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Culture - Signature

Zeina Abi Rached et Emmanuel Villin : une rencontre au fil rouge du « tarbouche magique »

Entre nostalgie et fantaisie, l’autrice du « Piano oriental » signe son nouveau conte illustré le 1er septembre à la librairie Antoine de l’ABC Achrafieh, avant une rencontre publique à l’ALBA le 15 septembre.

Zeina Abi Rached et Emmanuel Villin : une rencontre au fil rouge du « tarbouche magique »

Zeina Abi Rached signe le « Tarbouche magique » le lundi 1er septembre à Beyouth. Photo Mathilde Marc

Dans l’intimité d’un jazz-bar à l’ambiance feutrée et aux lumières tamisées, à quelques rues du 38, rue Youssef Semaani, Zeina Abi Rached confie à L’Orient-Le Jour, avec la générosité et la simplicité de sa personnalité solaire, la genèse du Tarbouche magique, aux éditions L’École des loisirs, ainsi que sa rencontre avec Emmanuel Villin.

Bien qu’elle soit aujourd’hui autrice et illustratrice de renom, qu’elle ait signé plusieurs BD à succès, comme Le Piano oriental ou Mourir, partir, revenir : le jeu des hirondelles (en collaboration avec Mathias Énard) et, désormais, avec Emmanuel Villin, Zeina Abi Rached – reconnue chaleureusement par des fans installés à une table voisine – n’a rien perdu de l’enjouement et de la simplicité du regard de l’enfance. Elle demeure, à l’image de Zalfa, l’héroïne du Tarbouche magique, une petite fille aux cheveux frisés qui s’émerveille devant les petites choses du quotidien libanais. À l’instar de la lampe magique d’Aladin, le fameux tarbouche permet de réaliser trois vœux, tirant ainsi la fillette de l’ennui dans lequel elle se morfond chez ses grands-parents installés en France. Ceux-ci conservent, dans leur grenier – écrin poussiéreux de souvenirs – des objets traditionnels du Liban, dont ce fameux couvre-chef devenu magique : un brillant subterfuge mis en place par les aïeux de Zalfa.

Pour mémoire

Zeina Abirached décorée par Amine Maalouf

Un carrefour de rencontres sous le signe du « tarbouche magique »

Toujours fidèle à son style bichrome en noir et blanc, Zeina Abi Rached ne déroge à sa règle que pour parsemer le Tarbouche magique de touches vives de rouge-tarbouche. La sobriété de cette palette, conjuguée aux fioritures des lignes courbes et des arabesques, évoque immanquablement le dessin de Marjane Satrapi, autrice acclamée de Persépolis. La comparaison, souvent relevée par la critique, amuse aujourd’hui Zeina. Elle raconte :

« À mes débuts, la comparaison avec Marjane Satrapi était systématique. Je suis arrivée à Paris avec un avant-projet de ce qui allait devenir Mourir, partir, revenir : le jeu des hirondelles. J’avais publié à compte d’auteur [Beyrouth] Catharsis au Liban et j’étais en quête d’un éditeur parisien. Et, à chaque fois qu’un collègue dessinateur ou un éditeur découvrait mon travail, la première réaction était toujours : « On dirait du Marjane Satrapi ! » Je me suis dit : Ça commence à bien faire, cette histoire ! Qui est-elle donc ? Naturellement, je suis allée découvrir son travail et j’ai été ravie et touchée par la comparaison. »

Cette rencontre artistique, souligne-t-elle, lui a permis de constater que Satrapi et elle avaient puisé aux mêmes sources, notamment celles de David B., figure incontournable de la BD autobiographique, qui reste pour Zeina un maître et une inspiration. Ainsi, les cultures se répondent, les influences se croisent et resurgissent souvent a posteriori, sans préméditation.

Une collaboration née du hasard

C’est aussi une rencontre fortuite qui a donné naissance à la collaboration entre Emmanuel Villin et Zeina Abi Rached. Tout commence dans un Salon du livre en Inde, où Zeina croise Hélène Millot, éditrice de Villin à L’École des loisirs. Quelques mois plus tard, au Salon du livre de Paris, l’éditrice orchestre leur rencontre. Le ferment de cette complicité ? Des souvenirs du Liban, où Villin fut longtemps correspondant de presse, et le désir partagé d’écrire un récit de jeunesse autour du tarbouche et de Zalfa, cette petite frimousse bouclée née de l’imagination de Zeina.

Immigrations, voyages, exils : autant de thèmes fertiles qui irriguent les œuvres de Zeina Abi Rached. Certes, il ne s’agit pas d’un exil politique, mais d’un exil culturel où la distance géographique nourrit la création. Je me souviens Beyrouth illustrait déjà cette mémoire intime, hommage à la fois au quotidien de la guerre et à Georges Perec. Elle y applique une maxime de ce dernier, tirée d’Espèces d’espaces :

« Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précieuses au vide qui se creuse. »

Ne pas laisser tomber dans l’oubli une histoire que l’on n’enseigne pas encore à l’école, transmettre aux enfants l’amour du Liban et de ses origines : telle est aussi l’ambition du Tarbouche magique.

Le parcours littéraire d’Emmanuel Villin se croise ici avec celui de Zeina. Dans Kim Philby et moi (Stock, 2024), il évoquait déjà la question de l’exil et de l’identité à travers l’histoire de sa grand-mère syrienne. À propos du Tarbouche magique, il confie :

« Je pense que ce livre parle, à sa manière, de l’exil, ou, du moins, d’un passé et d’un lieu fantasmé, ce qui est davantage mon cas, moi qui n’ai jamais vraiment été contraint à l’exil (si ce n’est l’exil volontaire et joyeux au Liban dans les années 2000 !). »

Signatures et rencontres

Le lancement du Tarbouche magique aura lieu le lundi 1er septembre à la librairie Antoine de l’ABC Achrafieh. Et pour les amateurs de BD et d’illustration, l’ALBA organise le 15 septembre, à 18h, une rencontre avec Zeina Abi Rached dans l’amphithéâtre Samir J. Abillama.

Dans l’intimité d’un jazz-bar à l’ambiance feutrée et aux lumières tamisées, à quelques rues du 38, rue Youssef Semaani, Zeina Abi Rached confie à L’Orient-Le Jour, avec la générosité et la simplicité de sa personnalité solaire, la genèse du Tarbouche magique, aux éditions L’École des loisirs, ainsi que sa rencontre avec Emmanuel Villin.Bien qu’elle soit aujourd’hui autrice et illustratrice de renom, qu’elle ait signé plusieurs BD à succès, comme Le Piano oriental ou Mourir, partir, revenir : le jeu des hirondelles (en collaboration avec Mathias Énard) et, désormais, avec Emmanuel Villin, Zeina Abi Rached – reconnue chaleureusement par des fans installés à une table voisine – n’a rien perdu de l’enjouement et de la simplicité du regard de l’enfance. Elle demeure, à l’image de Zalfa,...
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