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Haro sur les témoins

Salutaire ou hasardeux peut s’avérer tout écart du rituel, toute rupture avec le train-train quotidien. Ou même avec la tradition annuelle, car elle remontait à près d’un demi-siècle, cette routine onusienne consistant à renouveler quasi automatiquement, bon an mal an, le mandat de la force intérimaire stationnée au Liban-Sud. Or c’est pour la toute dernière fois qu’était reconduit jeudi ce dernier, avec obligation pour la Finul d’entamer un retrait progressif dès fin 2026 pour cesser d’exister douze mois plus tard. Et encore, ce sursis n’a-t-il pu être obtenu que grâce aux intenses efforts de la France, l’Amérique de Trump insistant en effet pour en finir au plus vite avec un machin qu’elle juge aussi coûteux qu’inefficace.

Or la Finul n’a jamais été conçue comme une force d’intervention ou d’interposition (elle n’en a jamais eu ni la licence ni les moyens), mais seulement d’observation, de soutien à l’État libanais et d’aide humanitaire à la population locale. C’est bien vrai que, du strict point de vue militaire, elle n’était guère davantage qu’un pansement sur une plaie frontalière demeurée béante. Immenses en revanche sont les services socio-économiques, médicaux et autres qu’elle n’a cessé de rendre aux agglomérations du Liban-Sud en dépit des hostiles campagnes d’endoctrinement et de mobilisation populaires menées par le Hezbollah.

Par-dessus tout, la Finul aura été le témoin constatant et consignant fidèlement toutes les violations des résolutions internationales sur le Liban commises par l’un ou l’autre des belligérants. Pour cette raison d’ailleurs a-t-elle été, des deux côtés, la cible de véhémentes accusations de parti pris et même de meurtrières agressions, parfois préméditées. Quelle meilleure preuve d’impartialité que cette double animosité pourrait-on donc trouver ? Et comment, à ce propos, ne pas songer à ces autres et héroïques soldats-témoins, les journalistes qui, par l’information et l’image, à Gaza comme au Liban-Sud, rendent compte des épouvantables crimes de guerre et qui sont la cible délibérée des bombes et missiles israéliens ? Que valent par ailleurs les mensongers regrets de Netanyahu (comme ceux exprimés après le dernier massacre à Gaza) quand, selon les statistiques de CNN, 88 % des prétendues bavures de l’armée israélienne n’ont donné lieu à aucune enquête et que des 12 % restantes une seule s’est soldée par une condamnation ?

Mais revenons à nos Casques bleus et à la grise perspective de leur retour chez eux. Pourquoi grise ? Parce qu’il appartient en premier lieu aux Libanais d’en tirer le meilleur parti, d’ouvrir une page blanche plutôt que de broyer du noir à la seule idée de leur départ. S’il est clair que la Finul a fait son temps, l’État libanais, en revanche, démontre chaque jour sa détermination à reconquérir ses droits, conforté qu’il est par le soutien massif de l’opinion publique. Encore faut-il cependant que la communauté internationale l’aide, cet État, et pas seulement en faisant pression sur Israël pour qu’il se retire des positions qu’il occupe. Les pays amis seraient bien inspirés d’équiper convenablement l’armé, appelée en effet à se charger du gros œuvre. C’est aussi de fonds qu’a besoin la force légale, des fonds pour nourrir la troupe et pour offrir des soldes décentes, et encore des fonds pour recruter des effectifs.

Maintenant qu’ils ont fait des économies sur la Finul, les riches pays qui financent le budget de l’ONU ne devraient pas trop se faire prier pour desserrer les cordons de la bourse.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Salutaire ou hasardeux peut s’avérer tout écart du rituel, toute rupture avec le train-train quotidien. Ou même avec la tradition annuelle, car elle remontait à près d’un demi-siècle, cette routine onusienne consistant à renouveler quasi automatiquement, bon an mal an, le mandat de la force intérimaire stationnée au Liban-Sud. Or c’est pour la toute dernière fois qu’était reconduit jeudi ce dernier, avec obligation pour la Finul d’entamer un retrait progressif dès fin 2026 pour cesser d’exister douze mois plus tard. Et encore, ce sursis n’a-t-il pu être obtenu que grâce aux intenses efforts de la France, l’Amérique de Trump insistant en effet pour en finir au plus vite avec un machin qu’elle juge aussi coûteux qu’inefficace. Or la Finul n’a jamais été conçue comme une force d’intervention ou...