L'émissaire américain Tom Barrack, au palais de Baabda, le 26 août 2025. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Dans son interview à l’influenceur Mario Naoufal, un jour après son départ du Liban, l’émissaire spécial américain Tom Barrack a affirmé jeudi avoir demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de faire preuve de « tolérance et de compréhension, pour que les responsables libanais sachent que vous n’êtes pas impitoyable avec eux ». Il a assuré que ce dernier avait donné son accord. « J’ai été impressionné par sa manière d’être, c’est quelqu’un d’authentique », a-t-il confié.
« Je viens de votre région, j'ai du sang libanais. Je vous demande de faire une chose dont je sais qu’elle vous sera bénéfique, ainsi qu’à tous les Juifs du monde : donnez une chance au Liban », a déclaré l'ambassadeur, dont la famille est originaire de Zahlé, dans la Békaa. « Offrez-lui un souffle de tolérance et de compréhension. Vous ne pouvez pas être brutal avec tout le monde (...) cela finira par se retourner contre vous. Vous aurez besoin d’alliés autour de vous, et le Liban pourrait facilement en être un. Juste abandonnez cette idée - en allusion aux agissement d'Israël - », a poursuivi l'émissaire américain en insistant sur le caractère « personnel » de ses arguments.
Dans l'entretien, dont des extraits avaient déjà été publiés jeudi, Tom Barrack a en outre été interrogé sur sa conférence de presse controversée de mardi, au cours de laquelle il avait admonesté les journalistes, les avertissant que si la situation devenait désordonnée ou « animalière » la délégation partirait, les exhortant à « faire preuve de civilité ». Alors que ses propos avaient provoqué une vive polémique au Liban, l'homme d'affaires a souligné ne pas avoir utilisé le mot « animalier » de manière péjorative. « Je voulais simplement dire que nous pouvons nous calmer, faire preuve de tolérance et de bienveillance ; sachons rester civilisés. Mais ce n’était pas approprié à l’égard de médias qui ne faisaient que leur travail, je le comprends mieux que quiconque », a-t-il expliqué. « Les choses sont complexes et difficiles, et il est très rare qu’ils puissent s’adresser à des personnes qui prennent réellement les décisions, d’où l’illusion que je sois parmi celles-ci. J’aurais dû moi-même être plus généreux de mon temps et plus tolérant », a-t-il ajouté.
Interrogé sur des propos selon lesquels « il n'y a aucune possibilité que les Israéliens veuillent envahir davantage de territoires au Liban ou en Syrie », M. Barrack a précisé : « Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit qu'ils ne veulent pas prendre le contrôle du Liban ou de la Syrie ».
Sur le plan régional, le diplomate a estimé que malgré le fait que « la région n’ait jamais connu la paix depuis 5 000 ans », le président américain Donald Trump est « celui qui y parviendra réellement ». Enfin, interrogé sur le point de savoir s’il pense que le Hezbollah deviendra à terme moins un proxy iranien et davantage un parti politique libanais, Tom Barrack a acquiescé, ajoutant que ce processus avance « par centimètres, par mètres, et non en kilomètres ».
La récente visite à Beyrouth de l'émissaire américain à la tête d’une délégation s’inscrivait dans le cadre du suivi de la feuille de route de Washington sur le désarmement du Hezbollah. Le gouvernement libanais avait mandaté le 5 août l'armée pour préparer avant la fin de l'année un plan en vue de désarmer tous les groupes armés, Hezbollah en tête, après la fin de la dernière guerre contre Israël. Malgré un cessez-le-feu conclu en novembre dernier, Israël continue d’effectuer des frappes aériennes quasi quotidiennes et occupe encore au moins cinq secteurs à l’intérieur du territoire libanais.



Très belle interview de Tom Barrack, à voir absolument. Sinon ne pas commenter
23 h 39, le 29 août 2025