Sur les lieux du festival Nova, où 270 participants ont été tués par des membres du Hamas, le 7 octobre 2023, près du kibboutz de Beeri, en Israël, le 23 octobre 2023. Photo d'archives AFP/Aris Messinis
Le commandant de la brigade nord de la division de Gaza de l'armée israélienne, le lieutenant-colonel Haim Cohen, arrivé au festival Nova le samedi 7 octobre 2023 à 5h30 du matin, soit une heure avant le début de l'opération Déluge d'al-Aqsa du Hamas, a choisi de ne pas renforcer la sécurité, malgré l’intensification des alertes sur une attaque à venir du mouvement islamiste palestinien. C'est ce que révèle mardi le Haaretz, se basant sur une enquête interne de l'armée israélienne. Le haut gradé avait reçu au préalable des avertissements des services de renseignements israéliens, mais la teneur exacte de ces informations est « encore inconnue », précise le journal, classé à gauche. C'est l'officier Cohen qui avait approuvé, le 3 octobre, les plans de sécurité pour le festival, alors placé sous l'autorité de sa brigade.
« Des signes alarmants d’une activité inhabituelle du Hamas »
Tout au long de la nuit du 6 au 7 octobre 2023, le service de sécurité intérieure israélien, le renseignement militaire et le haut commandement de l'armée israélienne ont « relevé des signes alarmants d’une activité inhabituelle du Hamas », rappelle le Haaretz, qui précise que « la totalité de ces informations n'a pas été transmise à la chaîne de commandement jusqu'à Cohen ». L'officier quitte malgré tout son domicile à Tibériade, dans le nord d'Israël, à 3h13 du matin, « pour des raisons non élucidées » par les enquêteurs, selon le quotidien, afin de se rendre sur la base de sa division dans le sud d'Israël.
« En conduisant de chez moi vers la base, il m’est venu à l’esprit que je pouvais me tromper dans mon appréciation de la situation (...). J’ai informé les forces (israéliennes, NDLR) que l’ennemi agissait de façon suspecte et qu’à la lumière de cela, nous devions effectuer des changements le matin pour adapter notre déploiement », avait-il expliqué, dans des propos tenus en avril dernier et rapportés par le le Haaretz.
L'enquête révèle en outre que l'officier Cohen a été en contact avant son départ avec le commandant de la division, le général de brigade Avi Rosenfeld, qui l'a rassuré en lui disant qu’il n’y avait « pas de pression » pour arriver rapidement, l'enjoignant à « condui(re) prudemment ». « On ignore si cette remarque traduisait une certaine complaisance de sa part ou si toutes les informations disponibles à ce moment-là n’avaient pas été transmises à la division », commente le Haaretz.
En chemin vers sa base, l'officier s'arrête sur les lieux du festival, après deux heures de route. Bien qu'ayant constaté à l'aube que seuls quelques policiers, une cinquantaine selon l'enquête de l'armée israélienne, assuraient la sécurité des plus de 4 000 festivaliers, Haim Cohen a déclaré plus tard aux enquêteurs militaires qu’il ne disposait « d’aucune information l’incitant à agir différemment ou à ordonner la dispersion du festival », selon le journal israélien. Il a expliqué aux enquêteurs que la présence policière supplémentaire qu'il a alors aperçu sur place, soit une unité antiterroriste et un autre véhicule de police positionné sur la route 232, à la lisière avec la bande de Gaza, l’avait « rassuré sur la sécurité de l’événement ». L'enquête établit toutefois que la plupart des forces militaires du secteur ignoraient l’existence du festival. Elle conclut que Haim Cohen avait commis une « erreur d’appréciation » en ne déployant pas de force militaire sur le complexe du festival, compte tenu « de l’ampleur de la foule, du moment choisi et de la sensibilité du lieu ».
Le lieutenant-colonel Cohen a été démis de ses fonctions en décembre 2024.
Les militants du Hamas, qui ont débuté leur attaque à 6h30 du matin, ont tué au moins 370 festivaliers, et 44 autres ont été pris en otage, selon des données officielles israéliennes. L'opération Déluge d'al-Aqsa a tué au total 1 219 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles. La campagne de représailles israéliennes a fait au moins 63 557 morts à Gaza, en majorité des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.


