Photo X / @DRSamirGeagea
Le chef du parti des Forces libanaises, Samir Geagea, a affirmé dimanche soir, à l'issue de la messe annuelle en mémoire des « martyrs » de sa formation, que « personne ne veut » d'une guerre civile au Liban, estimant que si le Hezbollah, qui agite cette menace, en cas de désarmement, finit par la lancer, elle sera « dévastatrice ». M. Geagea a toutefois tendu la main à la communauté chiite.
Devant un parterre de personnalités politiques proches du camp dit « souverainiste », parmi lesquelles le député Nadim Gemayel, du parti Kataeb et d'autres de ses collègues, et de nombreux dignitaires religieux, M. Geagea s'est félicité que ces derniers mois, « les rêves de cinquante ans se sont réalisés d'un seul coup ». Il faisait notamment référence à la chute du régime des Assad en Syrie, le 8 décembre 2024, et à l'affaiblissement subi par le Hezbollah suite à la guerre de 13 mois avec l'armée israélienne, qui a mené à la décision du gouvernement libanais, officialisée début août, de récupérer le monopole des armes aux mains de l'État et donc de désarmer les milices, en tête desquelles le Hezbollah.
Il a toutefois regretté qu'avant d'arriver à cette situation, « trente-cinq années ont été perdues, trente-cinq ans de rêves brisés et d’occasions ratées ; trente-cinq ans qui ont laissé dans le cœur de presque chaque Libanais et Libanaise une histoire douloureuse et poignante d’une patrie espérée qui n’a pas existé, d’une loi qui n’a pas été appliquée », soit 35 ans depuis la fin de la guerre civile libanaise.
Le Hezbollah « a violé le cessez-le-feu en premier »
Face à ce constat, il a déclaré qu'à partir d'aujourd'hui, les FL n'accepteront plus désormais « que les prises de décision ne soient pas libanaises à cent pour cent et nous refusons toute décision, quelle qu’elle soit, grande ou petite, en dehors du cadre des institutions constitutionnelles : la présidence de la République, le Parlement et le Conseil des ministres ». En 2013, comme en 2023, le Hezbollah avait décidé unilatéralement de s'impliquer dans des guerres étrangères, d'abord en Syrie aux côtés de Bachar el-Assad, puis en ouvrant un front de soutien à Gaza, à la frontière sud du Liban.
S'adressant alors au Hezbollah et à ses alliés, M. Geagea a estimé qu'ils ont « perdu une guerre qui a révélé » leurs faiblesses et de « larges infiltrations » au sein du parti, tout en déplorant leur refus « d’admettre la défaite » et leur volonté continue de « défier l’État », en l’accusant de faiblesse. « Certes, Israël n’a pas respecté l’accord, mais vous avez été les premiers à le violer. Car l’accord ne se limitait pas à un simple cessez-le-feu : il stipulait également le démantèlement de toutes les structures militaires illégales au Liban, le dépôt de leurs armes auprès de l’armée libanaise et la disparition de toutes les forces armées illégales », a-t-il rappelé. « Vous vous cachez derrière les Israéliens et eux se cachent derrière vous, tandis que le peuple libanais se retrouve piégé entre les deux », a encore fustigé le chef des FL, avant de marteler que réclamer le désarmement est « la seule demande nationale par excellence », parce qu'elle permet de construire un « État effectif ».
« Tant que le Liban existera... »
« Vous persistez à foncer vers le pire, en menaçant de guerre civile, de ruines et de catastrophes si le gouvernement » applique sa décision de récupérer le monopole des armes, mais « vous vous trompez lourdement si vous croyez que vous pouvez nous intimider par les menaces, la terreur et les promesses apocalyptiques », a poursuivi M. Geagea. Il a alors lancé « Pas de nouveau 7-Mai, pas de siège du Sérail, pas de guerre civile – personne n’en veut. Si vous la déclenchez seuls, faites-le donc ! Mais sachez que votre problème n’est pas avec une confession, ni un parti, ni une formation, mais avec l’État, son gouvernement, son armée, ses institutions, ses soutiens, et avec une écrasante majorité du peuple libanais. » Et d'insister : « Si vous fuyez la confrontation avec Israël pour plonger dans une guerre intérieure, vous commettez une faute et un crime impardonnables aux conséquences désastreuses » et toute guerre intérieure « sera perdue et dévastatrice ».
Le chef des FL a, dans ce cadre, tendu la main à la communauté chiite. « La majorité des Libanais ne permettront pas que vous subissiez ce que nous avons enduré durant la période de tutelle (syrienne), après avoir remis nos armes », a-t-il indiqué. Une référence à la mise à l'écart des chrétiens et de leurs partis politiques pendant les années de l'occupation syrienne du Liban (1990-2005). « Les temps ont changé, les circonstances sont différentes : il n’y a plus de Ghazi Kanaan, ni de Rustom Ghazalé, ni d’autorité de tutelle oppressive au service du régime Assad et de ses concepts. Il y a aujourd’hui une autorité nationale issue d’un Parlement véritablement représentatif, dont nous avons tous contribué à élire les membres, vous comme nous, sous les yeux d’un gouvernement dans lequel vous étiez majoritaires », a-t-il ajouté. Et d'insister : « Ce qui est sûr, c'est que les chiites ne sont pas nés avec le Hezbollah et ne disparaitront pas avec lui. Tant que le Liban existera, les chiites y existeront aussi !»
« Le temps est venu pour le Hezbollah de sortir de ses illusions et de permettre à sa base et aux chiites de vivre comme le reste des Libanais », a plaidé le chef des FL, qui a tendu la main à cette communauté pour « mener ensemble un projet de sauvetage et de réforme ».
La Syrie et les élections législatives
Concernant le nouveau régime syrien et ses relations avec le Liban, Samir Geagea a appelé à « tourner la page du conflit historique qui a transformé la relation entre les deux pays en source permanente d’inquiétude et de méfiance (...). Il n’y a plus de place pour la tutelle ou l’ingérence. Ce qu’il faut, c’est établir une relation nouvelle, de pays à pays, basée sur l’égalité et le respect mutuel, loin de toute ingérence dans les affaires intérieures ».
Sur le plan des élections législatives qui doivent normalement avoir lieu au printemps prochain, il a rejeté toute « prorogation éventuelle, sous quelque prétexte que ce soit » et s'est déclaré en faveur du vote des expatriés pour les 128 députés et non des parlementaires réservés aux Libanais de l'étranger.




Hakim, votre position est désespérante. Elle rappelle celles de George Edwan avant la thawra où il trouvait toutes les bonnes raisons pour soutenir les gouvernements en porte à faux de la doctrine des kouwet.
13 h 40, le 08 septembre 2025