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Culture - Cinéma

Nixon n’avait pas prévu Redford

À travers « All The President’s Men « (« Les hommes du président »), l’acteur-producteur a fait entrer le journalisme d’investigation dans la légende, transformant l’affaire du Watergate en fresque cinématographique et en symbole politique.

Nixon n’avait pas prévu Redford

Robert Redford dans « All The President’s Men » d’Alan J. Pakula. Photo Warner Bros

Depuis la mort de l’acteur et réalisateur Robert Redford à l’âge de 89 ans, annoncée par son agent le mardi 16 septembre, les hommages pleuvent pour la légende du cinéma américain du XXe siècle qui a incarné notamment le partenaire de Meryl Streep dans Out of Africa (1985) de Sydney Pollack.

Mais le grand blond à la mâchoire carrée, coqueluche d’Hollywood dès la fin des années 1960, s’est révélé rapidement bien plus qu’un simple acteur charismatique star. Dès le début de sa carrière, qui décolle rapidement après ses rôles dans Barefoot in the Park (Pieds nus dans le parc) de Gene Saks (1967) ou Butch Cassidy and the Sundance Kid (Butch Kassidy et le Kid) de George Roy Hill (1969), Robert Redford veut s’affranchir des diktats d’Hollywood.

Et cette volonté se matérialise dans la production. Il finance alors deux premiers films dont The Candidate (Le candidat), dans lequel Redford incarne lui-même un avocat militant des droits humains déchu. Par la suite, Redford, désormais conscient de son influence à Hollywood, s’engage dans un film qui marquera sa carrière à jamais : All the President’s Men (Les hommes du président).

« L’obsession de Robert Redford »

Si nous connaissons Robert Redford dans son incarnation du journaliste du Washington Post Robert Woodward – alias « Bob » –, il est important de comprendre que le film n’aurait jamais vu le jour sans l’idée initiale de l’acteur. En effet, le feuilleton du scandale du Watergate – révélant notamment un système de mise sur écoute de la Maison-Blanche – n’était même pas terminé que Robert Redford avait déjà senti le potentiel cinématographique de l’affaire révélée par le Post.

En avril 1974, soit quatre mois avant la démission du président Richard Nixon, qui a marqué la conclusion de l’affaire, Redford désormais producteur avait acheté pour 450 000 dollars (une somme astronomique à l’époque) les droits d’adaptation aux deux journalistes qui ont levé le voile sur le scandale.

Il mandate alors son ami William Goldman, scénariste de Butch Cassidy et le Kid, le film qui l’avait révélé quelques années auparavant, pour en écrire la trame. « Un film de copains » à première vue, selon le Washington Post, qui a consacré un article à sa fabrication en 2022. Mais, selon le Times, après une première lecture du scénario écrit par Goldman, les journalistes du Washington Post, alors personnages principaux, le jugent trop humoristique et craignent pour leur crédibilité.

Rapidement, Redford prend lui-même les choses en main en allant passer du temps à la rédaction du journal pour en comprendre les rouages, accompagné par Alan J. Pakula, le réalisateur du film. Les acteurs, dont bien évidemment Dustin Hoffman qui incarnait le rôle du journaliste Carl Bernstein, finissent par réécrire eux-mêmes certains dialogues, allant jusqu’à improviser des scènes au moment du tournage.

À sa sortie en 1976, Les hommes du président est accueilli en chef-d’œuvre par la critique. Son approche documentaire, sans fioriture ni artifice romanesque, est vue comme une émancipation des normes hollywoodiennes. Après une audience spectaculaire – 70 millions de dollars au box office –, William Goldman reçoit seul l’Oscar du meilleur scénario et affirme lors de son discours : « Ce film a été, depuis le début, l’obsession de Robert Redford. »

Un journalisme glorieux ou glamourisé ?

Peu importe la gloire, Redford avait réussi son pari : ancrer le spectateur au cœur des rouages du Watergate en ayant fait naître, dans le même temps, un long-métrage pionnier du genre. Mais le succès des Hommes du président ne s’arrête pas à la simple prouesse cinématographique.

« Redford avait l’intention de mettre sa célébrité au service du travail sérieux et sous-estimé du journalisme d’investigation », écrit le Washington Post en 2022. Mais « Les hommes du président a transformé la nature même du journalisme », explique dans ce même article Leonard Downie, journaliste au Post au moment du Watergate. « Le journalisme d’investigation a explosé. (...) Des équipes d’enquête ont été créées là où elles n’existaient pas auparavant. »

Le long-métrage a aussi popularisé la réplique « follow the money » (« suivre l’argent »), initialement prononcée dans le film par « Gorge profonde », la mystérieuse source des journalistes. Une phrase souvent entendue dans les milieux journalistiques et politiques pour dénoncer un scandale politico-judiciaire, dont on a même oublié qu’elle était tirée du film culte.

En pointant son focus sur la vision des deux enquêteurs, Les hommes du président a aussi permis d’ériger les journalistes Carl Bernstein et Robert Woodward au rang de stars. Ce qui aurait poussé, selon certains observateurs, les journalistes de la génération qui a suivi à vouloir prendre la même place, les rendant « assez insupportables », selon un édito du Telegraph publié le 16 septembre.

Quoi qu’il en soit, après le succès du film, Redford n’a jamais changé de cap. Démocrate convaincu et engagé pour la vérité, il milite au sein même du cinéma en développant le Sundance Film Festival en 1985, au sein duquel il programme notamment des films documentaires, une « meilleure forme de vérité », selon lui.

En 2017, il rédige une tribune inquiète dans le Washington Post, dénonçant les dérives des fausses informations et déclarant : « Un journalisme sérieux et précis défend notre démocratie. » Par la suite, il s’oppose fermement à l’administration de Donald Trump, la jugeant « dictatoriale ».

« Nous pensions que le Watergate était un problème ponctuel de la présidence et puis Donald Trump est arrivé », expliquait Robert Woodward au Washington Post en 2022. Aujourd’hui, Robert Redford n’est plus, et il emporte avec lui les souvenirs d’une époque révolue où le mot « vérité » avait du sens.

Depuis la mort de l’acteur et réalisateur Robert Redford à l’âge de 89 ans, annoncée par son agent le mardi 16 septembre, les hommages pleuvent pour la légende du cinéma américain du XXe siècle qui a incarné notamment le partenaire de Meryl Streep dans Out of Africa (1985) de Sydney Pollack.Mais le grand blond à la mâchoire carrée, coqueluche d’Hollywood dès la fin des années 1960, s’est révélé rapidement bien plus qu’un simple acteur charismatique star. Dès le début de sa carrière, qui décolle rapidement après ses rôles dans Barefoot in the Park (Pieds nus dans le parc) de Gene Saks (1967) ou Butch Cassidy and the Sundance Kid (Butch Kassidy et le Kid) de George Roy Hill (1969), Robert Redford veut s’affranchir des diktats d’Hollywood.Et cette volonté se matérialise dans la production. Il...
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