Le musicien et compositeur libanais Daniel Alhaiby. Photo fournie par l'artiste
À sept ans, Daniel Alhaiby rêvait de souffler dans un saxophone. Mais ce jour-là, dans l'école de musique LeBAM, la seule place libre se trouvait dans la classe de flûte. Un hasard, presque une frustration d’enfant, qui allait pourtant tracer la voie d’une vocation. De ce rendez-vous manqué est née une histoire d’amour avec la flûte traversière, devenue son double, son prolongement naturel. Depuis, chaque note jouée par le jeune musicien libanais porte la trace de ce premier pas imprévu, transformé en destin.
Son nom n’est peut-être pas encore familier, mais il ne devrait pas tarder à l’être. Daniel Alhaiby est le plus jeune compositeur libanais à avoir été invité au Festival de Cannes – et pas une seule fois, puisqu’il y est retourné à deux reprises sous l’égide de Cynthia Sarkis Perros, qui l’accompagne depuis cinq ans. Productrice internationale et manager d’artistes de renom, elle s’est imposée sur la scène mondiale grâce à ses collaborations avec les plus grandes légendes hollywoodiennes et des chanteurs internationaux. Aujourd’hui, elle présente au public son nouveau prodige, le 10 septembre au Casino du Liban, dans un concert où Daniel proposera en première partie un répertoire de succès mondiaux revisités, puis une création fusionnant musiques du monde et compositions personnelles.
Des premiers pas au Festival de Cannes
C’est avec une flûte à bec qu’il a fait ses premières gammes, bientôt remplacée par la flûte traversière, un instrument auquel il voue depuis une passion totale. Ses premières expériences au sein du LeBAM lui font découvrir adolescent la force du collectif et la discipline du jeu. Très vite, la flûte s’impose comme son territoire intime. « Une histoire d’amour… J’ai appris à la connaître, à la comprendre davantage », confie-t-il, ajoutant que l’instrument permet de jouer toutes les partitions des émotions.
Ensuite, tout s’enchaîne : conservatoire puis exil à Paris, où il se forme dans de grandes institutions et se distingue parmi des milliers de musiciens. La France lui permet d’affiner sa vision personnelle dans tous les registres de sa vie.
Très jeune encore, il croise au Festival de Cannes le grand pianiste Lang Lang qui lui avoue, après avoir eu la chair de poule, que le souffle de son morceau Amal est d’une beauté singulière et sort des sentiers battus. Quelques mots qui donnent au jeune artiste l’élan indispensable à ses débuts. Un élan nourri aussi par des modèles proches : Ibrahim Maalouf, dont il admire le parcours, vient du même village que lui. « Si d’autres en sont capables, pourquoi pas moi ? » se dit alors Daniel.

Un son qui dépasse les frontières
Daniel Alhaiby qualifie sa musique de « différente », par sa manière d’introduire la flûte traversière et d’en exploiter toutes les ressources. De son instrument s’échappe une voix singulière, reconnaissable entre toutes : à la croisée des traditions et de l’audace contemporaine, elle mêle la rigueur classique aux pulsations du jazz, du rock et aux accents orientaux.
C’est cette nouvelle dimension qu’il mettra en avant pour son premier grand concert au Liban, The Artist. Un projet qui porte bien son nom : une déclaration d’identité. « J’ai toujours voulu parler du Liban à travers ma musique », affirme-t-il.
Entouré d’un groupe de neuf musiciens – piano, batterie, percussions, guitare électrique, basse et quatuor à cordes – et d’une équipe fidèle menée par Sarkis Perros, son programme pluriel promet de célébrer une créativité affranchie, où les racines orientales se fondent dans les traditions de la flûte traversière. Spécialiste de musique baroque, Daniel Alhaiby revendique l’influence de Bach, « le maître absolu », dont on devine l’empreinte dans son écriture et ses couleurs musicales. Il confie aussi son admiration pour Andrea Bocelli.
Un concert en résonance avec ses racines
Dans un pays où chaque concert résonne comme une affirmation de vie et de résilience, la venue de Daniel Alhaiby prend une résonance particulière. « Mes émotions sont partout. Je n’ai jamais quitté le pays de manière définitive. Depuis mon départ, je caresse l’idée d’y revenir pour redonner au Liban une partie du bagage que j’ai construit et dont il a rudement besoin. On peut tous baisser les bras alors que le bateau coule et il coulera encore plus profondément, mais il faut réagir. Ma mission est artistique : c’est mon arme. »
Être entouré de sa famille, de ses amis, de ses racines est plus important que de jouer devant les publics les plus prestigieux du monde. Le jeune musicien revendique une démarche volontaire : « La motivation vient un jour sur sept, les six autres, il faut s’imposer une discipline rigoureuse. Mon moteur à moi, c’est le bon Dieu. »
Parallèlement, Daniel Alhaiby travaille comme compositeur de musiques de film. Il prépare actuellement deux bandes originales de productions hollywoodiennes dont il tait pour l’instant les titres. Mais avant cela, il livrera sur la scène du Casino du Liban – avant une tournée internationale – une performance qui raconte une histoire : la sienne.

