Le musicien Nasser Makhoul et un portrait de Riad Tabet. Photos DR
Juchée sur un flanc de montagne du Kesrouan, nichée au cœur de la végétation luxuriante de Ajaltoun, la Villa Tabet a accueilli la cinquième édition du « D’Art Tabet International Art Meeting » (rencontre internationale d'art). Riad Tabet, architecte, urbaniste et gardien de son patrimoine familial datant du XIXᵉ siècle, a transformé le temps d’une rencontre conviviale sa maison traditionnelle en un écrin cosmopolite où se sont croisés peintres, sculpteurs, musiciens, poètes et artisans venus des quatre coins du monde.
« D’Art Tabet est née de la volonté d’insuffler aux pierres centenaires de mon patrimoine familial la vie gratuite et inutile de l’art, et de lui donner une dimension émotionnelle au-delà de sa fonction d’habitation », a confié à L'Orient-Le Jour Riad Tabet qui, coiffé de son proverbial chapeau Borsalino, a aussi porté plusieurs casquettes : architecte, urbaniste, mécène, peintre et voyageur en quête de voix et de personnalités artistiques singulières qu’il a invitées depuis déjà cinq ans à effectuer des résidences dans sa demeure.
Galeries cosmopolites : peintures, sculptures, calligraphies et instruments inédits
Pas moins de vingt-huit artistes libanais, suisses, tunisiens, marocains, italiens, jordaniens, indiens, américains, etc., ont été mis à l’honneur dans la collection privée de Riad Tabet. Les galeries de la villa, véritables écrins, ont présenté entre autres les œuvres picturales de Abderrazak Hammouda, calligraphe de poèmes et de chansons, ainsi que celles de Samir Tabet, 103 ans, qui continue de peindre ses natures mortes avec patience et dévouement, afin de reverser la totalité des ventes de ses toiles à des bourses d’étudiants. On a retrouvé cette minutie et cette passion intacte dans la précision des plis d’un drap suspendu, épousant par sa légèreté la forme d’un œuf posé en son sein. Cet amour des choses du quotidien, transfigurées par la peinture, a traversé les œuvres de Samir Tabet. Une autre grande figure de la scène artistique libanaise, Rudy Rahmé, a exposé ses corps vigoureux, traversés par une force organique, comme surgis de la terre. Ses bronzes élancés ont côtoyé les sculptures sensuelles d’Alfred Basbous, dans un dialogue de matières et de formes.
Difficile de ne pas avoir ressenti une émotion intense devant une telle concentration d’œuvres en un seul lieu. Et les convives n’ont pas manqué d’être surpris par la contribution de Nasser Makhoul, musicien polyvalent qui a longtemps joué pour l’Office du tourisme et collaboré avec des organisations internationales comme l’Unesco. Réunis autour d’un verre de l’amitié vendredi 22 août, ils ont découvert ses instruments originaux, fabriqués de ses propres mains, mêlant héritage libanais, influences occidentales et sons électroniques : un « bouzorgue », un « rabab caman » (violon oriental), ou encore un « quatro », instrument hybride associant luth, bouzok, flûte et harmonica.
Trois « happy hours » et un hommage à Raymond Gebara
Dans cet écrin discret de Ajaltoun, niché dans un coin de la rue de l’hôtel Monte Bello, les soirées des 22, 23 et 24 août ont offert des respirations légères, portées par la convivialité. L’ensemble Le Rossignol a accompagné le « happy hour » du 22 août de ses harmonies hybrides, mêlant flûte, hautbois et piano dans un répertoire allant des chants traditionnels aux tangos endiablés.
La soirée du 23 août a rendu hommage au dramaturge Raymond Gebara, disparu il y a dix ans, à travers la projection d’un film. On y a entendu un dialogue avec Joseph Issaoui, révélant l’humour noir et la lucidité du dramaturge, qui avait si souvent su pointer l’absurdité des rouages de la société libanaise.
Le dernier soir, Nasser Makhoul a clos la rencontre par une performance musicale mettant à l’honneur ses instruments artisanaux, façonnés à partir de bois et de matériaux glanés aux quatre coins du Liban. Une manière simple et originale de conclure la cinquième édition d’un rendez-vous artistique cosmopolite qui, d’année en année, s’est enrichi de nouvelles personnalités créatives.


