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Politique - Liban

Rifi et d'autres députés anti-Hezbollah déposent officiellement plainte contre Naïm Kassem

Le numéro un du parti chiite est accusé notamment d'inciter à la guerre civile, d'attiser les tensions confessionnelles et de se rebeller contre l'État.

Rifi et d'autres députés anti-Hezbollah déposent officiellement plainte contre Naïm Kassem

Un homme passe devant un portait du chef du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, le 24 mai 2025 à Tyr au Liban-Sud, lors des élections législatives. Photo Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour

Plusieurs députés et personnalités anti-Hezbollah ont présenté mercredi une plainte contre le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, conformément à une annonce qui avait été faite le 19 août suite à un discours du chef du parti-milice qui, quatre jours plus tôt, avait menacé d'une « confrontation » si le gouvernement menait à bien son plan de le désarmer.

Devant le Palais de Justice de Beyrouth, après le dépôt de cette plainte auprès du procureur général près la Cour de cassation, Élie Mahfoud, avocat proche des Forces libanaises (FL), a précisé qu’il s’agit d’« une plainte directe » par laquelle les requérants se sont constitués « partie civile ». Interrogé par L’Orient-Le Jour, M. Mahfoud indique qu’« un tel recours se distingue de la dénonciation judiciaire, en ce que le parquet n’a pas la faculté de le garder sans suite ». 

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Un autre plaignant, Achraf Rifi, député de Tripoli, l'un des plus virulents détracteurs du Hezbollah, a affirmé avoir répondu « par un plan constitutionnel aux propos irresponsables et antipatriotiques de Naïm Kassem, afin de dire que c’est l’État qui nous rassemble, tandis que la milice parallèle nous a divisés ». Et de lancer : « Le rôle de l’Iran dans la région est terminé. » Georges Okaïs, député FL, a, lui, souligné que « tout différend politique qui sort du cadre légal doit être tranché par la justice ». Il dit avoir une « grande confiance dans la justice », espérant qu'« elle suivra son cours et sera la garante des libertés et de la paix civile ».

La plainte, dont L’Orient-Le Jour a consulté une copie, reprend des propos du discours litigieux de Kassem, qui a évoqué l’éventualité d’un combat à l’image de la bataille de Karbala. Cette bataille avait eu lieu en 680 entre le petit-fils du prophète Mohammed, l’imam Hussein, soutenu par sa famille et quelques partisans (moins de 100), et l’armée (4 000 soldats) du calife omeyyade, Yazid, à qui Hussein refusait de prêter allégeance.

L’armée et la discorde

Le recours accuse aussi le cheikh Kassem d’avoir mentionné l’éventualité de « manifestations dans les rues, qui s'étendront à travers tout le Liban et iront jusqu’à l’ambassade des États-Unis ». Dans son discours, le responsable du Hezbollah avait averti que « si ces manifestations nous sont imposées, alors nous y répondrons », faisant assumer au gouvernement « l’entière responsabilité de toute discorde et de toute destruction du Liban ». Selon les plaignants, le discours en question contenait également « une insinuation à l’encontre de l’armée libanaise et une menace de confrontation avec celle-ci ». Naïm Kassem avait exhorté le gouvernement à « ne pas entraîner l’armée dans la discorde interne », soulignant qu’« il n’y a pas de vie possible pour le Liban en tentant de nous affronter et de nous éliminer ».

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Pour les requérants, ces propos comportent « une menace à la sécurité intérieure du Liban et un défi flagrant aux décisions prises par le gouvernement » lors des deux séances du Conseil des ministres, tenues les 5 et 7 août 2025, ainsi qu’à « la déclaration ministérielle (…) qui stipule notamment que le port des armes est exclusivement réservé aux forces militaires étatiques ». La plainte évoque, à cet égard, l’article 303 du code pénal qui punit d’emprisonnement tout acte commis dans le but de susciter une insurrection armée, ainsi que l’article 307 selon lequel est passible de prison quiconque « entreprend de former des groupes armés et de les équiper en matériel, armes et munitions ».

Le recours dénonce en outre une violation de l’article 65 de la Constitution qui dispose que la décision de guerre et de paix appartient au Conseil des ministres. Il reproche aux déclarations de Naïm Kassem de constituer « un menace explicite et publique de se substituer à l’État libanais en s’arrogeant le droit de décider de faire la guerre selon le gré (du Hezbollah) ». Cette attitude s’apparente, selon les demandeurs, à « un coup d’État à part entière contre la légitimité libanaise et les institutions de l’État, ainsi qu’une menace pour la vie et la sécurité de tous les Libanais ».

« À la disposition de ton orteil »

Le caractère « confessionnel », de nature à « attiser les tensions sectaires », a été également évoqué par les plaignants qui rappellent que le Code pénal (articles 295 et 317) punit d’emprisonnement l’auteur d’un tel délit.

La plainte a indiqué que les paroles de Naïm Kassem sont d’ores et déjà mises en pratique par « une mobilisation incluant la diffusion de pancartes menaçantes accrochées sur des biens publics sur la route de l’aéroport de Beyrouth, dont certaines comportent des images du Guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khameneï, avec les inscriptions suivantes : « À la disposition de ton orteil » ; « Nous couperons la main qui s’étendra vers nos armes » ; « Prêts, nous venons vers Al-Qods ».

Il ne s'agit pas de la première démarche judiciaire du genre à l’encontre du numéro un de la formation pro-iranienne. Le 9 juillet, des activistes et journalistes hostiles au parti chiite avaient requis l’ouverture d’une information judiciaire à l'encontre du chef du Hezbollah devant le procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar.

Plusieurs députés et personnalités anti-Hezbollah ont présenté mercredi une plainte contre le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, conformément à une annonce qui avait été faite le 19 août suite à un discours du chef du parti-milice qui, quatre jours plus tôt, avait menacé d'une « confrontation » si le gouvernement menait à bien son plan de le désarmer.Devant le Palais de Justice de Beyrouth, après le dépôt de cette plainte auprès du procureur général près la Cour de cassation, Élie Mahfoud, avocat proche des Forces libanaises (FL), a précisé qu’il s’agit d’« une plainte directe » par laquelle les requérants se sont constitués « partie civile ». Interrogé par L’Orient-Le Jour, M. Mahfoud indique qu’« un tel recours se distingue de la dénonciation judiciaire,...
commentaires (4)

Maintenant que cela est fait. il lui faudra négocier sa tete au lieu de ses armes. Les parlementaires doivent aussi demander la levée de l’immunité des députés du hezbollah qui ont approuvé ou appuyé ou proféré de telles menaces. Il est aussi temps a ce que la banque centrale mette un terme a toutes les organisations financières qui ont une liaison directe ou indirecte avec le hezbollah car elles sont toutes illégales. Le fisc doit calculer toutes les taxes non payées dues a leurs activités financières et mettre le scellé sur toutes les fortunes de leurs dirigeants. Après les armes l'argent!

Pierre Christo Hadjigeorgiou

10 h 13, le 28 août 2025

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Commentaires (4)

  • Maintenant que cela est fait. il lui faudra négocier sa tete au lieu de ses armes. Les parlementaires doivent aussi demander la levée de l’immunité des députés du hezbollah qui ont approuvé ou appuyé ou proféré de telles menaces. Il est aussi temps a ce que la banque centrale mette un terme a toutes les organisations financières qui ont une liaison directe ou indirecte avec le hezbollah car elles sont toutes illégales. Le fisc doit calculer toutes les taxes non payées dues a leurs activités financières et mettre le scellé sur toutes les fortunes de leurs dirigeants. Après les armes l'argent!

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    10 h 13, le 28 août 2025

  • Evidemment, aucune chance devoir un jour Qassem sous les verrous, mais cela valait tout de même la peine d'être tenté!

    Yves Prevost

    07 h 44, le 28 août 2025

  • On a bien jugé des gens pour beaucoup moins que ça, mais bien entendu ils étaient tous des patriotes contre le hezbollah iranien jadis tout puissant. Ce brave naïm nous menace à chacun de ses sketches télévisés d’une guerre civile, il est donc passible d’emprisonnement c’est clair et il ne jouit d’aucune immunité légale. Sauf qu’il pourra plaider “l’irrésponsabilité pour cause de démence”. Et il sera acquitté, car il est irresponsable et dément. A part d’être aussi vendu.

    Goraieb Nada

    06 h 33, le 28 août 2025

  • Excellente initiative, tout le Liban devrait deposer une plainte contre lui et ses sbires!!!

    Cadmos

    18 h 01, le 27 août 2025

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