aimerait que le Hezbollah négocie son désarmement contre des changements institutionnels en faveur de la communauté chiite et des garanties politiques. Le second voit les choses à partir d’une perspective iranienne, même s’il dit prendre en compte les colères au sein de sa base. 

Pour la deuxième partie de la question, à savoir est-ce qu’il y a deux Hezbollah, un plus libanais et l’autre plus iranien, l’on entend un peu tout et son contraire. C’est un parti assez perdu aujourd’hui composé de mouvements qui ont effectivement des sensibilités et des stratégies différentes. Mais à quel point cela pèse, in fine, si ce sont de toute façon les Iraniens qui ont le dernier mot ?

16:23 heure de Beyrouth

Nous vous proposons donc de lire le commentaire de Rita Sassine dont vous parle Anthony Samrani. Du Hezbollah ou de l'État, qui est vraiment tombé à Raouché ?

16:22 heure de Beyrouth

Nous poursuivons avec la question de Laurent :

Certains qualifient la mobilisation à Raouché de « passage en force ». Comment expliquer que, malgré l’activisme de Nawaf Salam, la projection ait tout de même eu lieu ? Est-ce avant tout lié à la capacité de mobilisation du Hezbollah, à une faille gouvernementale, ou bien aux deux à la fois ?

Bonjour Laurent, merci pour votre question, 

L'événement a en effet été comparé par plusieurs commentateurs, dont notre rédactrice en chef adjointe, Rita Sassine, à un « 7 mai » politique. C’est un revers pour l’État et plus particulièrement pour le Premier ministre Nawaf Salam. Comment en est-on arrivés là ? Plusieurs inconnues demeurent. Pourquoi l’armée n’est-elle pas intervenue pour empêcher la projection du visage de Hassan Nasrallah, alors que celle-ci avait été interdite par le Mohafez de Beyrouth ? Joseph Aoun a-t-il donné des consignes en ce sens ? Autre inconnue : Nabih Berry, avec qui Nawaf Salam semblait être parvenu à un compromis sur le déroulé de la cérémonie, a-t-il joué un double jeu ou a-t-il été lui-même dépassé par le Hezbollah ? Nous devons attendre d’en savoir plus pour tirer toutes les conclusions. Ce qui est certain, c’est que Nawaf Salam sort affaibli de la séquence.

16:18 heure de Beyrouth

La deuxième question nous vient de Giorgio :

Aujourd'hui, et après les événements de ces derniers mois qui ont redessiné les équilibres politiques dans la région, le Hezbollah a-t-il la possibilité de reprendre sa place d'acteur influent dans l'échiquier politique régional et local ?

Bonjour Giorgio, merci pour votre question (on me signale dans l’oreillette que je dois y répondre plus brièvement qu’à la précédente compte tenu du temps qui passe) 

Je crois qu’à moyen terme, peut-être une décennie, il n’y a quasiment aucune chance que le Hezbollah redevienne ce qu'il était. Il ne peut plus dominer politiquement le Liban et l’environnement régional lui est beaucoup trop défavorable. Mais qui sait ? Si Ahmad el-Chareh chute, si Benjamin Netanyahu perd les élections au profit d’une figure plus modérée, si un accord irano-américain voit le jour. Il peut miser sur le temps. C’est, avec la rue, la seule carte qui lui reste réellement.

16:12 heure de Beyrouth

Nous lançons cette session avec la question d'Amalia :

À votre avis, le Hezbollah va-t-il déposer toutes ses armes d’ici la fin de l’année ?

Bonjour Amalia, merci beaucoup pour votre question  

Il n’est pas facile d’y répondre. Je crois que tous les gens qui s’y intéressent sont d’accord sur le fait que le Hezbollah est très affaibli, qu’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il était, qu’il est isolé sur la scène intérieure, sous pression des bombes israéliennes et de l’arrivée au pouvoir en syrie d’un régime qui le déteste, et que la décision ou non de se désarmer est entre les mains de Téhéran. 

Une fois que l’on a dit cela, et que l’on a rappelé qu’il y a un consensus libanais, régional et international pour désarmer le Hezbollah, est-ce que celui-ci sera effectif pour autant ? 

Il y a deux écoles. La première considère qu’in fine, le Hezbollah, plutôt son parrain iranien, n’aura pas d’autres choix que de négocier et que tout est une question de timing et de contrepartie. 

L’autre, dont je fais plutôt partie, considère que le Hezbollah ne renoncera jamais à ses armes, qu’il peut faire des concessions tactiques mais qu’il pense pouvoir améliorer sa position avec le temps. 

Un troisième point de vue, qui sort un peu des clous, estime que la question n’est pas de désarmer le Hezbollah mais de l’empêcher de s’armer à nouveau. Autrement dit, qu’une politique d’endiguement rendra tôt ou tard l’armement actuel caduque si le parti n’a pas les moyens de reconstruire ses stocks. Tant Joseph Aoun que Nawaf Salam semblent plutôt séduits par cette approche. 

Elle comporte toutefois deux limites. D’une part : le couple israélo-américain veut que le processus aille vite et il n’est pas impossible qu’ils durcissent le ton et qu’Israël interviennent militairement encore davantage en cas d'absence de résultats à court terme. 

D’autre part, le parti semble, malgré sa situation, continuer de recevoir de l’argent (60 millions par mois selon l’envoyé spécial américain Tom Barrack) et l’on peut considérer que le temps pourrait lui être favorable. 

En résumé : je ne vois pas le Hezbollah accepter de se désarmer d’ici la fin de l’année. Je pense que l’exécutif va devoir durcir le ton et que les Israéliens vont s’inviter un peu plus dans la partie. 

16:03 heure de Beyrouth

Bonjour à tous !

Nous débutons notre session de questions/réponses avec notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani.

commentaires (4)

Bla bla bla… le problème avec Israël n’a jamais été le Hamas ni le Hezbollah. Ce problème existait bien avant la création du Hezbollah. Je n’ai pas trouvé un mot dans les réponses de mR Samrani sur le vrai problème. Que monsieur Natanyahou récupère les 500.000 palestiniens qui se sont réfugiés au Liban et nous signerons la paix le lendemain. Il amuse la galerie en inventant des problèmes annexes pour nous faire oublier l’essentiel. Son manège ne passe plus.il peut occuper ce qu’il veut , il aura toujours les occupés de l’autre côté qui chercheront à libérer leurs biens.

Marie elise Loubic

00 h 52, le 27 septembre 2025

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Commentaires (4)

  • Bla bla bla… le problème avec Israël n’a jamais été le Hamas ni le Hezbollah. Ce problème existait bien avant la création du Hezbollah. Je n’ai pas trouvé un mot dans les réponses de mR Samrani sur le vrai problème. Que monsieur Natanyahou récupère les 500.000 palestiniens qui se sont réfugiés au Liban et nous signerons la paix le lendemain. Il amuse la galerie en inventant des problèmes annexes pour nous faire oublier l’essentiel. Son manège ne passe plus.il peut occuper ce qu’il veut , il aura toujours les occupés de l’autre côté qui chercheront à libérer leurs biens.

    Marie elise Loubic

    00 h 52, le 27 septembre 2025

  • Monsieur Samrani, il n'y a pas d'otages israéliens au Liban contrairement à Gaza.

    Dorfler lazare

    19 h 27, le 26 septembre 2025

  • Excellentes questions et reponses. Merci!

    Cadmos

    18 h 50, le 26 septembre 2025

  • nE PENSEZ-VOUS PAS mONSIEUR sAMRANI QU,AVEC NOTRE SYSTEME CONFESSIONNEL TOUS ONT LES BRAS PARALYSES A L,EXCEPTION DES VENDUS MERCENAIRES DU HEZB ?

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    16 h 36, le 26 septembre 2025

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