L’État libanais a beau rattraper de justesse les lancers les plus tordus, il a beau renvoyer prestement à l’expéditeur, c’est invariablement dans son camp que s’obstine à atterrir la satanée balle. Tel est le morne constat qui s’impose à la lumière de l’actuelle mission de l’envoyé présidentiel américain Tom Barrack, flanqué notamment cette fois de son équipière Morgan Ortagus et du redoutable faucon républicain qu’est le sénateur Lindsey Graham. Car si Israël salue la décision du gouvernement de procéder au désarmement du Hezbollah, il ne jugera que sur pièce et ne réduira sa présence militaire israélienne qu’au vu de résultats concrets. Chacun dans son style, nos visiteurs US n’ont pas pris de gants pour nous signifier qu’ils partageaient entièrement ce point de vue.
À des décennies d’intervalle, le Liban se retrouve ainsi pris au piège d’une situation absolument insensée : celle où il voit deux ennemis jurés campant sur son sol et qui s’acharnent chacun à bétonner la rhétorique de l’autre. Car en se refusant carrément à désarmer, en n’envisageant de discussion, de vague compromis qu’après le retrait de l’occupant, c’est objectivement à plus d’intransigeance encore que la milice pro-iranienne incite Netanyahu. Et c’est le durcissement israélien qui, en retour, permet au Hezbollah d’étoffer son discours de résistance, dans l’espoir de redorer quelque peu son blason.
Comme suggéré plus haut, c’est à un tel échange d’arguments (sinon de politesses !) que se livraient déjà Israël et la Syrie durant les premières phases de la guerre civile libanaise. Ce qu’on avait là en effet, c’était deux armées rivales cohabitant de chaque côté d’une ligne rouge longeant le fleuve Litani et qui se satisfaisaient fort bien d’une double occupation, chacun des deux compères accréditant, par sa seule présence, celle de l’autre. Mais cela, c’est du passé. Car autant la douche israélienne est glacée, autant douce et réconfortante est ( une fois n’est pas coutume ) la brise venant de l’est. Certifiées par Barrack qui est également en charge du dossier syrien, excellentes paraissent ainsi les dispositions envers le Liban dont vient de faire état le président par intérim Ahmad el-Chareh. De toutes les promesses d’assainissement des rapports longtemps tumultueux entre les deux pays qu’a prodiguées Chareh, la plus rassurante est le fait que la Syrie post-Assad n’est plus désormais l’incontournable couloir par où ont transité, des décennies durant, armes et combattants. La simple disparition du cordon nourricier devrait à tout le moins relativiser considérablement la menace de Naïm Kassem de transposer le débat dans la rue même au risque d’une guerre civile.
Quid, pour finir, de cette zone économique Trump dont le président américain voudrait nous faire cadeau dans la zone frontalière sud sans toutefois mettre la main à la poche car il préfère mettre à contribution Saoudiens et Qataris ? Le projet qui attendra l’instauration d’un calme durable n’a rien cette fois de cette présidentielle lubie de Riviera imaginée pour la malheureuse bande de Gaza. En lieu et place d’hôtels de luxe, de centres balnéaires et de casinos, fleuriraient plutôt là des complexes industriels ou agricoles. Les perspectives de développement et la création d’emplois ne pourraient qu’enchanter bien sûr la population locale qui a perdu habitations et moyens de subsistance. Ce que la belle histoire se garde bien de préciser c’est que mieux que le plus contraignant des traités, une telle concentration d’installations hautement vulnérables, situées à un jet de pierre d’Israël, a surtout pour objet d’interdire toute velléité d’aventurisme guerrier.

