L'émissaire américain Tom Barrack. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Dans des extraits d'une interview accordée à l'influenceur Mario Nawfal, un jour après son départ du Liban, l'envoyé spécial américain Tom Barrack est revenu jeudi sur plusieurs de ses déclarations faites lors de sa visite. Interrogé sur une remarque faite selon laquelle « il n'y a aucune possibilité qu’Israël veuille envahir davantage de territoires au Liban ou en Syrie », M. Barrack a précisé : « Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit qu'ils ne veulent pas prendre le contrôle du Liban ou de la Syrie ».
Malgré un cessez-le-feu conclu en novembre dernier, Israël continue d’effectuer des frappes aériennes quasi quotidiennes et occupe encore au moins cinq zones à l’intérieur du territoire libanais. En Syrie, Israël a mené des centaines de frappes depuis la chute de l’ancien régime syrien, le 8 décembre 2024, et occupe une grande partie d’une zone démilitarisée placée sous contrôle onusien, du côté syrien de la ligne d’armistice entre les deux pays, sur le plateau du Golan. L'armée israélienne a en outre mené, dans la nuit de mercredi à jeudi, un assaut héliporté au sud de Damas.
Lors de son entretien avec Mario Nawfal, qui est d'origine libanaise tout comme l'émissaire américain, et dont l'intégralité va être diffusée plus tard cette semaine, Tom Barrack a en outre été interrogé sur sa conférence de presse controversée de mardi, lors de laquelle il avait réprimandé les journalistes, les avertissant que si la situation devenait désordonnée ou « animalière », la délégation partirait, et les exhortant à « faire preuve de civilité ». Ses propos ont provoqué une vive polémique au Liban et ont notamment été qualifiés, entre autres réactions, par le syndicat des journalistes comme « un traitement contraire aux règles de la bienséance et de la diplomatie ».
Dans son premier commentaire sur cette affaire, l'émissaire a souligné ne pas avoir utilisé le mot « animalier » de manière péjorative. « Je voulais simplement dire que nous pouvons nous calmer, faire preuve de tolérance et de bienveillance ; sachons rester civilisés. Mais ce n’était pas approprié à l’égard de médias qui ne faisaient que leur travail, je le comprends mieux que quiconque », a-t-il expliqué. « Les choses sont complexes et difficiles, et il est très rare qu’ils puissent s’adresser à des personnes qui prennent réellement les décisions, d’où l’illusion (que je sois de celles-ci). J’aurais dû être plus généreux de mon temps et plus tolérant moi-même », a-t-il ajouté.
Sur le plan régional, le diplomate a estimé que, malgré le fait que « la région n’ait jamais connu la paix depuis 5 000 ans », le président américain Donald Trump est « celui qui y parviendra réellement ». Enfin, interrogé sur le fait de savoir s’il pense que le Hezbollah devient moins un proxy iranien et plus un parti politique libanais, Tom Barrack a acquiescé, ajoutant que ce processus avance « par centimètres, mètres, et non par kilomètres ».



Cafouillage après cafouillage, M. Barrack confirme son manque total d’expérience et de pratique politico-diplomatique. Faut-il s’émouvoir de ses propos (qu’il contredit souvent le lendemain) ou de sa nomination en tant qu’envoyé spécial pour démêler une crise aiguë qui traumatise le pays tout entier?
08 h 55, le 29 août 2025