L'émissaire américain Tom Barrack, au palais de Baabda, le 26 août 2025. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
La présidence libanaise a dû jouer les pompiers mardi, après un incident qui a fait grincer des dents dans la salle de presse du palais présidentiel : les propos abrupts de l’émissaire américain Tom Barrack à l’adresse des journalistes.
Au cours de son point de presse, l'émissaire américain a admonesté les journalistes sur place qui le bousculaient de questions. « Restez silencieux un instant. Si la situation devient chaotique et bestiale, nous partirons », a-t-il prévenu, en s'adressant à la presse. « Vous voulez savoir ce qui se passe, soyez civilisés », a-t-il martelé.
Dans un communiqué, Baabda a exprimé « ses regrets après les propos qui ont été tenus involontairement depuis sa tribune par l’un de ses invités ». La présidence a réitéré son « respect absolu pour la dignité de la personne humaine » et exprimé sa « pleine considération pour les journalistes et correspondants de presse accrédités auprès d'elle en particulier ». Elle les a salués pour « leurs efforts et leur dévouement dans l’accomplissement de leur devoir professionnel et national ».
تأسف رئاسة الجمهورية للكلام الذي صدر عفواً عن منبرها من قبل احد ضيوفها اليوم
— Lebanese Presidency (@LBpresidency) August 26, 2025
وهي إذ تشدد على احترامها المطلق لكرامة الشخص الإنساني بشكل عام،
يهمها ان تجدد تقديرها الكامل لجميع الصحفيين والمندوبين الإعلاميين المعتمدين لديها بشكل خاص، وتوجه اليهم كل التحية على جهودهم وتعبهم لأداء…
Le ministre de l’Information Paul Morcos s’est de son côté dit « désolé de la déclaration de l’un des émissaires étrangers à l’encontre des journalistes au palais présidentiel ». « Les journalistes libanais exercent leur métier de manière noble pour transmettre la vérité malgré toutes les difficultés et les défis auxquels ils sont confrontés dans leur profession », a-t-il ajouté.
Menace de boycott
L'ordre des rédacteurs a de son côté réagi vivement. « Une fois de plus, les médias libanais sont soumis à un traitement contraire aux règles de la bienséance et de la diplomatie, a-t-il dénoncé. Que M. Tom Barrack se permette de qualifier le comportement des journalistes présents au palais présidentiel de bestial est totalement inacceptable, voire fortement condamnable. ». Le syndicat appelle l’émissaire américain « à présenter des excuses publiques au corps médiatique. Faute de quoi, il menace d’appeler au boycott de ses visites et rencontres au Liban, afin de rappeler que « la dignité de la presse et des journalistes n’est pas à brader et qu’aucun émissaire, quel que soit son rang, ne peut la bafouer ».
Le Syndicat de la presse a également condamné « une insulte directe à plusieurs journalistes et photographes libanais », qualifiant l’événement de « sans précédent ». Il a rappelé que « s’en prendre au corps médiatique constitue une atteinte à la place de la presse libanaise et à son rôle de contrôle indépendant ». Le syndicat a exigé « des excuses publiques et immédiates ».
Le président de la Commission parlementaire des Télécommunications, le député du Hezbollah Ibrahim Moussaoui, a lui aussi publié un communiqué virulent. Selon lui, l’émissaire américain « incarne la réalité des États-Unis et la philosophie agressive et sauvage sur laquelle ils ont été fondés, une philosophie de génocide et de négation de toute valeur morale ». Il a dénoncé « une insulte flagrante » envers les journalistes et regretté que les responsables de l’information au palais présidentiel « n’aient pas pris l’initiative d’expulser ce délégué pour préserver la dignité du lieu et des professionnels des médias ». M. Moussaoui a par ailleurs exhorté les autorités, notamment les ministères de l’Information et des Affaires étrangères, à convoquer immédiatement l’ambassadrice des États-Unis afin de présenter une protestation officielle.
« Attitude insolente, insultante et inacceptable »
La journaliste Diala Moukalled, cofondatrice du média « Daraj », s’est insurgée contre la réaction de l’émissaire américain face aux journalistes, la qualifiant d’ « attitude insolente, insultante et inacceptable, qui va à l'encontre des règles les plus élémentaires de la diplomatie et du respect de la liberté de presse ».
« Le Liban vit sous une immense pression, dans un contexte extrêmement sensible autour des armes du Hezbollah. Transposer le débat de la sphère politique et juridique vers le mépris des journalistes et de toute la région n'est pas porteur de solution, mais révèle plutôt une mentalité vide et paternaliste qui ne considère pas les Libanais comme des partenaires, mais comme des « voyous » qu'il faut discipliner », a-t-elle poursuivi, dans un message sur Facebook. « Nous ne sommes pas un décor pour une scène diplomatique, et ceux qui demandent au Liban d'être un État fort doivent tolérer les questions de ses journalistes, quelle que soit leur opinion à leur sujet », a ajouté la journaliste.
« Ceux qui demandent au Liban d’être un État fort doivent tolérer les questions de ses journalistes, pas traiter leur attitude de bestiale », s’est également insurgé Riyad Kobeïssi, journaliste d’investigation sur la chaîne al-Jadeed.
La journaliste May Abi Akl a estimé pour sa part que les propos de Tom Barrack sont « une grave insulte proférée sur une plateforme officielle au Liban, et de ce fait ne peuvent être ignorés ». Elle s’est demandée pourquoi « les journalistes présents à Baabda n’ont pas immédiatement quitté les lieux pour préserver leur dignité et celle du Liban », et comment ils ont accepté qu’on traite leur attitude de « bestiale ». Selon elle, il est impératif d’exiger un communiqué d’excuses personnelles de la part de l’émissaire américain, ainsi que de l’ambassade des États-Unis.
« Ce qu’a dit Thomas Barrack aux journalistes au palais de Baabda est inacceptable, et doit être suivi d’excuses », a écrit de son côté Ghayath Yazbeck député des Forces libanaises, lui-même ancien journaliste, sur son compte X. « Les journalistes, s’ils n’obtiennent pas les excuses escomptées, devraient arrêter de couvrir ses activités, maintenant et à l’avenir, car se plaindre sans prendre position encourage à davantage d’abus », a-t-il ajouté.
Le déplacement de M. Barrack intervient dans un contexte de tensions sur la scène locale. Depuis Baabda, il a affirmé qu' « Israël est prêt à se retirer du Liban-Sud, mais souhaite voir des mesures concrètes », pressant ainsi les autorités libanaises à mettre en œuvre le désarmement du Hezbollah, lequel continue de s'y opposer. Si le gouvernement de Nawaf Salam a adopté le 7 août la « feuille de route » américaine qui devrait permettre progressivement de garantir le respect de la trêve entre le Liban et Israël et de désarmer les milices présentes au Liban, le parti chiite en tête, ce dernier ne semble pas prêt à coopérer. Lundi, Naïm Kassem avait réaffirmé son refus que les armes de son parti soient retirées. De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait salué le jour même les « efforts du Liban pour désarmer le Hezbollah » d’ici à la fin de l’année, proposant de « réduire » la présence israélienne au Liban-Sud si ce désarmement était mis en œuvre, sans toutefois évoquer un retrait de ses militaires.


B3abda n’a pas à s’excuser. C’est Barrack qui doit le faire. Ou alors B3abda s’est excusé à la place de barrack qui ne le fera pas. Si c’est vrai, alors c’est grave Monsieur le Président.
14 h 56, le 27 août 2025