Deux soldats libanais déployés dans le village de Houla, au Liban-Sud, quelques heures après le retrait de l'armée israélienne, le 18 février 2025. Photo Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour
Quatre points concernant des sujets qualifiés « d'urgents » par la présidence du Conseil des ministres ont été ajoutés à l'ordre du jour de la réunion gouvernementale prévue vendredi, et qui doit normalement se concentrer sur le plan qu'a préparé l'armée pour permettre à l'État de récupérer le monopole des armes, et donc désarmer le Hezbollah. Cette réunion interviendra sur fond de tractations politiques visant à apaiser les tensions, alors que le parti chiite continue de refuser de remettre son arsenal. L'ajout de ces quatre points à l'ordre du jour semble ainsi être une mesure symbolique, à l'heure où le tandem Amal-Hezbollah affirme qu'il « va faire comme si la décision du gouvernement (sur le désarmement) n'existe pas » et ne peut donc pas assister à une réunion gouvernementale uniquement pour en débattre.
L'armée avait été chargée le 5 août de présenter ce plan, alors que le Liban se remet d'une guerre dévastatrice de 13 mois contre Israël, et que le cessez-le-feu en vigueur depuis novembre est quotidiennement violé par l'État hébreu. Le président de la Chambre, Nabih Berry, allié du Hezbollah, a prôné dimanche un dialogue sur une « stratégie de défense », expression utilisée par son camp pour évoquer la question des armes de la milice.
Dans un document adressé aux ministres, la présidence du Conseil a rappelé que l'ajout de ces quatre sujets à l'ordre du jour a été décidé « alors que le Conseil des ministres ne s'est pas réuni depuis plus de deux semaines ». Le premier de ces points est l'arrêt de l'exportation de produits chimiques depuis les installations pétrolières de Tripoli et de Zahrani, « après qu’il est apparu que l’attestation délivrée par les autorités environnementales en Afrique du Sud, autorisant la réception et le traitement de ces produits, était falsifiée. » Le ministère des Finances doit également présenter le versement des allocations financières aux militaires pour le mois d'août, effectué lundi, tandis que le cabinet devra étudier un « accord à l'amiable » entre le ministère de l'Energie et la Kuwait Petroleum Corporation for Trading. Enfin, le ministère des Finances présentera un projet de décret visant à ratifier l’accord de prêt octroyé par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (un organe de la Banque mondiale) pour « l’évaluation du projet d’énergie renouvelable et le renforcement du système énergétique au Liban, d’un montant de 250 millions de dollars américains. » L'ajout de quatre points à l'ordre du jour du Conseil des ministres semble surtout être une mesure symbolique, à l'heure où le tandem Amal-Hezbollah affirme qu'il « va faire comme si la décision du gouvernement (sur le désarmement) n'existe pas » et ne peut donc pas assister à une réunion gouvernementale uniquement pour en débattre.
« Des questions encore en suspens », selon un ministre du Hezbollah
Clairement, l'ajout de ces différents points à l'ordre du jour est le résultat d'un accord trouvé entre le cabinet et le tandem chiite afin de justifier la présence des ministres des deux formations à la réunion. Une solution qui aurait été trouvée alors que le vice-président du Parlement, Élias Bou Saab, a effectué des allers-retours ces derniers jours auprès des protagonistes, probablement à l'initiative de M. Berry. Il avait ainsi été reçu lundi à Aïn el-Tiné, puis mardi à Baabda et au Grand Sérail. Après sa réunion avec le Premier ministre, Nawaf Salam, M. Bou Saab avait souligné que « l’atmosphère semble favorable » pour la séance, qui se déroulerait dans le « calme » et ne créerait pas de « conflits supplémentaires ».Le ministre du Travail, Mohammad Haïdar, relevant de la quote-part du Hezbollah, a pour sa part affirmé mercredi que les ministres du tandem n'ont pas de problème » à participer à la réunion de vendredi et que « leur main est tendue vers tous », mais qu'ils attendent encore des « réponses à certains points soulevés », afin de discuter de la suite « dans les prochaines heures ». Dans un entretien à la radio, M. Haïdar a précisé que des contacts sont en cours « au plus haut niveau, pour obtenir une réponse à certains points encore en suspens », afin que le tandem décide de la marche à suivre. Les choses ne se dirigent pas, selon lui, vers un retrait de la réunion du Conseil, comme l'avaient fait les ministres chiites, y compris Fadi Makki qui relève de la quote-part du Premier ministre, lors de la réunion de début août. « On ne peut pas nous imposer de délais pour la remise des armes. Le dialogue est le seul moyen de régler nos affaires internes, afin d’éviter de transformer la confrontation avec l’ennemi israélien en conflit interne », a-t-il mis en garde.
Alors que le Hezbollah fait monter les enchères depuis la décision prise par le cabinet de mandater l'armée pour établir un plan de désarmement des milices, la chaîne tenue par ce dernier, al-Manar, avait laissé entendre mardi soir dans l'introduction de son journal télévisé que la formation de Naïm Kassem « ne coopérerait plus » avec l'État, « même au sud du Litani » si des délais lui étaient imposés pour le désarmer.
Le Premier ministre a de son côté réitéré, lors d'une réunion avec une délégation d'élus et dignitaires locaux du Akkar (Liban-Nord), « l’importance pour l’État d’imposer son autorité sur tout le territoire et d’appliquer l’Accord de Taëf concernant le monopole des armes ».
L'accord de cessez-le-feu et d'autres textes avant lui comme la résolution 1701 du Conseil de sécurité soulignent que le parti doit remettre ses armes sur tout le territoire et que la zone au sud du Litani, qui démarque la bande frontalière avec Israël sur plusieurs kilomètres de profondeur jusqu'au nord de Tyr, doit être exempt de toute présence armée, à l'exception des forces armées régulières libanaises et de la Force intérimaire de l'ONU (Finul). Depuis le début de la trêve, la troupe a démantelé des centaines de structures militaires appartenant au Hezbollah dans cette zone, en collaboration avec les Casques bleus.




Le but de toutes ces menaces est d’obtenir le plus possible d’avantages politiques qui pourraient leur permettre de continuer leur guerre assassine dans notre pays. Ils savent que s’ils sont obligés de déposer les armes, ils pourraient toujours bloquer notre pays comme ils l’ont toujours fait une fois leurs pions bien installés dans le système. C’est une guerre comme une autre. Le Président devrait avoir une longue vue pour analyser leurs exigences et ne pas tomber dans leur travers. Déjà qu’ils n’ont que quelques ministres actuellement, ils menacent systématiquement de bloquer toute décision
11 h 12, le 04 septembre 2025