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Les fourberies du temps qui passe



On a souvent reproché aux Arabes d’être continuellement en retard d’une guerre, d’une négociation, d’une paix. Ce phénomène récurrent, nous en observons en ce moment, et tout près de nous, la dernière en date des illustrations : à savoir l’accord sécuritaire projeté entre la Syrie et Israël. Déjà, à la fin du siècle dernier, les tractations syro-israéliennes de Wye Plantation avaient buté sur la possession d’une bande de sept malheureux mètres de large ( !) sur la rive nord du lac de Tibériade. Ce à quoi aspire maintenant le président syrien Chareh est un retour à l’accord de désengagement conclu en 1974, lequel restituait à la Syrie 5 % des hauteurs du Golan perdues lors de la guerre de l’année précédente. Il reste que l’État hébreu se refuse à évacuer les crêtes du mont Hermon et les territoires du Sud syrien tout récemment conquis, exigeant en outre que la zone démilitarisée soit repoussée jusqu’aux portes de Damas.

Haro sur le baudet arabe, on veut bien ! Mais quel honnête et sincère mea culpa attendre par ailleurs d’une communauté internationale qui, en Orient comme en Ukraine, voit s’en aller en pièces détachées le factice ordre mondial qu’elle se louait d’avoir mis en place ? Et par quelle ironie du sort l’actuelle mobilisation pour la reconnaissance d’un État palestinien, encore enfoui dans les limbes de la gestation, n’a-t-elle lieu qu’une fois en cours la cruelle entreprise d’avortement ? Pourquoi avoir laissé s’alourdir autant l’effroyable bilan humain du conflit de Gaza ? Pourquoi avoir les notoires projets de transferts de population ? Pourquoi avoir attendu que se mette en branle le morcellement de la Cisjordanie occupée en prélude à son absorption ? Pourquoi avoir laissé s’accumuler, s’ancrer dans la terre comme les esprits, se parer de la patine du temps, les plus révoltants des faits accomplis en matière de dépossessions, de pratiques génocidaires et de conquêtes territoriales ?

Mieux vaut tard que jamais cependant ; aussi serait-il injuste de minimiser la portée de la volonté de la France et de l’Arabie saoudite de promouvoir lundi prochain aux Nations unies un accueil planétaire pour la Palestine à naître. En somme, le président Emmanuel Macron mène à son aboutissement logique un processus historique initié dès 1982 par son lointain prédécesseur François Mitterrand qui, dans un discours historique à la Knesset, plaidait déjà pour une solution à deux États. Au fil des décennies, et du droit à l’autodétermination à la qualité d’État, même désarmé et se trouve finalisé un concept tout à la fois intellectuel, moral et éminemment politique. Après tout, la France est la première des puissances économiques occidentales (le G-7) et aussi le premier membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU à franchir le pas fatidique, entraînant derrière elle le Royaume-Uni et le Canada.

Mieux encore, ce n’est pas dans les conditions idéales d’opportunité et d’efficacité longtemps escomptées que Macron s’y résout, non sans courage et même audace. Car en même temps que la valse des gouvernements et les grèves syndicales, il doit gérer chez lui les fractures politiques et populaires qu’illustre cette petite guerre des drapeaux opposant actuellement les mairies de France : les couleurs palestiniennes pavoisant ici, les israéliennes là, et pour les plus conciliantes les deux réunies et parfois rejointes par le drapeau de la paix. En sus, le président français doit aussi faire front à la fureur d’un Donald Trump outrageusement partial pour Israël et aux classiques accusations d’antisémitisme chères à Benjamin Netanyahu.

En définitive, osons l’espérer : l’initiative franco-saoudite n’est pas un coup d’épée dans l’eau, pas plus d’ailleurs qu’un futile baroud d’honneur. Long sera sans doute le chemin ; mais, du moins, c’est l’honneur sauf que le suivront les nations éprises de justice.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

On a souvent reproché aux Arabes d’être continuellement en retard d’une guerre, d’une négociation, d’une paix. Ce phénomène récurrent, nous en observons en ce moment, et tout près de nous, la dernière en date des illustrations : à savoir l’accord sécuritaire projeté entre la Syrie et Israël. Déjà, à la fin du siècle dernier, les tractations syro-israéliennes de Wye Plantation avaient buté sur la possession d’une bande de sept malheureux mètres de large ( !) sur la rive nord du lac de Tibériade. Ce à quoi aspire maintenant le président syrien Chareh est un retour à l’accord de désengagement conclu en 1974, lequel restituait à la Syrie 5 % des hauteurs du Golan perdues lors de la guerre de l’année précédente. Il reste que l’État hébreu se refuse à évacuer les crêtes du mont Hermon et les...