Le leader spirituel druze de Syrie, le cheikh Hikmat el-Hijri, dans la province syrienne de Soueida, le 26 novembre 2024. Photo AFP
Le principal leader spirituel druze de Syrie, le cheikh Hikmat el-Hijri, se serait rétracté sur un accord d’échange de prisonniers dans la province méridionale syrienne de Soueida, compliquant l’avancée d’une feuille de route syro-américano-jordanienne pour la province, a indiqué jeudi à L’Orient Today une source proche des négociations. L’information a d’abord été rapportée dans la journée par la chaîne libanaise LBCI.
Selon cette source, l’accord d’échange prévoyait la libération de 110 Druzes contre 30 prisonniers détenus par Hikmat el-Hijri. Ce dernier a finalement proposé de ne relâcher que sept prisonniers en échange de tous les détenus druzes. Il n’est pas précisé si les otages détenus par les hommes d’al-Hijri sont des soldats gouvernementaux, des combattants tribaux sunnites ou les deux.
Soueida a été le théâtre en juillet dernier d’affrontements meurtriers entre combattants druzes et Bédouins sunnites, opposés de longue date, des violences aggravées par l’intervention de forces gouvernementales du côté des tribus, ayant fait plus de 1 500 morts. Le mois dernier, Hikmat el-Hijri avait appelé à la création d’une région « séparée » pour cette minorité du Sud syrien. Mardi, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad el-Chaïbani, a annoncé un plan soutenu par les États-Unis et la Jordanie voisine pour pacifier la province, deux mois après les affrontements confessionnels meurtriers.
Lors de sa conférence de presse, M. Chaïbani a précisé que le plan soutenu par Washington prévoyait de « poursuivre les responsables » des attaques contre les civils, « d’indemniser les personnes affectées » et de « lancer un processus de réconciliation interne ». Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, présent lors de l’événement aux côtés de l’émissaire américain Tom Barrack, a affirmé qu’un « mécanisme conjoint syro-jordano-américain » garantirait la mise en œuvre du plan.
Dans le même temps, ce dernier a salué mercredi la figure du leader druze libanais Walid Joumblatt, l’érigeant en « figure d’unité » et soulignant son rôle pour promouvoir le dialogue au sein de la communauté dans un contexte de tensions régionales croissantes. Ancien chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt a régulièrement appelé à l’apaisement et au dialogue entre Druzes du Sud syrien. Il a été le premier responsable politique libanais à se rendre à Damas après la chute du régime Assad le 8 décembre 2024, exprimant son soutien aux nouvelles autorités syriennes.
Damas a également annoncé mardi la création d’un poste de « chef de la sécurité intérieure » pour Soueida, confié au leader druze local Souleiman Abdel-Baqi, tandis que les forces gouvernementales contrôlent la périphérie de la province. Abdel-Baqi dirige un groupe armé local réputé proche des autorités, et s’était opposé au régime déchu de Bachar el-Assad.
Dans ce contexte, Damas et Washington travaillent également à un « accord de sécurité » avec Israël, dans le cadre du plan de pacification de la province de Soueida, selon des sources diplomatiques syriennes. Un responsable gouvernemental syrien a déclaré mardi à l’AFP que l’armée syrienne avait retiré ses armes lourdes du sud du pays. Israël réclame l’établissement d’une zone démilitarisée dans le sud de la Syrie voisine et avait bombardé Damas en juillet, affirmant vouloir protéger la minorité druze de la région.



Pour les souverainistes, l’accord-cadre négocié à Washington mène au retrait israélien et à un État fort