C’est maintenant chose faite : près de 150 pays de par le monde – et non des moindres – ont formellement reconnu à l’ONU un État de Palestine qui, pourtant, n’existe encore que sur le papier. Du coup se trouvent dépassés, obsolètes, les débats passionnés sur le bien-fondé ou même seulement sur l’utilité pratique, la productivité, l’opportunité de cette initiative enclenchée par la France et l’Arabie saoudite. Le vin étant tiré, il s’agit donc maintenant de bien s’y prendre pour le boire comme il le mérite.
Aux partisans du pour et du contre s’adresse indistinctement ce rappel émanant des plus hautes sommités du droit international : la reconnaissance ne crée pas l’État, tout comme la non-reconnaissance ne barre pas à l’État la voie vers l’existence. Il est donc clair qu’en dépit de sa très évidente charge symbolique ce développement historique a parfaitement le potentiel de faire des petits, pour peu que l’intendance suive. D’ores et déjà se trouve substantiellement consolidée la place des Palestiniens dans le concert des nations ; ils n’y détiennent encore qu’un statut d’observateur et tout ce qu’ils pouvaient observer dans le passé était la perpétuation de la tragédie qui s’est abattue sur eux et leur terre.
Quoi qu’il en soit, on doit au président français d’avoir, dans son discours de lundi à l’ONU, détruit plus d’une des contre-vérités colportées par la propagande israélienne et abondamment relayées par l’administration américaine. Ainsi, reconnaître la Palestine ce n’est absolument pas récompenser le Hamas, comme Donald Trump trouvait le temps de l’affirmer dans un discours presque entièrement dédié aux formidables exploits de sa géniale personne. En fait c’est tout le contraire, c’est sanctionner ce groupe extrémiste puisqu’aux termes de la feuille de route proposée il sera exclu de la gouvernance de Gaza, comme de l’État démilitarisé à naître. Tout aussi vain, pourrait-on ajouter, est l’argument selon lequel la reconnaissance de la Palestine, en provoquant inévitablement un durcissement d’Israël, porte préjudice aux efforts de paix : efforts dont on feint d’oublier qu’ils étaient de toute manière – reconnaissance ou pas – ignorés ou torpillés par l’État hébreu…
Par-dessus tout, Macron est le premier leader occidental à avoir mis en relief, en termes mesurés mais on ne peut plus accablants, l’énorme fossé entre l’objectif déclaré d’Israël (détruire un Hamas considérablement affaibli) et les vies de centaines de milliers d’humains déplacés, blessés, affamés, traumatisés qui continuent d’être détruites à Gaza. Trop longtemps l’arbre a caché la forêt aux yeux de nombreux pays horrifiés de bonne foi par le séisme du 7 octobre 2023. Trop longtemps Netanyahu a fait passer pour des malchanceux, morts par accident ou par un malheureux concours de circonstances, les 65 000 civils sciemment assassinés à Gaza. Or c’est ironiquement le Hamas qui pourrait faire figure de victime collatérale, le but de cette furie meurtrière étant de tuer des Palestiniens, de les terroriser, de les pousser à l’exode pour la gloire du Grand-Israël. Gaza, c’est Deir Yassin réédité à la puissance mille, et les faucons du gouvernement de Tel-Aviv ne s’en cachent même plus.
Les Américains ne s’en émeuvent pas trop, à en juger par les derniers propos de l’émissaire présidentiel dans la région, Tom Barrack. Pour signaler sans autre commentaire que Netanyahu ne se soucie ni de frontières ni de lignes rouges, ce Libanais d’origine aura paru constater une banale évidence, une de ces choses de la vie.
La vérité ne sort pas que de la bouche des enfants.


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