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Nos lecteurs ont la parole

11-Septembre : mémoire et vigilance

Il y a des dates qui ne s’effacent pas. Le 11-Septembre 2001 fait partie de ces fractures de l’histoire qui marquent la chair des peuples. Ce matin-là, le monde a basculé : des avions détournés ont pulvérisé deux tours, mais derrière le béton et le verre réduits en poussière, c’est une civilisation entière qui était visée – celle qui place la liberté au-dessus de la peur, l’égalité au-dessus des dogmes, l’universel au-dessus des frontières.

Pour moi, cet instant n’a jamais été abstrait. Quand j’ai vu les images, je n’ai pas pensé d’abord à l’Amérique lointaine mais à ma propre mémoire, à ce que nous avions déjà traversé en Algérie, bien avant. J’ai revu les places d’Alger où la vie s’était figée sous les balles, les bibliothèques incendiées, les visages masqués qui prétendaient parler au nom de Dieu pour mieux museler l’humanité. Le 11-Septembre 2001 n’était pas une surprise pour ceux qui avaient connu la furie islamiste dans les années 90. C’était une répétition à grande échelle, une exportation de notre tragédie vers d’autres continents.

Et pourtant, vingt-quatre ans plus tard, l’oubli menace. La routine a pris le pas sur la vigilance. On édulcore les mots, on maquille le fanatisme sous des couleurs respectables, on parle de différences culturelles quand il s’agit d’une entreprise de domination. On craint de nommer. On préfère se taire, ou pire : trouver des accommodements.

Je le sais d’expérience : chaque silence est une défaite. Chaque compromis est une brèche. Le fanatisme ne négocie pas, il avance. Il grignote les consciences comme il grignote les territoires. Et ce qu’il vise n’a rien de relatif : il vise la liberté des femmes, le droit de penser, le droit de croire ou de ne pas croire, le droit de rire, d’écrire, de blasphémer, d’aimer.

C’est pourquoi je continue de dire, inlassablement, que la laïcité n’est pas un luxe français mais une nécessité universelle. Elle n’est pas l’ennemie de la foi, mais la condition de toutes les fois. Elle n’est pas une idéologie, mais une ligne de vie qui protège l’espace commun de l’emprise des religions quand elles se font pouvoir.

Se souvenir du 11-Septembre, ce n’est pas commémorer pour commémorer. C’est refuser que la poussière retombe sur les décombres de la mémoire. C’est rappeler à chacun que notre liberté ne survit que si nous la défendons, jour après jour, mot après mot.

J’écris ces lignes comme un homme qui a dû quitter sa terre pour rester debout, comme un écrivain qui croit aux mots non pas comme à des ornements mais comme à des armes pacifiques. Et comme un citoyen qui sait que la République n’existe que par le courage de ceux qui la portent.

Le 11-Septembre reste une blessure, mais il doit surtout rester une veilleuse. Non pas pour cultiver la peur, mais pour préserver la lucidité. Car c’est toujours quand nous nous endormons que les ténèbres avancent.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il y a des dates qui ne s’effacent pas. Le 11-Septembre 2001 fait partie de ces fractures de l’histoire qui marquent la chair des peuples. Ce matin-là, le monde a basculé : des avions détournés ont pulvérisé deux tours, mais derrière le béton et le verre réduits en poussière, c’est une civilisation entière qui était visée – celle qui place la liberté au-dessus de la peur, l’égalité au-dessus des dogmes, l’universel au-dessus des frontières.Pour moi, cet instant n’a jamais été abstrait. Quand j’ai vu les images, je n’ai pas pensé d’abord à l’Amérique lointaine mais à ma propre mémoire, à ce que nous avions déjà traversé en Algérie, bien avant. J’ai revu les places d’Alger où la vie s’était figée sous les balles, les bibliothèques incendiées, les visages masqués qui...
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