Le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem prononçant un discours, le 19 septembre 2025. Photo L'Orient-Le Jour/Mohammad Yassine
C’est face à un grand public dans la banlieue sud de Beyrouth que le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem a prononcé un discours à l’occasion de la première commémoration de l’assassinat, lors d’un bombardement israélien, du leader de la brigade al-Radwan Ibrahim Akil, et de 17 autres cadres du parti. Une cinquantaine de victimes civiles étaient également tombées ce jour-là, a-t-il rappelé. Au premier rang du public venu écouter le secrétaire général, et pour la première fois depuis la fin de la dernière guerre en novembre 2024, des combattants du Hezbollah ont fait leur apparition, note notre correspondant Mountasser Abdallah.
Le point d’orgue de ce discours a été « la main tendue » à l’Arabie saoudite. Naïm Kassem a mis sa proposition sous forme de « suggestion publique » qu’il a qualifiée de « mesure pratique ». « J’appelle l’Arabie saoudite à ouvrir une nouvelle page avec la résistance sur base d’un dialogue qui réglerait les différences, qui se fonderait sur la constante qu’Israël est l’ennemi, et qui gèlerait les différends en cette période exceptionnelle que traverse notre région », a-t-il dit, ajoutant : « Nous vous certifions que les armes de la résistance ne sont tournées que vers Israël, ni vers le Liban, ni vers l’Arabie, ou qui que ce soit d’autre. Faire pression sur la résistance est un cadeau offert à Israël. »
Le Hezbollah n’épargnait pas depuis de nombreuses années l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe de ses critiques, provoquant même des incidents diplomatiques entre le Liban et ces pays.
Naïm Kassem s’est également adressé aux parties libanaises dans toute leur diversité, prononçant durant son discours plusieurs fois l’expression « unissons-nous ». « J’appelle les parties libanaises même celles qui nous sont opposées de ne pas servir les intérêts d’Israël car ce pays ne les prendra jamais en compte. Nous sommes partenaires dans le pays et voulons le construire ensemble », a-t-il dit. Le cheikh Kassem a affirmé que « la région tout entière se trouve face à un tournant dangereux parce que l’entité israélienne s’est fortement implantée grâce à l'appui américain ». « C’est un esprit expansionniste qui veut empêcher la région de connaître l’indépendance et compte en faire un suiveur des choix économiques de l’Occident », a-t-il ajouté. Israël « a atteint des sommets de monstruosité (à Gaza) avec le soutien américain, sans aucun frein », a-t-il lancé.
Le chef du Hezbollah a livré sa propre lecture de la frappe la semaine dernière contre le Qatar. « À un certain moment, ils avaient convaincu les Arabes que la résistance est l’ennemi et qu’Israël est l’ami, mais après la frappe au Qatar, il est clair que tous les pays de la région sont visés, l’un après l’autre, jusqu’à ce qu’Israël atteigne l’expansion qu’il désire », a-t-il dit. « Il nous faut tous faire face à ce danger, ce n’est pas seulement la responsabilité de la résistance, et nous devons nous unir contre cet ennemi commun. »
Changer l'équation
Selon lui, « il faut changer l’équation, faire d’Israël le danger et non la résistance, et reconnaître que sa menace est générale contre tous les Arabes de toutes les communautés », a-t-il poursuivi. À l’opposé de la main tendue à l’Arabie saoudite, le secrétaire général du Hezbollah a fortement critiqué les États-Unis, qu’il considère couvrir de manière indéfectible Israël dans son « génocide » à Gaza. Comment leur faire confiance quand on sait jusqu’à quel point ils soutiennent Israël, s’est-il demandé. « Même quand on parle des aides à l’armée libanaise, il faut savoir que les États-Unis ne lui livrent que les armes qui lui permettent de gérer la situation intérieure, et non ceux qui pourraient constituer une menace pour Israël. »

« Unissons-nous pour chasser Israël, entreprendre la reconstruction, organiser les élections législatives et dialoguer en faveur d'une stratégie de défense nationale », a-t-il ajouté. Il a également assuré que les résistants poursuivront le combat « jusqu’à la fin d’Israël ».
Sur la question des armes du Hezbollah, Naïm Kassem a une fois de plus affirmé le refus de les remettre à quiconque, prenant à témoin le « public de la résistance ». « Nous n’accepterons rien de moins que la libération de toute notre terre, et notre peuple reste attaché aux armes de la résistance parce qu’il en a constaté les bénéfices par le passé. Il n’a pas besoin de mobilisation et n’accepte que la dignité », a-t-il martelé. Et d'ajouter : « Comment abandonner nos armes alors que le génocide se poursuit à Gaza sous couverture américaine ? Comment abandonner nos armes alors que nous devons libérer notre terre ? »
Il a rappelé que pas plus tard que jeudi, « cinq villages libanais du Liban-Sud ont été bombardés en toute impunité, sous les yeux du monde ». « Le gouvernement libanais a la responsabilité de faire face à ces agressions israéliennes, il doit les dénoncer et mobiliser le Conseil de sécurité », a-t-il dit, avant de demander : « Pourquoi ne questionne-t-il pas l’armée sur son plan pour chasser les Israéliens ? »
Du 5 août et du 5 septembre
Lançant ensuite une pique contre le gouvernement de Nawaf Salam et les autorités libanaises en général, il a estimé que « Dieu merci, nous avons évité le désastre du 5 août grâce au revirement du 5 septembre ». Ce à quoi le chef du Hezbollah faisait référence, c’était la décision prise en Conseil des ministres de consacrer le principe du désarmement des milices et du monopole de l’État sur les armes prise le 5 août, et celle de la discussion du plan de l’armée le 5 septembre, sans calendrier précis, ce que le parti chiite a considéré comme une « victoire ». Il va sans dire que les détracteurs du tandem Amal-Hezbollah n’ont pas fait la même lecture de cette session au cours de laquelle le gouvernement a « accueilli favorablement » le plan de l’armée, sans l’adopter officiellement.
« Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités auprès de l’armée, comme vous le souhaitez, à condition que ce soit contre l’ennemi israélien », a encore dit Naïm Kassem. « Ils ne veulent pas nous désarmer, mais nous sacrifier et nous obliger à nous rendre, sans aucune garantie américaine de retenue israélienne », a-t-il ajouté.
Sur Ibrahim Akil dont il commémorait le « martyre », le secrétaire général du Hezbollah a assuré qu'il « était un leader avec deux caractéristiques qui lui ont valu ce poste de leadership éclairé qui l’a conduit au martyre : la première était sa profonde foi musulmane et son érudition, et la seconde le jihad pour la libération de la Palestine ».




Pour cela petit bonhomme barbu, tu dois passer par la case du gouvernement libanais dorénavant et obéir à la constitution du Liban. Fini le temps de ta récréation utopique !
17 h 18, le 20 septembre 2025