Des combattants du Hezbollah lors d'une parade militaire au Liban-Sud, le 21 mai 2023. Photo d'illustration Jad Abou Jaoudé/L'Orient-Le Jour
« Retour à la sagesse », « préservation de la paix civile » : les milieux du tandem Amal-Hezbollah ont accueilli avec prudence la décision du gouvernement, vendredi, de mettre en place le plan de l'armée libanaise pour démanteler les arsenaux des milices, dont ceux du parti chiite, sans toutefois fixer de calendrier précis. Une revendication à laquelle tient le Hezbollah qui refuse de remettre ses armes tant qu'Israël continue de violer le cessez-le-feu au Liban. De l'autre côté de l'échiquier politique, le compromis trouvé par le cabinet de Nawaf Salam a également été bien accueilli.
Commentant la décision gouvernementale, le vice-président du conseil politique du Hezbollah, Mahmoud Comati, a affirmé à l'agence Reuters que le parti chiite y voyait « une occasion de revenir à la sagesse et à la raison, évitant ainsi au pays de sombrer dans l’inconnu ». Il a aussi souligné que la formation pro-iranienne avait tiré des conclusions basées sur la déclaration du gouvernement après sa séance de vendredi, selon laquelle la mise en œuvre de la feuille de route américaine de Tom Barrack pour désarmer le Hezbollah restait conditionnée à l’engagement d’Israël de respecter le cessez-le-feu. Il a ajouté que, sans arrêt des frappes israéliennes et retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, l’application du plan par Beyrouth devait rester «suspendue jusqu’à nouvel ordre».
En août dernier, le gouvernement avait chargé l’armée d’élaborer un plan pour instaurer un monopole étatique sur les armes et avait approuvé les objectifs de la feuille de route américaine visant à désarmer le parti chiite en échange d’un arrêt des opérations militaires israéliennes au Liban. Mahmoud Komati a déclaré à Reuters que le Hezbollah « rejetait catégoriquement » ces deux décisions et s’attendait que le gouvernement élabore une stratégie nationale de défense.
Le Hezbollah « ne cédera jamais ses armes »
Le député du Hezbollah, Hassan Ezzeddine, a qualifié d’« imprudente, erronée et dangereuse » la décision du gouvernement, lors d'une prise de parole à Aïtit (Tyr). Selon lui, l’accent mis sur «le désarmement de la résistance reflète des priorités mal placées», et le Hezbollah « ne cédera jamais ses armes, quelles que soient les circonstances ». L'élu a également salué le retrait des ministres chiites de la séance du cabinet, le décrivant comme « une position unifiée et de principe », et félicité le ministre Makki d’avoir agité le spectre de sa démission.
Le Conseil des ministres a affirmé vendredi avoir « bien accueilli » le plan mis en place par l’armée pour démanteler les arsenaux des milices, à commencer par le Hezbollah. Il a préféré recourir à un compromis bien mesuré, usant de sémantique pour éviter d’adopter formellement le plan de la troupe, histoire de ne pas froisser complètement le tandem chiite, dont les quatre ministres se sont retirés de la séance. Le cinquième ministre chiite du cabinet, Fadi Makki, considéré comme indépendant du tandem, s'est également retiré, et appelé à « communiquer plus avec la communauté chiite », agitant le spectre d’une démission.
« Préserver la paix civile »
De son côté, le président du Parlement Nabih Berry a indiqué au quotidien panarabe Asharq al-Awsat que « les choses sont positives ». « Je pense que les vents toxiques ont commencé à se replier », a-t-il ajouté, estimant que « ce qui s’est passé concernant le plan militaire de l’armée préserve la paix civile ».
« Nous sommes ouverts à tout dialogue national calme aboutissant à l’élaboration d’une stratégie de sécurité nationale qui protège le Liban, libère son territoire et préserve ses frontières », a indiqué le député du groupe Nasser Jaber.
Le Premier ministre Nawaf Salam a une nouvelle fois déclaré qu’il n’y aura pas de retour en arrière sur la question de l’exclusivité des armes aux mains de l'État, assurant que le gouvernement poursuit le processus d’extension de l’autorité de l’État par ses propres moyens, conformément aux décisions de la séance du 5 août qui a acté le désarmement du Hezbollah. Ces mesures « ne sont liées à aucune autre condition ; elles constituent la mise en œuvre de ce qui est stipulé dans l’accord de Taëf, dans le discours d’investiture du président de la République, ainsi que dans la déclaration ministérielle du gouvernement », a-t-il assuré à Asharq al-Awsat. Il a ajouté que « le plan de l’émissaire américain Tom Barrack, qui a été modifié par le Liban en accord avec les Américains et dont les objectifs ont été approuvés par le gouvernement, nécessite une application réciproque des deux parties, ce qu’Israël n’a pas encore respecté ».
Le ministre du Développement administratif Fadi Makki a affirmé, dans une déclaration à la chaîne al-Jadeed, que « toutes les parties ont accueilli favorablement et approuvé le plan de l’armée ». Il a également souligné qu’il ne se range aux côtés d’aucune partie et ne reçoit d’ordre de personne.
De son côté, le ministre des Déplacés Kamal Shehadi a indiqué que « le gouvernement suivra la mise en œuvre du plan à travers des rapports mensuels », estimant que cela « représente une étape stratégique importante qui n’a pas eu lieu au Liban depuis des décennies ». M. Shehadi a aussi indiqué à la chaîne al-Hadath que « l’approbation du plan sur le monopole des armes a été faite conformément à la décision du 5 août et aucun dialogue sur la stratégie de défense n’a eu lieu avec une partie extérieure au gouvernement ». « Il n’y aura ni négociation ni retour en arrière sur la décision du monopole des armes, et des résultats de cette opération seront visibles dans les semaines à venir », a-t-il ajouté.
« Confiance totale en l’armée »
Le ministre de la Justice, Adel Nassar, a lui aussi salué samedi sur X le compromis trouvé par le gouvernement. « Le commandant de l’armée a présenté le plan visant à poursuivre le processus du monopole des armes aux mains de l’État, une étape que nous apprécions hautement », a-t-il souligné. Il a aussi indiqué que « l’armée soumettra au gouvernement des rapports mensuels sur la mise en œuvre de son plan », notant que « le processus de construction de l’État s’accélère, et notre confiance en l’armée nationale est totale ». « Il n’y a pas de retour en arrière ; toute entrave à l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire constitue une menace pour le Liban et pour les Libanais », a-t-il poursuivi.
Le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste), Gebran Bassil, a affiché son soutien au gouvernement, soulignant toutefois la nécessité de mettre en œuvre « une politique nationale sage pour protéger le Liban et préserver sa souveraineté ». « Il n’existe pas de solution en dehors de l’élaboration d’une stratégie de défense ou d’une stratégie de sécurité nationale. En fin de compte, il appartient au gouvernement d’établir une telle politique, comme il s’y est engagé dans sa déclaration ministérielle, et d’en assumer la responsabilité et la mise en œuvre », a-t-il plaidé.
Le chef des Kataëb Samy Gemayel a souligné à la chaîne al-Arabiya que cette même décision « représente une étape sérieuse vers la restauration par l’État de sa décision souveraine ». « 90 % des Libanais sont en faveur du monopole des armes aux mains de l’État, y compris le président Nabih Berry, tandis que le Hezbollah ne représente que 10 % du Parlement et se tient seul contre cette décision », a-t-il noté.
Pour sa part, le député des Forces libanaises Antoine Habchi a estimé que « l’exclusivité des armes n’est plus entre les mains du Hezbollah ou d’Amal, mais entre celles de l’autorité politique de l’État ».
Le mufti de la République Abdellatif Deriane a lui aussi appuyé la décision du gouvernement. Au cours d'une cérémonie organisée en son honneur par le député Fayçal Karamé, il a lancé un appel « au dialogue et à la concertation ».
Le plan de l'armée ne comporte aucun calendrier précis et s’articule autour de cinq étapes visant à limiter les armes aux seules mains de l’État. Il laisse le soin à la troupe de fixer les modalités de son déploiement dans les différentes régions.




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13 h 55, le 07 septembre 2025