Il y a le Liban d’aujourd’hui, que tout le monde connaît et qui dure depuis le temps de sa création, et il y a le Liban de demain.
Le président Émile Eddé en 1933 avait défini le Liban comme suit : « Le Liban est un amalgame de religions, nous vous demandons à vous Français ce que nous pouvons faire pour unir tous ces peuples qui composent le Liban, et les unir en une seule nation, sinon nous sommes appelés chaque 25 ans à subir une guerre entre les communautés », et depuis 1933 ces déclarations prémonitoires ce sont avérées correctes.
En effet : 1958, 1975, 2000, 2025 ; à chacune de ces échéances a éclaté au Liban un conflit dont le dernier, heureusement jusqu’à ce jour, n’est encore qu’une guerre verbale entre tous les représentants de chaque communauté.
Oui, au Liban il n’existe pas de citoyen libanais, nous sommes des citoyens de religion dans la mesure où l’on pourrait donner à la religion le sens de citoyenneté.
En effet, au Liban nous sommes représentés à la Chambre des députés non pas par des partis politiques, mais par des partis religieux qui défendent les intérêts, les droits, les devoirs de leurs coreligionnaires en premier… puis des autres Libanais.
Qu’il soit phalangiste, courant du Futur, Amal ou Hezbollah, Forces libanaises ou Tachnak… chaque représentant de parti est le porte-parole de sa religion et de ses coreligionnaires et tant qu’il en sera ainsi nous souffrirons de n’avoir pas au Liban de citoyen libanais. Un pays sans citoyen est un pays qui va à vau-l’eau.
Pour répondre à la question du président Eddé en 1933, adressée à l’occupant français, il n’y aurait, d’après nous, qu’une seule solution à l’imbroglio libanais. Une solution idéaliste, mais réaliste.
La Chambre des députés devrait émettre une loi établissant un programme qui s’étalerait sur une ou deux générations ou plus mentionnant un enseignement d’éducation nationale à appliquer à toutes les futures générations (c’est la raison des 25 années évoquées par le président Eddé) pour comprendre et reconnaître le respect de l’autre, de ses traditions, fêtes, moments historiques… Pour être plus explicatif, apprendre ce que veut dire Noël, Adha, Pâques, ramadan, La Mecque et le Vatican… tout au long d’une année scolaire. Dans toutes les écoles du Liban, il serait obligatoire de donner un cours d’une heure par mois pour expliquer le sens du vivre-ensemble.
Cette éducation commence par la cellule familiale sous la responsabilité des parents qui doivent inculquer à leurs enfants que « nous vivons comme ont vécu nos ancêtres, en suivant les enseignements de nos religions, par tradition ». C’est la citation d’un célèbre poète arabe, d’où comprendre qu’il y a un enseignement religieux propre à chaque communauté qu’il faut dissocier de la vie politique.
Au Liban cohabitent 18 communautés, divisées en deux groupes : l’un représenté pour chaque communauté par son élite instruite et éduquée, et l’autre une masse importante de gens dotés d’une éducation toute primaire qui suivent les déclarations de leurs leaders aveuglément, sans aucune conviction, à part celle qu’ils entendent dans les discours de leurs dirigeants.
En effet, il faudrait préparer une nouvelle génération, en étalant cette éducation sur les mois de l’année scolaire, durant dix ans ; aussi interdire la politique à l’intérieur des campus universitaires (comment avoir un citoyen libanais alors qu’à l’orée de sa jeunesse, et dès l’instant où il intègre son université, la première des initiatives est de lui faire savoir qu’il appartient à tel ou tel parti politique – « Le ver est dans le fruit »).
Comme disait un représentant politique français, « tout passe par l’école ». Enseigner dans toutes les écoles, toutes religions confondues, le sens du respect de l’autre, ses contraintes, ses joies et ses peines est tout un art, à inculquer à notre jeunesse. Le Hezbollah l’a bien compris et déjà, dans toutes les écoles qui sont sous sa gouverne, les élèves depuis l’âge de l’adolescence apprennent ce qu’on appelle « wilayat al-fakih », soit tout le contraire de leur appartenance à cette mosaïque de religions que représentent la majorité des autres communautés, au Liban.
Ici l’on pourrait quand même noter que l’armée libanaise, à force de rappels, compte tenu de ses éléments, officiers et soldats, pourrait se targuer de former des citoyens libanais.
Sinon, nous demeurerons ce que nous sommes, soumis aux aléas de nos vies quotidiennes, avec toutes les vicissitudes engendrées pour le « non-vivre-ensemble », alors que le « vivre-ensemble » est à la portée de tous, dans un programme bien étudié et étalé sur plusieurs années.
La France a mis 116 ans pour réussir, par la loi de 1905, à séparer l’Église de l’État (1789-1905). Espérons que nous n’aurons pas besoin de tout ce temps pour en arriver là.
Nous avons un ministère de l’Éducation nationale, et c’est là où le bât blesse. Aucune initiative de programme scolaire n’enseigne aux générations à vivre le sens de leur appartenance à cet État hétéroclite, pour accepter l’autre, sans haine et conflit. Que vient faire le titre de « ministère de l’Éducation nationale » au Liban pour éduquer toutes les générations libanaises, alors que son rôle essentiel et révolutionnaire, toutes religions confondues, devrait être l’enseignement du respect à l’égard de l’autre.
Par ailleurs, aucun parti politique n’a songé et présenté un programme d’éducation « citoyenne », qui engendrerait un citoyen libanais. Certes pour ce faire, l’on a besoin avant tout d’un homme politique qui imposerait l’application de cette loi.
C’est alors là que l’on retrouvera au Liban le sens du bien-vivre-ensemble, accompagné d’une paix sereine et permanente.
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