Un manifestant lors d'un sit-in contre une visite prévue, puis annulée, de l'émissaire américain Tom Barrack, à Tyr, le 27 août 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
L'émissaire américain Tom Barrack, qui devait réaliser une tournée en plusieurs étapes au Liban-Sud mercredi, en cette deuxième journée de visite dans le pays, a annulé deux de ses arrêts dans la région, dans le village frontalier de Khiam et dans la grande ville de Tyr, où des sit-in ont été organisés pour rejeter sa venue, sur fond de tensions liées au désarmement du Hezbollah et d'invectives lancées la veille par l'émissaire à des journalistes au palais présidentiel de Baabda. M. Barrack avait entamé sa tournée à Marjeyoun, où il s'était rendu en hélicoptère à la caserne François el-Hage, selon l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle), tandis que l'armée libanaise avait renforcé son déploiement dans le Sud.
Manifestations à Khiam et Tyr
L'annulation a été annoncée fin de matinée, alors que des habitants de Khiam et de plusieurs villages du Liban-Sud s'y sont rassemblés en sit-in. Khiam a été au cœur de lourds affrontements entre l'armée israélienne entrée en territoire libanais et le Hezbollah l'automne dernier. Les manifestants ont critiqué la visite de l'émissaire et piétiné une étoile de David tracée au sol, tandis que le slogan « Barrack est un animal » était écrit en anglais sur le sol, en allusion à une des phrases lancées la veille par le diplomate aux journalistes, qu'il avait appelés à « être civilisés », menaçant de quitter la salle si la situation devenait « animalière ». Les protestataires brandissaient des drapeaux du Hezbollah et du mouvement Amal, ainsi que des photos de combattants tués dans des frappes israéliennes et de l'ancien chef du parti, Hassan Nasrallah.
Les habitants du Sud, une région où le Hezbollah reste prédominant, refusent cette visite, alors que les États-Unis ont proposé un plan de travail, approuvé le 7 août par le gouvernement libanais, qui doit mener au désarmement du parti chiite, parmi une série d'autres mesures, en échange d'un retrait israélien de positions encore occupées au Liban-Sud. Une de ces positions se situe dans la périphérie de Khiam, sur la colline dite « Tallet el-Hamames ».
« Un coup de semelle sur la tête »
Une manifestation a également eu lieu à Tyr, près du port de pêche de la ville, selon notre journaliste sur place Ghadir Hamadi. Des dizaines de manifestants se sont rassemblés sous des panneaux portant l'inscription « L'Amérique est la mère du terrorisme », alors que des extraits de discours de Hassan Nasrallah étaient diffusés. « Il recevra un coup de semelle sur la tête s’il ose venir », ont scandé les protestataires, en référence à l'envoyé américain, en retirant leurs chaussures. Lancer ses chaussures sur quelqu'un est un geste très insultant et méprisant dans la culture arabe. Un exemple marquant de ce geste avait eu lieu en 2008 lorsqu'un journaliste irakien avait lancé sa chaussure sur le président américain Georges W. Bush en pleine conférence de presse.

« Je ne suis pas du tout inquiète (de prendre part à une manifestation contre les États-Unis, Ndlr). Pourquoi devrais-je avoir peur de dire la vérité ? », a expliqué Noura Dakka, originaire de Aïtit. « Je suis venue ici pour soutenir les habitants du Sud. J’aurais souhaité rencontrer Tom Barrack pour lui dire ce que pensent ces habitants et ceux qui ont perdu leurs familles durant la guerre et l’occupation », explique cette journaliste libano-américaine célèbre sur les réseaux sociaux pour une vidéo dans laquelle elle confronte des membres de la Force intérimaire de l'ONU au Liban (Finul). « Il n’y a rien de pathétique dans le discours (du chef du Hezbollah, Naïm Kassem) », a-t-elle lancé, en allusion à un commentaire de l’émissaire américaine adjointe, Morgan Ortagus, qui avait estimé que le chef du parti « ne représentait pas le peuple libanais ».
« Si le cheikh Naïm nous dit d’aller à la guerre, nous le ferons »
« Si le cheikh Naïm nous dit d’aller à la guerre, nous le ferons », a de son côté affirmé Mohammad Abed qui avait été blessé lors de l'attaque des bipeurs au Liban, le 17 septembre 2024. À côté de lui, un représentant des familles des « martyrs du Hezbollah » ne décolère pas : « Nous empêcherons tout envoyé américain de venir dans la ville de Tyr, même si nous devons l'arrêter avec nos dépouilles. Ces personnes qui ont sacrifié leurs fils et leur terre n'accepteront pas que leur tueur entre dans la ville », déclare-t-il à L'Orient-Le Jour. « Nous sommes la résistance. Nous disons au président de la République (Joseph Aoun) : 'Ne tombe pas dans le piège américain et n’entre pas en confrontation avec le peuple. Où vas-tu ? Dis-leur non' », a lancé un autre manifestant, Raja Chaar. « Ils veulent mettre les habitants du Liban-Sud en confrontation avec l’armée », a-t-il expliqué.
Sous forte pression américaine et face aux craintes d’une intensification des frappes israéliennes sur son territoire, le gouvernement libanais a chargé ce mois-ci l’armée d’élaborer un plan visant à désarmer le Hezbollah d’ici la fin de l’année. Le parti chiite, soutenu par l’Iran et fortement implanté dans le sud du Liban, est ressorti très affaibli de plus d'un an de conflit avec Israël, dont deux mois de guerre ouverte avant un cessez-le-feu le 27 novembre. La formation conditionne pour sa part toute discussion sur son arsenal à l'arrêt des frappes israéliennes quotidiennes et au retrait des troupes maintenues par Israël dans le sud du pays malgré le cessez-le-feu.


Sans l’intervention de qui représente Barrack, ces pauvres gens n’auraient pu faire leur manifestation qu’au Kesrouan. Tellement travaillés par la propagande mensongère et sectaire de la milice, ils insistent pour rester dans leur malheur. Tous ces morts pour rien et pour quel avenir ? L’Etat veut les sauver malgré eux et ils le traitent de traître. Mais où est la logique ? On n’arrive plus à comprendre ce suicide collectif.
06 h 10, le 28 août 2025